Corruption: L’affaire de l’enregistrement sonore va-t-elle être classée ?

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Après Fahd Halfaia, mardi, c’était au tour de Nassim Saâdaoui d’être libéré, hier, de la prison. Est-ce à dire que le dossier de l’affaire, dite de l’enregistrement sonore dans laquelle les deux hommes sont accusés d’arranger les résultats des matches du championnat, est clos ? Si l’on croit le communiqué de l’ES Sétif rendu public, on serait tenté de répondre par l’affirmative.

En effet, les Sétifiens soutiennent que leur directeur général a bénéficié d’un non-lieu, du coup il est libre comme l’air. Ce serait néanmoins étonnant qu’il soit «innocenté» sans passer d’abord par la case juge. Le plus probable est qu’il a été relâché provisoirement en raison de la détérioration de son état de santé. Rappelons que le dirigeant de l’ESS a été dernièrement hospitalisé suite à un malaise. Dans ce cas, pourquoi le manager Saâdaoui a bénéficié des mêmes largesses de la part du juge ? L’on craint que cette affaire, qui allait peut-être contribuer à mettre un terme ou du moins diminuer les pratiques de corruption, qui ternissent l’image de marque de notre football et le ronge, ne soit classée sans suite. L’on comprend dès lors pourquoi ni la Ligue ni la FAF et sa fameuse commission d’éthique, qui au demeurant, n’a toujours pas été installée, n’ont rendu un verdict dans ce dossier, malgré que les deux incriminés soient passés devant la commission de discipline depuis des mois. C’est un scénario récurrent, on laisse traîner les choses, puis on classe l’affaire au moment où l’opinion aura oublié. On avait cru un moment qu’avec l’intervention de la justice, les choses allaient enfin changer. Il semblerait que ce ne soit pas le cas. Les mauvais réflexes sont tenaces et indestructibles. L’ingérence de la politique est toujours omnipotente, sinon comment expliquer cette impunité permanente. Au nom de la sacro-sainte paix sociale, on est prêt à pardonner tous les dépassements, toutes les outrances. Ça dure depuis des décennies et ça n’a pas l’air de vouloir évoluer. Les régimes changent, mais immuables ces pratiques continuent de s’encrasser dans les mœurs pour devenir une seconde nature. Est-ce une fatalité chez nous, alors qu’ailleurs des affaires de corruption moins évidentes ont fait tomber des grosses écuries de leur piédestal. L’on rêve du jour où notre football soit débarrassé de ce fléau rampant, mais ce n’est pas pour demain, manifestement. Tant que le sport-roi est l’otage de la politique et des intérêts occultes, il ne pourra pas s’émanciper pour évoluer dans un climat sain et honnête. C’est, semble-t-il, son destin auquel il ne peut échapper pour le moment. On a bien beau s’agiter à la moindre révélation d’un fait de corruption avéré, la chape de plomb finit toujours par le couvrir. Il ne sert plus rien à formuler des espoirs de changement, la désillusion est irrémédiablement le lot des candides que nous sommes. Mais on y croira jusqu’au bout. Car, comme on dit, quand le mensonge prend l’ascenseur, la vérité prend l’escalier…

Ali Nezlioui