CAN:  La CAF a perdu toute sa crédibilité

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La CAN en été n’aura finalement connu qu’une seule édition. Celle remportée par l’Algérie en Egypte,  cette année. Elle fera date, car la prochaine compétition prévue en 2021 au Cameroun, devrait selon toute vraisemblance se dérouler, comme par le passé, pendant l’hiver.

Un rétropédalage qui suscite moult interrogations et montre surtout le mépris affiché envers la CAF et ses responsables. Les instances internationales de football n’ont pas, en effet, hésité à programmer la Coupe du monde des clubs qui se jouera désormais à 24 équipes (contre 7 actuellement), en juin et juillet 2021, tout en sachant au préalable qu’à la même période devait en principe se tenir la CAN au Cameroun. Le comité exécutif de la CAF n’ayant apparemment aucun poids sur le plan international, ni les moyens pour faire pression n’avait plus qu’à s’incliner devant le fait accompli en reprogrammant sa plus grande compétition au mois de janvier ou février 2021. Un signe de faiblesse caractérisée, car il faut le dire la CAF n’est pas en position de force actuellement. Son président, Ahmad Ahmad, a lui-même sollicité l’aide de la Fifa pour une expertise. «Ahmad Ahmad, président de la CAF, a proposé au Comité exécutif de l’institution, réuni au Caire le 19 juin 2019, de solliciter l’expertise de la Fifa afin d’évaluer la situation actuelle au sein de la Confédération», a-t-il demandé dans un communiqué publié en marge de la dernière CAN. Il faut dire qu’après plusieurs décennies de gestion catastrophique caractérisée par une corruption généralisée à tous les niveaux, la CAF qui est devenue une véritable pétaudière, a perdu toute sa crédibilité. La goutte qui a fait déborder le vase est sans doute la mascarade de la dernière finale de la Ligue des champions qui n’est pas allée à son terme entre l’EST et le WAC. Sans parler des profondes divergences internes au sujet du président Ahmad Ahmad, notamment après son interpellation puis sa remise en liberté en France pour des affaires de corruption et d’infractions financières et fiscales. Du coup, la Confédération africaine de football est sous tutelle de la Fifa depuis le 1er août dernier et pour une période de six mois renouvelable. C’est la secrétaire générale de la Fifa, Fatma Samoura qui a été nommée pour remettre de l’ordre dans l’administration de la Confédération africaine de football. «J’ai hérité d’une institution totalement dépourvue de règles… Je reconnais mon échec dans l’amélioration de la transparence financière de la CAF. Même moi, président, je ne parvenais pas à obtenir de mon directeur financier (Mohamed El Sherei) l’état de nos comptes, d’où sa récente suspension. Il faisait ce qu’il voulait, il ne suivait aucune règle. Idem pour l’ancien secrétaire général. Ils décidaient de tout», s’est plaint le président de la CAF dans les colonnes de France Football il y a quelques mois. C’est dire combien la situation est grave au point de nécessiter l’intervention de la Fifa. Une première pour une instance continentale. L’on comprend dès lors pourquoi la CAF ne peut plus faire valoir ses droits ou de contester quoi que ce soit. Elle n’est plus souveraine dans ses décisions, malgré le grand nombre de ses affiliés. Cet épisode du changement de date de la CAN le résume parfaitement. Pourtant si l’épreuve a été décalée à l’été c’est en grande partie sous la pression des clubs européens qui rechignaient par le passé, à libérer leurs joueurs internationaux africains pendant l’hiver. Ils estimaient qu’ils étaient lésés, car ils ne pouvaient bénéficier des services de leurs éléments pendant une longue période. Voilà que maintenant l’on revient au problème initial. A moins que l’on décide, comme le suggèrent beaucoup d’observateurs, de changer la périodicité de la CAN en l’organisant une fois tous les quatre ans au lieu de tous les deux ans actuellement. On aura tous à y gagner.

Ali Nezlioui