CAMRA: La justice déclare «illégale» la grève des médecins résidents

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Le tribunal administratif près la cour d’Alger a déclaré, hier, «illégale» la grève ouverte observée depuis le 14 novembre dernier par le Collectif autonome des médecins résidents algériens (CAMRA).

Le tribunal s’est prononcé sur la grève des médecins résidents en statuant en référé dans l’affaire N° 292 actionnée par le ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière contre le CAMRA et ordonné l’évacuation des lieux occupés par les grévistes. Lors de l’audience, la défense a tenté d’obtenir l’extinction de l’action en faisant valoir un vice de forme, à savoir «l’inexistence juridique d’une organisation sous l’appellation de coordination autonome des médecins résidents et l’action est intentée contre une entité qui n’existe pas en réalité». En réponse à la question du Président de savoir si l’Organisation était agréée, les avocats ont déclaré que «le CAMRA n’existe pas dans les faits, mais que les médecins résidents ont été amenés à le créer quand la tutelle a exigé la désignation de représentants des grévistes pour que des négociations se déroulent dans un cadre organisé». La défense s’est interrogée sur «le paradoxe» caractérisant la position du ministère de la Santé qui «reconnaît le Collectif quand il s’agit de négocier et refuse de remettre les PV des réunions, sous prétexte qu’il n’a pas d’existence juridique». Dans leurs plaidoiries, les avocats ont mis l’accent sur «la légalité de la grève» observée par les médecins résidents depuis plus de deux mois, indiquant que «le service minimum a été assuré» et que «le préavis de grève a été déposé dans les délais». Les médecins résidents «avaient demandé la création d’une représentation syndicale tel que stipulé par la loi sauf que cette demande a été rejetée par le ministère», a fait savoir la défense. Ce à quoi, la représentante du ministère de la Santé a répondu que l’octroi de l’agrément pour la représentation syndicale demandé par les grévistes relève du ministère du Travail, rappelant que «la majorité des revendications liées au secteur de la Santé ont été prises en compte».

«Le ministère de la Santé a adressé une correspondance au Premier ministère pour la révision du Statut des médecins résidents, l’une des principales préoccupations soulevées», a-t-elle précisé. Suite à l’annonce du verdict, la défense a estimé que cette décision «est une victoire en soi, en ce sens qu’il constitue une reconnaissance implicite du Collectif autonome des médecins résidents algériens», ajoutant que «c’est là, le point de départ d’autres procédures qui seront révélées ultérieurement». Cette décision intervient alors qu’une réunion est en cours entre les représentants du Collectif autonome des médecins résident algériens (CAMRA) et le ministère de la Santé dans le cadre du comité intersectoriel installé, dimanche dernier, pour trouver des solutions aux revendications soulevées par les protestataires. Il est question d’examiner la revendication inhérente au service public, dont les médecins résidents exigent l’abrogation du caractère obligatoire. Le porte-parole du CAMRA avait fait état de «la présentation, lors de cette réunion, d’une nouvelle revendication relative à l’annulation de la décision ministérielle portant ponction sur les salaires des grévistes», précisant que la grève menée par les médecins résidents «est légale car répondant à toutes les conditions, à savoir le préavis, le taux de participation et la garantie d’un service minimum».

Le CAMRA insiste sur «l’impératif de trouver des solutions urgentes à leurs préoccupations restées en suspens depuis 2011 et liées principalement au service civil, au service national, à la formation et aux conditions de travail». Pour sa part, la tutelle affirme, depuis le début de la grève, que «la porte du dialogue demeure ouverte devant les médecins résidents», estimant que leurs revendications inhé- rentes à l’amélioration de leurs conditions de travail «ont été prises en compte par la mise en place de mesures incitatives dans le cadre des lois en vigueur». Il s’agit, entre autres, du projet en cours d’élaboration par la direction de la Fonction publique qui habilitera les praticiens spécialistes à travailler dans le secteur privé dans les wilayas des Hauts-Plateaux et du Sud sans conditions, contrairement à leurs homologues dans les wilayas du Nord, non autorisés à exercer cette activité avant de cumuler 5 années d’ancienneté, outre de la création d’un comité intersectoriel entre les ministères de la Santé, de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique pour améliorer les moyens pédagogiques». Le ministre de la Santé avait affirmé à plusieurs reprises que la revendication liée au service national «n’était pas des prérogatives du ministère de la Santé», mais était du ressort exclusif du ministère de la Défense nationale. Le débrayage enclenché par les 15 000 médecins résidents de diffé- rentes spécialités, a provoqué une grande perturbation dans plusieurs établissements hospitaliers, allant jusqu’à la paralysie dans certaines spécialités, à l’instar de la chirurgie, où des interventions chirurgicales ont été reportées, et parfois annulées.