Concertations pour poser les jalons du consensus: La classe politique et la société civile veulent une transition sans Bedoui et Bensalah

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Les rencontres pour trouver une solution à la crise politique qui secoue le pays se multiplient et tout porte à croire que les choses vont s’accélérer lors des prochains jours avec la tenue de conférences regroupant les représentants des différentes composantes de la société civile et de la classe politique.

Il s’agit de dégager une feuille route pour la prochaine étape et tenter de trouver un consensus entre les différentes qu’elles soient du pouvoir ou de l’opposition autour de la période de transition que la classe politique et la société civile veulent qu’elle soit menée sans Abdelkader Bensalah et Noureddine Bedoui, dont le départ est plus que jamais revendiqué par le Hirak populaire. Même si Bensalah avait appelé récemment, dans un discours à la nation, la classe politique, la société civile et les personnalités nationales à « opter pour la voie du dialogue inclusif en vue de poser les jalons du processus de concertation », il n’en demeure pas moins que son appel a été rejeté par l’opposition qui y voit une tentative de la part du pouvoir de « gagner du temps » et de « brouiller les cartes ». Après avoir rappelé ces invitations, lors de ses précédents discours, au dialogue et à la concertation, le chef de l’État avait réitéré son engagement à « garantir au scrutin présidentiel toutes les conditions d’une élection régulière, libre et transparente, telle que souhaitée par notre peuple », indiquant que cette nouvelle étape « est incontestablement une opportunité précieuse pour restaurer la confiance et mobiliser les forces patriotiques nationales en vue de construire le consensus le plus large possible autour de l’ensemble des questions en rapport avec les aspects législatif, réglementaire et organisationnel de cette élection, et sur les mécanismes de son contrôle et sa supervision ». Il avait également estimé que l’Algérie avait besoin de « réformes et de nouveaux horizons aux plans politique et socioéconomique, un vœu clairement et pacifiquement exprimé par notre peuple qui doit également faire face à de nombreux et ô combien difficiles défis et enjeux nécessitant la mobilisation de toutes les forces vives ». Dans ce sens, il avait réitéré son appel à toutes les parties concernées à participer au processus consensuel et à « faire prévaloir la sagesse et l’intérêt du peuple, tant dans leurs débats que dans leurs revendications », en les invitant également à « saisir cette nouvelle opportunité pour s’impliquer pleinement dans la concertation que nous prônons aujourd’hui plus que jamais ». Le temps étant précieux, le chef de l’Etat a exhorté tout un chacun à « s’atteler sérieusement à la recherche de solutions consensuelles devant permettre l’organisation d’une élection Présidentielle régulière dans un climat de rivalité transparent ». Pour sa part, le Général de corps d’Armée, Ahmed Gaïd Salah, vice-ministre de la Défense nationale, chef d’Etat-major de l’ANP, avait affirmé que « la priorité aujourd’hui est que chacun de nous croit en l’importance d’aller vers un dialogue productif qui permet de faire sortir notre pays de cette phase, relativement complexe, qu’il traverse et assure ainsi la voie vers la tenue des prochaines élections dans les plus brefs délais possibles, loin de périodes de transition aux conséquences incertaines ». « Il n’y a aucune raison de continuer à perdre du temps, car le temps est précieux et il n’y a pas moyen de le gâcher dans des discussions stériles loin du véritable dialogue sincère et constructif. Rien n’est impossible et l’Algérie attend une sortie légale et constitutionnelle qui la prémunira contre toute forme d’exacerbation de la situation», avait-il soutenu.Partant de ce principe, il avait considéré que « l’axe principal autour duquel il y a lieu de fédérer les efforts des bonnes volontés parmi les enfants de l’Algérie, est l’axe du dialogue franc qui fait des revendications populaires, aussi nombreuses que concrètes, acquises jusque-là, sa base fondamentale et sa rampe de lancement ». Gaid Salah avait relevé la nécessité de « faire du dialogue un projet civilisationnel qui tiendra lieu de culture répandue parmi les enfants de la même patrie », estimant qu’il était « certain » que les contours de la feuille de route de ce dialogue « se préciseront davantage à travers le sérieux et la rationalité des initiatives, et à travers la recherche sérieuse des solutions idoines à cette crise qui perdure, dans les plus brefs délais ».Il avait invité les personnalités et les élites nationales à un dialogue « sincère et objectif » pour résoudre la crise que vit le pays à travers des « concessions réciproques », soulignant que  ce dialogue « est la seule voie qui permettra au pays de sortir de la crise qu’il traverse ». Dans ce sens, les acteurs de la société civile plaident pour l’ouverture d’un dialogue direct avec l’institution militaire, en premier lieu, à condition que les politiciens poursuivent ce dialogue pour un retour à la légitimité, à travers l’organisation d’une élection libre et transparente. En revanche, la classe politique reste divisée sur la forme du dialogue, même si, sur le fond, tout le monde privilégie la voie de la concertation pour une sortie de crise. Ainsi, le Secrétaire