17e anniversaire du séisme de Boumerdès: La pandémie prive les résidants des chalets d’opérations de relogement

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Le 17e anniversaire du séisme, qui a ébranlé Boumerdès un tristement inoubliable le soir du 21 mai 2003, intervient, cette année dans la wilaya, dans une conjoncture sanitaire exceptionnelle, la pandémie du nouveau coronavirus (Covid-19), à l’origine de la suspension des projets de logements en son sein. Un fait qui prive les résidants des chalets de bénéficier d’opérations de relogement, généralement organisées à pareille période de l’année, à leur profit.

Le calme plat règne en maître mot au niveau des sites d’implantation des derniers stigmates de ce séisme dévastateur (chalets), au même titre que dans toute la wilaya, soumise au confinement sanitaire visant à endiguer cette pandémie, qui a réduit au silence les résidants des chalets, pourtant habitués à exprimer leur revendication de logement décents, à cette date anniversaire. Du site des 1077 chalets de Corso (au nord), jusqu’à celui des 1138 chalets de Zemmouri (à l’est), toutes les conversations tournent autour de cette pandémie, ayant complètement pris le dessus sur la sempiternelle revendication des résidants de ces sites, qui ont bénéficié de ces chalets, dans un cadre social, suite au relogement des sinistrés, en dépit de leur dégradation avancée. Les habitants des chalets semblent s’être donné le mot (contraints il est vrai) de reporter leur revendication de relogement «jusqu’à la disparition de cette pandémie mondiale, qui a bouleversé le monde entier», selon les échos recueillis, auprès d’un nombre d’entre eux, au niveau de la wilaya. La majorité des résidants approchés s’est montrée quelque peu désintéressée par ce problème (relogement). «Notre préoccupation majeure actuellement est de nous protéger contre le Covid-19 et d’assurer le pain quotidien de nos enfants, au vue des conditions difficiles que nous vivons, car beaucoup ont arrêté de travailler», ont souligné certains pères de famille, estimant «déraisonnable» de «parler de relogement, quand le monde entier est affligé par cette pandémie menaçant l’humanité».

