Coronavirus: L’immunité collective, mythe ou réalité ?

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Alors que certains pays ont adopté la stratégie de l’immunité collective, avant de se raviser, focus sur cette méthode plutôt critiquée par les scientifiques. Mais quel est ce principe ? Pourquoi pose-t-il problème dans le cas du nouveau coronavirus (Covid-19)?

Plusieurs pays à l’instar du Royaume uni avaient un temps fait le choix de miser sur «l’immunité collective» pour éviter le confinement et le blocage du pays. Les Pays-Bas également. Mais depuis, ces deux pays se sont ravisés, et ont opté pour des mesures plus sévères de confinement pour limiter la propagation de la pandémie de nouveau coronavirus (Covid-19). «L’immunité collective» est un principe selon lequel plus les personnes sont infectées par une maladie, plus elles développent des anticorps contre ce virus, et moins l’épidémie se propage dans la population. «Pour le Covid-19, on estime que le taux de reproduction [contagiosité] tourne autour de 2,5, explique Jean-Stéphane Dhersin, mathématicien spécialiste de la modélisation des épidémies. «Ce qui veut dire que les 1000 premières personnes infectées vont transmettre à 2500 personnes. Si on ne fait rien, cette courbe augmente de façon exponentielle. Une fois que la moitié de la population est immunisée, un malade va contaminer en moyenne 1,24 personne. Et si 60% de la population a été en contact avec le virus, vous ne le transmettez qu’à une seule personne. Quand vous arrivez à un taux de reproduction de 1, l’épidémie ne se propage plus.» Voilà pourquoi certains pays ont fait le choix de ne pas confiner les populations, espérant qu’une diffusion rapide du virus, une fois qu’elle aurait touché 60 % des citoyens, provoquerait une immunité collective protectrice à long terme. Pour illustrer ce concept, Mircea T. Sofonea, maître de conférences en épidémiologie et évolution des maladies infectieuses à l’université de Montpellier en France, prend une analogie : «une épidémie, on peut la représenter comme un feu de forêt qui se propage vite. La différence avec les arbres, c’est que les humains bougent : nous avons des contacts pas seulement avec des voisins, mais au travail, pendant les courses. Il suffit qu’une fraction de la population soit résistante à la maladie pour qu’elle empêche la reproduction du pathogène. C’est comme si vous aviez une forêt moins dense».

Historiquement, les premiers modèles ont été publiés dès les années 1930. En travaillant sur la grippe espagnole du début du XXe siècle, des mathématiciens ont découvert qu’une épidémie ne meurt pas «faute de combattants» – situation dans laquelle l’agent infectieux finirait par disparaître avec les malades qu’il tue, mais par acquisition d’une «immunité grégaire», ont fait savoir des épidémiologies à l’AFP. Mais ce concept est surtout utilisé pour lutter contre des épidémies quand on a un vaccin, afin de déterminer le taux de couverture vaccinal nécessaire, pour être sûr que la variole ou la rougeole va disparaître, par exemple. Petit à petit, certains pays qui voulaient miser sur cette approche ont revu leur copie. Dans un premier temps, le Britannique, Boris Johnson, avait popularisé ce terme d’«immunité collective». Alors que l’Algérie avait mis en place dès l’apparition du premier cas de toutes les mesures prônées par l’OMS dans le cadre de la lutte contre la pandémie. L’immunité collective n’est pas envisageable d’abord pour des raisons humaines, car attendre que plus de la moitié de la population tombe malade, avec un taux de mortalité entre 1 et 5 % selon les pays, c’est laisser mourir un grand nombre de personnes vulnérables. Par ailleurs, rappelons qu’il n’existe aujourd’hui ni traitement, ni vaccin. C’est aussi un pari risqué car c’est faire fi des conséquences catastrophiques d’un afflux massif de patients dans des hôpitaux en manque de moyens. L’autre souci réside au fait qu’il reste beaucoup d’interrogations sur ce Covid-19. Et une des questions porte sur l’immunité à long terme vis-à-vis de ce nouveau virus : en gros, peut-on attraper deux fois cette maladie ? «Pour le Sras, coronavirus proche du Covid-19, des études ont montré que les anticorps pouvaient baisser au bout de deux ans, précise Mircea T. Sofonea. Ce qui veut dire que pour ce virus proche, l’immunité n’est pas garantie à vie. Attention, ce n’est pas pour autant transposable au Covid-19, qu’on découvre seulement depuis décembre. Personne ne peut vous dire si les personnes qui ont été contaminées auront une mémoire immunitaire persistante dans un an. Nous avançons dans le brouillard.» Par ailleurs, ce virus peut-il muter ? «Rien ne dit qu’une immunité de groupe soit suffisante si la pandémie continue dans d’autres pays, qu’elle y circule à bas bruit, reprend l’expert. Et revienne dans quelques mois avec des mutations telles que notre immunité ne la reconnaîtrait pas.» Ainsi, la grippe réapparaît chaque hiver avec des souches différentes, voilà pourquoi il faut se refaire vacciner chaque année.

Yasmine D./Ag.