Clubs: L’heure du bilan moral

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Le championnat à l’arrêt pour une durée encore indéterminée, le temps peut-être pour les pensionnaires de la Ligue 1 de faire un premier bilan d’une saison qu’il faudrait probablement jeter aux oubliettes. Il y aura certainement un avant et un après coronavirus. Tous les experts et les spécialistes annoncent, en effet, que rien ne sera comme avant dans tous les domaines et secteurs de la vie socio-économique.

Le sport en général et le football en particulier n’y échapperont pas. Le report des plus grands événements sportifs de l’année ou leur annulation, a provoqué une situation inédite à laquelle personne n’était préparé. Les manifestations sportives d’envergure font désormais partie de la culture populaire à laquelle l’ensemble de l’humanité s’est intimement attachée. Leur absence, même temporaire, créé un manque difficile à combler, notamment en période de crise comme celle que l’on traverse actuellement. Une addiction autour de laquelle s’est bâtie une véritable machine industrielle tentaculaire qui risque de s’effondrer comme un château de cartes. Il y a trop d’intérêts économiques pour que cette situation perdure. Après environ un mois de l’arrêt de toutes les compétitions, les pertes sont colossales et se comptent par milliards d’euros. Tout est remis en cause : les contrats, les salaires, les droits TV et même l’impertinence de poursuivre les championnats dans ces conditions dramatiques. Chez nous, son impact est moins affligeant, car la pratique du sport de haut niveau dépend essentiellement, pour ne pas dire exclusivement, de l’apport de l’Etat. Toutefois, pratiquement tous les clubs de la Ligue 1 s’apprêtent à réduire les salaires de leurs joueurs. Ces derniers semblent l’accepter sans rechigner, car ils sont conscients de la gravité de la situation. Tout le monde doit contribuer à l’effort de la «guerre» que l’on est en train de mener à cette pandémie rampante. Sinon on les aurait accusés d’égoïsme en ces temps de pandémie. C’est d’ailleurs dans l’intérêt des joueurs de se mobiliser et de se solidariser avec le reste de la société. Pour les clubs, il s’agit de sortir avec le moins de dégâts possibles de cette mauvaise passe. L’occasion aussi de réfléchir dès maintenant sur la manière d’aborder la saison prochaine qui s’annonce difficile. Une nouvelle ère commence avec vraisemblablement des privations et des difficultés accentuées eu égard à la récession qui touchera le monde entier.  Le footballeur aura-t-il le même statut de privilégié ? Les clubs auront-ils toujours pignon sur rue ? Rien n’est moins sûr, même si certains pensent que dès que la crise sanitaire sera derrière nous, le monde retombera dans ses travers. Car c’est dans la nature humaine. Le sport d’élite étant un acte civilisationnel et élément incontournable et essentiel dans le divertissement des masses, reprendra naturellement «sa» place que lui contestent aujourd’hui de nombreux activistes qui militent pour un nouvel ordre mondial plus équitable. Le problème se pose d’une manière consciencieuse. Le monde en général doit le prendre en compte dans la nouvelle redistribution des cartes. Les sportifs pour leur part, doivent faire preuve de plus d’humilité et de modestie. Cette gave crise humanitaire nous a montré que les priorités dans la vie ne sont pas celles que l’on croyait.

Ali Nezlioui