26e marche des étudiants:  Appel réitéré pour la satisfaction des  revendications du Hirak

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26e marche des étudiants à Alger. Ph :Fateh Guidoum / PPAgency

 

 Les étudiants ont organisé, hier  une nouvelle marche pacifique à Alger pour réaffirmer leur soutien aux revendications du  Hirak populaire, à savoir la concrétisation du changement et la rupture avec l’ancien système et toutes ses pratiques, réitérant leur fidélité au  message des chouhada de la Révolution de libération.

Partant de la Place des martyres, les étudiants ont sillonné la rue Larbi Ben M’hidi avant d’arriver à la Grande poste où un dispositif sécuritaire  intensif a été mis en place. Les manifestants ont scandé des slogans appelant à la satisfaction des revendications du peuple algérien, à savoir, la rupture avec l’ancien régime et ses pratiques, et « le refus de tout dialogue avec ses symboles ». Les étudiants qui ont poursuivi leur marche jusqu’à la Place 1er Mai avec  nombre de citoyens ont commémoré à leur manière le double anniversaire du 20 août (l’offensive du Nord constantinois 1955 et le congrès de la Soummam 1956) appelant à rester fidèle à la lutte et aux sacrifices des chouhada de la Révolution de libération, pour l’édification « d’une Algérie libre et démocratique ». Les manifestants ont également réitéré l’appel à « la libération des  personnes arrêtées lors du hirak », à « la satisfaction des revendications du peuple loin des surenchères et conditions préalables qui ne servent que les intérêts des corrompus », et à « la poursuite en justice de ces derniers et la restitution de l’argent public pillé ». A noter que plusieurs cas d’évanouissement ont été enregistrés au milieu des étudiants, qui ont été pris en charge sur place par les éléments du  Croissant rouge algérien (CRA) et les agents de la Protection civile.  

Quel bilan après six mois?

Le 22 février, les Algériens descendaient dans les rues, notamment à Alger, où toute manifestation était interdite depuis 18 ans, donnant le coup d’envoi d’une contestation inédite. Six mois après, ce mouvement ne faiblit pas mais fait face à un pouvoir désormais inflexible.les protestataires algériens ont « accompli bien plus que ce que de nombreux observateurs envisageaient ». Principal trophée: la démission le 2 avril du président Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis 20 ans et briguant un 5e mandat apparaissant inéluctable mais dont la perspective aura mis le feu aux poudres. En outre, plusieurs figures honnies et jusque-là intouchables de sa présidence, hommes politiques et d’affaires soupçonnés depuis longtemps d’entretenir des liens de corruption, sont sous les verrous. Depuis cette démission, le « Hirak » n’a obtenu aucune avancée vers le changement de régime qu’il réclame et le « système » est toujours en place. Le haut-commandement de l’armée. Mais ce pouvoir est désormais confronté à une société ayant pris conscience de sa force collective et qui a retrouvé une liberté d’expression. « La libération de la parole, y compris au sein même des institutions de l’Etat », est un des « acquis indéniables « Il y aussi une « réconciliation avec le politique et avec l’avenir » .Ceci étant mais depuis des semaines, la situation apparaît totalement bloquée. « Les efforts du gouvernement pour calmer la population via des petites mesures essentiellement symboliques  ont surtout nourri la demande pour un changement plus complet », 

 

Pour le général Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major de l’armée et actuel homme fort, les « revendications fondamentales » du mouvement ont été « entièrement » satisfaites. Sous-entendu: la contestation n’a plus de raison d’être. Le pouvoir continue pourtant de rejeter catégoriquement la revendication centrale: le démantèlement, au profit d’organes de « transition », des institutions et le départ du pouvoir de tous ceux ayant accompagné et soutenu M. Bouteflika. Les autorités n’acceptent de parler que de l’organisation d’une présidentielle devant élire un successeur à M. Bouteflika. Seule solution, selon elles, pour sortir le pays de l’impasse institutionnelle née de l’impossibilité d’organiser le scrutin prévu le 4 juillet, faute de candidat. « Chacun convient que la voie du dialogue est la seule et unique à permettre de surmonter la situation actuelle », a encore répété lundi soir dans un message diffusé par les médias publics le président par intérim Abdelkader Bensalah, rejetant implicitement tout autre solution. Mais le « Hirak » refuse que « l’ancien régime », accusé de décennies de fraudes, organise le moindre scrutin, et les manifestants sont parvenus jusqu’ici à maintenir un front uni. Les Algériens « refusent une élection qui conduise à la reproduction du système ». Pour tenter de faire accepter la présidentielle, le pouvoir a confié le soin d’en définir les modalités à une instance consultative ad hoc, mais celle-ci peine à se forger une légitimité et, chaque vendredi, les manifestants la vouent aux gémonies. Lundi soir, le message de M. Bensalah n’évoquait aucune des « mesures d’apaisement » préalables qu’il avait promis à l’instance d’étudier pour lui faciliter la tâche, mais que l’armée a catégoriquement refusés. Une chose est sûre: malgré la chaleur estivale et les vacances scolaires, la mobilisation est restée forte. Et, pour le pouvoir, parier sur un essoufflement du mouvement semble illusoire. « Tout indique que ce mouvement ne va pas s’arrêter », qui n’exclut pas, « face à l’obstination du pouvoir », le recours à d’autres actions  .Peu croient à une intervention brutale de l’armée, comme en 1988 -lors des émeutes ayant débouché sur le multipartisme- ou en 1992, lors de l’interruption du processus électoral pour empêcher la victoire des islamistes aux législatives. L’impasse pourrait donc durer.

T.M