Le taux d’éradication des chalets porté à 70% Le taux d’éradication des chalets, à Boumerdès, était de près de 70%, à fin 2019, a indiqué le directeur local du logement, Nabil Yahiaoui. Il a ajouté que ce taux d’éradication «représente 9700 chalets sur un total de 14 917 unités installées au niveau de 94 sites, à travers 28 communes de la wilaya au lendemain du séisme». L’éradication de ces chalets a permis le relogement d’une population globale de près de 40 000 âmes, avec une moyenne de 5 membres par famille et par logement, à travers 19 communes, a-t-il précisé. Les chalets restants, au nombre de 5227, à travers 13 communes, «seront démolis progressivement selon un calendrier qui sera dicté par l’état d’avancement des travaux de réalisation des projets de logements dans la wilaya, après dépassement de la pandémie», a-t-il souligné, en outre. Le responsable, qui a fait savoir que ce programme d’éradication a été officiellement entamé, à la fin décembre 2016, a signalé le «gel» de toutes les opérations de démolition des chalets et de relogement de leurs résidants «depuis le début de mise en œuvre des mesures préventives, contre cette pandémie». Sachant que la dernière opération de relogement dans ce cadre a été réalisée le 9 juin 2019, au profit de 1040 familles de la commune de Boudouaou (à l’ouest de Boumerdès). «Des préparatifs sont en cours pour la relance de ce programme dans les plus brefs délais», a-t-il souligné, néanmoins, signalant le relogement attendu de près de 560 familles résidant dans des chalets à Dellys, après la fête de l’Aïd El Fitr. La wilaya de Boumerdès a bénéficié, depuis 2013, d’un programme de 12 000 unités de logements, dans les deux formules, à savoir le public locatif (LPL) et le programme de résorption de l’habitat précaire (RHB). Outre 420 aides à la construction rurale, également destinées à l’éradication des chalets. L’Etat a, également, procédé à la réalisation d’un programme de logement «d’urgence» de 8000 unités, en vue de recaser les sinistrés du séisme. «Lequel a été livré dans sa totalité», a assuré le directeur du logement. La démolition des chalets a permis la récupération d’une assiette de 200 ha, sur un foncier ciblé estimé à 400 ha. L’assiette libérée a été destinée à l’implantation de nombreux programmes de logements et d’équipements intégrés, dont 8400 logements AADL, 1787 logements publics locatifs (LPL) et 1120 logements promotionnels aidés (LPA). Une catastrophe de grande ampleur avec un lourd bilan humain et matériel Ce violent séisme (d’une magnitude de 6,8 degrés sur l’échelle ouverte de Richter, et dont l’épicentre était situé à Zemmouri El Bahri) a causé de lourdes pertes en vies humaines, soit 1391 décès et 3444 blessés, selon les estimations officielles de l’époque. Cette catastrophe naturelle a, aussi, affecté près de 100 000 habitations, dont plus de 10 000 ont été complètement détruites, outre d’importants dégâts à des équipements publics et privés vitaux. Au lendemain du séisme, les services de l’Etat ont mobilisé une enveloppe de plus de 78 milliards de dinars pour assurer une prise en charge immédiate des sinistrés à travers toutes les communes de la wilaya touchées par la catastrophe. L’opération de prise en charge a concerné près de 9500 familles dont les habitations ont été classées «rouge» sur plus de 10 000 familles sinistrées, alors que 2430 autres familles ont bénéficié d’aides financières pour l’auto-construction. Quelque 797 familles ont été, en outre, prises en charge à travers des aides dans le cadre de la construction collective, tandis que 77 familles ont préféré l’aide directe pour l’acquisition de nouveaux logements. Dans le même cadre, des aides financières ont été accordées pour la restauration de plus de 85 000 habitations endommagées à des degrés divers. Outre l’attribution d’aides financières au titre d’indemnisation de 1473 familles ayant perdu un de leurs membres, et de la régularisation de la situation financière de 3524 dossiers de location provisoire. A cela s’ajoutent d’autres aides financières pour l’ameublement au profit plus de 12 000 familles.Par ailleurs, l’Etat a dû prendre en charge la reconstruction et la réparation de 332 établissements éducatifs, avec la reconstruction de 31 autres. A cela s’ajoutent 67 infrastructures universitaires endommagées (résidences, salles pédagogiques), qui ont fait l’objet de travaux de réparation, outre la reconstruction de l’hôpital de Thénia, et la restauration de trois autres hôpitaux, et de 58 centres hospitaliers. Les travaux de réparation ont, aussi, concerné 10 ouvrages d’art ainsi que les ports de Zemmouri et Dellys, 58 mosquées, la maison de la culture de la ville de Boumerdès et 10 centres culturels. Une autre séquelle, et non des moindres, de cette catastrophe naturelle, réside dans la reclassification de Boumerdès de Zone sismique de type 2 à type 3, avec pour effet immédiat une «remise à niveau» de tous les projets de logement et d’urbanisme en réalisation ou prévus au lancement dans la wilaya. Selon le même responsable, les zones situées au niveau de l’épicentre du tremblement de terre ainsi que celles situées tout au long de la faille sismique ont également bénéficié d’un reclassement, faisant l’objet d’une prise en charge au titre des Plans directeur d’aménagement et d’urbanisme (PDAU), dont la révision est toujours en cours.Il est à noter que le séisme du 21 mai 2003 a été à l’origine d’une surélévation de l’ordre de 40 cm de l’écorce terrestre sur le littoral de Boumerdès, par rapport au niveau de la mer, selon des experts du Centre national de recherche appliquée en génie parasismique.Les experts ont affirmé que cet important mouvement subi par l’écorce terrestre, visible à l’œil nu, tout le long du littoral de la wilaya, allant de Boudouaou à Dellys, est une résultante de ce séisme.