Démission de l’envoyé spécial de l’ONU pour le Sahara Occidental: la France  impliquée dans le départ  de Horst Kohler

0
248

 

La démission de l’envoyé spécial de l’ONU au  Sahara occidental, Horst Kohler, n’est pas liée uniquement aux problèmes de  santé, mais résulte de la « complicité flagrante » de la France avec l’occupant marocain et « l’irresponsabilité » du Conseil de sécurité à  résoudre ce conflit, ont souligné des diplomates sahraouis regrettant le  départ précipité de l’émissaire onusien.

Le ministre sahraoui des Affaires étrangères, Mohamed Salem Ould Salek, a  affirmé que l’envoyé de l’ONU au Sahara Occidental, Horst Kohler s’est retrouvé dans une position politique, morale et psychologique qui le  poussait à se retirer de sa mission à cause de la « complicité flagrante » de

la France avec l’occupant marocain et « l’irresponsabilité » du Conseil de  sécurité à résoudre ce conflit vieux de 45 ans.

« La prochaine bataille n’est pas de savoir qui sera le prochain envoyé  personnel de l’ONU au Sahara occidental, mais celle de voir le Conseil de  sécurité assumer ses responsabilités pour imposer la légitimité internationale comme seule solution au conflit », a souligné M. Ould Salek,  dans une déclaration à la presse.

Indépendamment de la raison de santé invoquée comme une des cause du  départ de M. Kohler, le diplomate sahraoui a soutenu qu’il existe bien des  faits « irréfutables » prouvant que l’envoyé spécial des Nations unies est parvenu à la même conviction que celles de ses prédécesseurs, James Baker  

et Christopher Ross, que la mission de la MINURSO devant aboutir au respect  des engagements pris en 1991 pour organiser le référendum sur l’autodétermination du peuple sahraoui, est confrontée au « refus franc » est  « fermement affiché » par la France et à « l’échec » du Conseil de sécurité à résoudre le conflit ».

« Dans certaines régions, il y a des ingérences, y compris par la guerre,  pour imposer la démocratie et le respect de la légitimité du droit international et des droits de l’Homme. Dans d’autres cas, le contraire est  vrai. Le peuple sahraoui est empêché d’exercer son droit inaliénable à l’autodétermination en violation flagrante de toutes les lois, législations, conventions et résolutions », a déploré le chef de la  diplomatie sahraouie.

Des accords illégaux défendus au détriment de la légalité  internationale

Dans le même ordre d’idées, le coordonnateur sahraoui auprès de la Mission  des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) et membre du secrétariat national du Front Polisario, M’hamed  Kheddad, a assuré que Horst Kohler a démissionné en raison des « pressions » exercées par la France sur l’envoyé spécial de l’ONU, affirmant que « Paris  a carrément saboté le travail de Horst Kohler ».

S’exprimant dans un entretien à l’agence russe Sputnik, M. Kheddad a  indiqué qu’en plus de la raison de santé évoquée par l’ex-président allemand dans sa lettre de démission, le diplomate onusien rencontrait  aussi des « obstacles, dressés notamment par Paris et Washington ».

« (…) Il faut bien signaler que depuis sa nomination au poste d’envoyé  spécial du secrétaire général de l’Onu, beaucoup d’obstacles ont été érigés  sur sa route », a fait savoir le responsable sahraoui, rappelant dans ce sillage que le diplomate onusien avait toutes les qualités et les  compétences nécessaires pour réussir sa mission, notamment son expérience diplomatique ainsi que sa connaissance du continent africain et de ses  problèmes.

  1. Kheddad a signalé, toutefois, que dès sa prise de fonction, l’ex  président allemand avait rencontré beaucoup d’entraves dans l’accomplissement de sa mission notamment aux Nations unies et à l’Union  européenne, dressées, a-t-il précisé, par la France qui ne voulait pas que le mandat de la Minurso soit réduit à six mois.

« C’est aussi la France qui a pesé de tout son poids pour que l’Union  européenne signe de nouveaux accords incluant illégalement les territoires  du Sahara occidental occupés (accord d’association UE-Maroc et l’accord d’agriculture et de pêche UE-Maroc, ndlr) en violation flagrante des  décisions de la Cours de justice de l’Union européenne (CJUE) (les arrêtés de 2015, 2016 et 2018) », a souligné, en outre, le coordinateur sahraoui  auprès de la Minurso, alors que le Sahara occidental et les eaux qui lui sont adjacentes ne faisaient pas partie du territoire du Royaume du Maroc.

