Après leur beau sacre africain:  Les Verts et Belmadi au Panthéon

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L’unique étoile africaine acquise il y a des lustres et dont l’éclat commençait sérieusement à s’étioler, a retrouvé soudainement son scintillement, sa rutilance maintenant que sa petite sœur est venue lui tenir compagnie pour la postérité.

En attendant, pourquoi pas, que la famille s’agrandisse dans les années à venir, il s’agit à présent de savourer ce sacre hautement arraché de la gueule d’une meute de concurrents dont les crocs se sont cassés sur la bravoure, la force, l’insistance et la résilience de la troupe de Djamel Belmadi. L’on ne peut pas dire que les Verts n’ont pas mérité leur titre. Loin s’en faut.

Les plus anciens se souviennent certainement du couronnement de 1990, mais celui-ci est beaucoup plus exquis, car obtenu sur une terre étrangère, chez l’un de nos rivaux séculaires. Son retentissement dépasse de loin nos frontières, au moment où le pays connait une effervescence, un emballement sans précédent pour s’extirper d’un système politique et social pesant et avilissant. Il est venu marquer et récompenser les incessantes marches hebdomadaires pour lesquels le peuple n’est prêt à renoncer, en dépit des tentatives sournoises et lénifiantes d’un pouvoir aux abois. Il n’y aura guère de récupération, cette fois. C’est la victoire du Hirak qui a inspiré nos joueurs en Egypte. Mahrez et ses coéquipiers se sont battus pour les couleurs du pays, mais aussi pour le peuple en marche. Ça se voyait, ça se lisait sur leur visage, sur leur détermination, leur volonté à forcer le destin. Ils ont fait preuve tout au long de la compétition d’une solidarité et d’une envie rarement égalées chez les Verts. Djamel Belmadi, le grand artisan de la victoire, a su leur insuffler une nouvelle âme, un état d’esprit conquérant avec lesquels ils ont pu terrasser leurs adversaires, l’un après l’autre, jusqu’à ce qu’il ne reste plus personne. Pourtant au départ, rares étaient ceux qui croyaient l’équipe nationale capable d’aller au bout de l’aventure. Il nous arrivait d’avoir des doutes, de se remémorer les échecs cuisants et les désillusions des années précédentes. Comment un coach sans une grande expérience, appelé à la rescousse faute de mieux, pouvait-il remettre d’aplomb un groupe disséminé par des luttes de clans récurrentes et une instabilité chronique au niveau du staff technique ? Le mérite de Belmadi est d’avoir instauré rapidement un climat sain dans lequel il n’y avait plus de favoritisme et de passe-droit, et où les joueurs s’y sentaient à l’aise. Il n’y avait plus aucune discrimination. Peu importe que l’on soit issu du championnat local ou que l’on vienne d’Europe, il n’y avait aucun préjugé au préalable. Les places dans l’équipe revenaient systématiquement aux plus méritants. C’est la première fois peut-être depuis longtemps que l’équipe nationale n’a pas connu une telle complicité entre tous ses joueurs. Un ancien entraineur-adjoint de l’EN, Nabil Neghiz pour ne pas le citer, a reconnu, vendredi, sur un plateau d’une télévision étrangère, combien il était difficile de créer une cohésion et une entente entre les binationaux et les joueurs du cru. C’est dans ce domaine bien délicat que Belmadi a justement le plus réussi. En un laps de temps très court, il est parvenu à bâtir un groupe solide, homogène et décomplexé. Neuf mois de travail et d’acharnement lui ont suffi pour hisser l’équipe sur le toit de l’Afrique. Cependant, le plus dire est à venir, car il va falloir s’y maintenir le plus longtemps et le plus haut possible, sachant que tout le monde l’attend de pied ferme. Pas une mince affaire. Ce sera son nouveau défi pour les mois, voire les années prochaines. Une nouvelle étape qu’il doit savoir gérer avec intelligence et pragmatisme tout en essayant de garder la même dynamique. Maintenant, qu’ils ont le goût de la victoire dans la bouche, les fans ne se contenteront plus des miettes…

Ali Nezlioui