général du parti du FLN, Mohamed Djemaï a réitéré l’appel à « un dialogue constructif » pour sortir de la crise politique que traverse le pays avec la participation de toutes les forces politiques et représentants de la société civile, appelant l’ensemble des partis politiques, des organisations, des associations et des jeunes du Hirak à prendre part à ce dialogue et à être aux côtés de la République algérienne. Fustigeant les promoteurs d’une transition, qui veulent faire revenir l’Algérie en arrière et effacer d’un revers les pas franchis jusque-là sur le chemin de la construction démocratique, M. Djemaï a appelé au dialogue pour permettre au peuple d’être «le dépositaire de la souveraineté à travers les urnes et des élections transparentes et régulières». Dans le même sillage, le SG du FLN a mis en garde contre des parties «craignant les élections et qui et tentent d’infiltrer le Hirak populaire, qui affiche chaque semaine, de nouvelles revendications». S’adressant aux militants de son parti, M. Djemaï les a exhorter à «se mobiliser autour de l’Institution militaire et à suivre son exemple», saluant «sa clairvoyance, sa patience, son patriotisme et son amour pour l’Algérie. Il a mis en avant, en outre, son accompagnement aux revendications légitimes du peuple algérien». Abondant dans le même sens, le RND a accueilli favorablement l’invitation du chef de l’Etat à un dialogue national sérieux pour réunir les conditions d’une élection présidentielle régulière, affirmant que le peuple algérien a exprimé sa volonté souveraine pour le changement et il est temps d’appliquer l’article 8 de la Constitution à travers l’élection du président de la République, qui concrétisera ce changement ainsi que les réformes escomptées. Le parti relève que l’Algérie « exhorte tous ses enfants nationalistes à se mettre autour de la table pour aller ensemble, dans les meilleurs délais, vers une élection présidentielle afin de garantir la stabilité politique et socioéconomique du pays ». Pour sa part, le Mouvement populaire algérien (MPA) a affiché sa disposition à contribuer, à travers sa participation, à « faire aboutir ce dialogue, prôné par l’Etat algérien », soutenant que sa position « est une position de principe, partant de notre conviction que la solution à la crise actuelle que traverse notre pays passe inéluctablement par des concertations inclusives et franches entre les différents partenaires ». Pour le MPA, ce dialogue mènera à une élection présidentielle qui est la solution politique et démocratique à même de « permettre l’élection d’un nouveau président de la République, jouissant de la légitimité et de la crédibilité nécessaires pour conduire les différentes réformes exigées par le peuple ». Néanmoins, il estime que le retour aux urnes dans les plus brefs délais « doit être précédé de la mise en place d’une instance électorale indépendante qui veillera à garantir des élections transparentes et libres ». De son côté, l’Alliance nationale républicaine (ANR) s’est félicitée du contenu du discours du chef de l’Etat, notamment l’appel à un dialogue national inclusif pour garantir les meilleures conditions d’une élection Présidentielle dans les plus brefs délais, soulignant que cet appel « s’inscrit en droite ligne avec la position constante exprimée par le parti depuis le début de la crise politique dans le pays, et qui considère que le dialogue inclusif, sérieux et non exclusif constitue la seule voie pour dépasser cette conjoncture complexe, dans le cadre de la solution constitutionnelle et électorale ». A ce propos, l’ANR a appelé à nouveau l’ensemble des partenaires à « faire prévaloir impérativement les intérêts suprême de la nation sur les intérêts partisans ou personnels étroits et à engager, sans perte de temps, un dialogue responsable, réaliste et constructif permettant de répondre aux aspirations et aux revendications légitimes du hirak populaire, et de concrétiser la volonté souveraine du peuple dans le cadre d’une Présidentielle crédible », mettant en avant la nécessité de commencer par dégager un consensus sur l’instance indépendante chargée de l’organisation et de la supervision des élections. Le Mouvement El Islah a également valorisé le contenu du discours de M. Bensalah, soulignant que le mécanisme de dialogue était « le moyen adéquat de rapprochement des vues et le plus à même de susciter un consensus national capable de sortir le pays de sa crise actuelle ».  Le président de cette formation politique, Filali Ghouini, a estimé impératif d’aller « en urgence » vers des assises de dialogue et de concertation regroupant les différents acteurs afin de parvenir à « un large consensus national, dont les résultats allieront le texte constitutionnel et les solutions politiques inspirées de la Constitution, et ainsi élaborer d’une feuille de route consensuelle et sereine aboutissant le plus rapidement possible à l’échéance présidentielle ». Par ailleurs, le FFS a considéré que le discours du Chef de l’Etat visait « le maintien du statu quo et la résistance au changement, ainsi que l’application d’une feuille de route « afin de préserver un système stérile et usé au lieu de suivre la voie de la sagesse en répondant positivement aux revendications populaires ». Pour le premier secrétaire national du FFS, Hakim Belahcel, « les solutions politiques existent et ne demandent qu’à être prises en compte ».

T. Benslimane