L’ambassadeur de la République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD) en  Algérie, Abdelkader Taleb Omar, a, quant à lui, assuré que les circonstances de la démission de Horst Kohler ont démontré que « le Conseil  de sécurité n’a pas pris suffisamment de mesures pour amener le Maroc à se conformer aux résolutions onusiennes ».

Intervenant lors d’une conférence organisée par le Parlement africain de  la société civile, sous le thème « le Sahara occidental, dernière colonie en  Afrique », en célébration de la Journée de l’Afrique, l’ambassadeur sahraoui a mis en garde contre le vide que laissera M. Kohler, auquel le Front  Polisario rend hommage pour ses sincères efforts en vue de créer la dynamique imprimée aux négociations.

Kohler avait réussi rétablir un dialogue au point mort depuis six ans

L’émissaire de l’ONU pour le Sahara occidental, l’ancien président allemand Horst Kohler, 76 ans, a démissionné de ses fonctions « pour raison de santé », ont annoncé les Nations unies dans un communiqué.

« Le secrétaire général (Antonio Guterres) regrette profondément cette démission, mais dit la comprendre parfaitement et transmet ses meilleurs vœux à l’émissaire », précise le communiqué de l’ONU, sans fournir de précision sur les problèmes de santé de l’ancien président allemand.

 

En poste depuis juin 2017, Horst Kohler s’était investi personnellement dans la recherche d’une solution à ce conflit vieux de 44 ans.

Il avait réussi à renouer des pourparlers au point mort depuis six ans, en convoquant les quatre parties concernées, le Maroc, le Front Polisario, l’Algérie et la Mauritanie, à deux tables rondes à Genève en décembre 2018, puis en mars 2019.

Après ces rencontres que l’émissaire de l’ONU souhaitait « sans pré-conditions », une troisième, désormais compromise, devait être convoquée avant l’été, même si Horst Kohler avait estimé fin mars que les positions restaient « fondamentalement divergentes »

Antonio Guterres, qui avait appelé désespérément les parties à « des gestes de bonne foi » pour progresser vers une solution, a remercié son émissaire pour son travail. Il a également remercié « les parties (Maroc et Polisario) et les Etats voisins (Algérie et Mauritanie) pour leur engagement avec M. Kohler dans le processus politique ».

« Le royaume du Maroc a pris note avec regret » de cette démission et « rend hommage à M. Horst Kohler pour les efforts qu’il a déployés depuis sa nomination », a réagi le ministère marocain des Affaires étrangères dans un communiqué.

L’Algérie, qui soutient le Polisario mais refuse d’être considérée comme partie au conflit, a fait part de son « profond regret ».

De son côté le Front Polisario s’est déclaré « profondément attristé » par la nouvelle et à remercié l’émissaire démissionnaire pour « ses efforts dynamiques afin de relancer le processus de paix de l’ONU ».

Toutefois, derrière les réactions protocolaires d’usage, l’hypothèse des raisons de santé est remise en cause par le site marocain Yabiladi sur internet.

Une source proche du dossier a déclaré au site que cette démission était le résultat de « la pression du Maroc », soulignant que le royaume « s’était toujours opposé au désir clair de Kohler d’impliquer l’Union africaine dans le règlement de ce conflit régional ».

Selon Yabiladi, cette même source n’a pas exclu que le départ de l’émissaire onusien soit lié à la visite effectuée récemment par le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, aux Etats-Unis.

Le royaume aurait lancé une campagne diplomatique il y a plusieurs mois dans de nombreux pays amis ou ayant influence sur le dossier pour expliquer « les erreurs commises par le médiateur allemand », souligne encore la source de Yabiladi, et appeler à « fermer la porte aux négociations avec le Polisario si Kohler restait à son poste ».

Des informations relayées par le site le 1.ma, marocain également, qui titrait « Horst Kohler n’a pas démissionné pour raisons de santé » dans son édition du 23 mai 2019.

Affirmant que l’émissaire allemand avait pris sa décision au lendemain du vote de la résolution 2468 par le Conseil de sécurité le 30 avril 2019, le site explique que Kohler a vécu ce vote comme un échec personnel.

« Le Maroc a réussi à faire barrage à toute tentative d’intégration du contrôle des droits de l’Homme, aussi bien dans les prérogatives de la MINURSO (la mission de l’ONU au Sahara occidental) que dans les Missions de l’Union africaine.

                                                                                              Ahsene Saaid/ SPS