Devant l’absence de dialogue pour une sortie de crise: La classe politique affiche son inquiétude

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La classe politique est de plus inquiète face à l’absence d’un dialogue franc et sérieux devant déboucher sur un consensus permettant une sortie de la crise actuelle qui secoue le pays, la classe politique est de plus inquiète.

C’est le cas notamment du  parti Talaie El Hourriyet qui a réaffirmé hier son soutien à l’appel lancé par Ali Yahia Abdennour, Ahmed Taleb Ibrahimi et Rachid Benyellès pour un dialogue entre l’armée et des « figures représentatives du mouvement citoyen », estimant qu’il mérite « toute l’attention ». Tout en enregistrant « avec inquiétude, l’impasse politique générée par la mise en œuvre exclusive de l’article 102 comme solution de sortie de crise », le parti d’Ali Benflis estime que cet appel  « s’inscrit clairement dans cette perspective et mérite toute l’attention, eu égard à la qualité morale et au parcours historique et politique de ses auteurs ». Pour cette formation politique, « l’échec consommé de l’élection présidentielle, initialement prévue le 4 juillet, que le peuple a rejetée, considérant ses conditions de déroulement inappropriées et inacceptables, commande, impérieusement, le recours à la voie politico- constitutionnelle ». Il a fait remarquer que « l’ouverture d’un dialogue pour dégager, dans les meilleurs délais, une solution politique consensuelle qui puisse répondre aux aspirations du peuple et éviter à notre pays un vide constitutionnel, politique et institutionnel, aux conséquences imprévisibles, au terme du mandat constitutionnel de la présidence de l’État, revêt une extrême urgence ». Le succès d’un tel dialogue repose sur « des interlocuteurs crédibles qui recueillent l’assentiment populaire, un cadre adéquat et un objet clair », estime Talaie El Hourriyet, ajoutant que « les figures emblématiques du régime, encore à la tête des principales institutions de l’État, récusées par la Révolution populaire, sont disqualifiées comme interlocuteurs pour un tel dialogue ». Le dialogue doit réunir, recommande la parti de l’ancien chef du gouvernement, « les représentants de la Révolution populaire et de la société civile et ceux des partis et personnalités nationales qui se sont illustrés dans la lutte contre l’ancien régime et ont soutenu la révolution populaire pacifique depuis ses débuts », soulignant qu’un tel dialogue « doit également viser un plan global de règlement de la crise assurant au pays une continuité institutionnelle transitoire jusqu’à l’élection du prochain Président de la République, avec, notamment, la création d’une instance indépendante pour l’organisation, la supervision et la surveillance de cette élection jusqu’à la proclamation des résultats du scrutin». Pour rappel, trois personnalités nationales, en l’occurrence Taleb El Ibrahimi, Ali Yahia  Abdennour et Rachid Benyelles, avaient lancé un appel au peuple algérien dans lequel ils avaient relevé que des millions d’Algériens, toutes classes sociales et tous âges confondus, sont sortis dans les rues de l’ensemble des grandes villes du pays pour « manifester pacifiquement, crier leur colère et refuser l’humiliation qu’un pouvoir arrogant et sûr de lui, voulait encore leur faire subir en annonçant la candidature pour un cinquième mandat, d’un homme qui vit à l’état végétatif depuis cinq ans ».Après avoir obtenu la démission forcée du président candidat moribond, les manifestants dont le nombre a atteint des sommets historiques, « exigent maintenant l’instauration d’un État de droit et d’une véritable démocratie, en passant préalablement par une période de transition de courte durée, conduite par des hommes et des femmes n’ayant jamais appartenu au système profondément corrompu des vingt dernières années. Cette période est nécessaire pour mettre en place les mécanismes et dispositions permettant au peuple souverain d’exprimer librement et démocratiquement son choix à travers le urnes, un processus qui va dans le sens de l’histoire, et que rien, ni personne ne saurait arrêter ». « Porteuse de graves dangers dans une situation régionale tendue, la situation de blocage à laquelle nous assistons par le maintien de la date du 4 juillet ne pourra que retarder l’avènement inéluctable d’une nouvelle République. Car comment peut-on imaginer des élections libres et honnêtes alors qu’elles sont d’ores et déjà rejetées par l’immense majorité de la population parce qu’organisées par des institutions encore aux mains de forces disqualifiées, opposées à tout changement salutaire », ont-ils relevé. C’est pourquoi, ils demandent instamment au commandement de l’ANP de « nouer un dialogue franc et honnête avec des figures représentatives du mouvement citoyen ( harak ), des partis et des forces politiques et sociales qui le soutiennent, afin de trouver au plus vite, une solution politique consensuelle en mesure de répondre aux aspirations populaires légitimes qui s’expriment quotidiennement depuis bientôt trois mois ». De son côté, l’ancien chef du gouvernement, Ahmed Benbitour avait appel à une « lecture attentive » de la Constitution pour aboutir à une solution politique à la crise que traverse le pays « sans trop s’éloigner de ses dispositions ». Benbitour a estimé que « l’idée du respect stricto sensu de la Constitution ne fera pas sortir le pays de la crise », expliquant que « la solution politique s’opère par un changement serein du régime à travers l’application des articles 7 et 8 de la Constitution puis l’activation de l’article 102 durant une période de transition qui devra donner lieu à l’élaboration d’une feuille de route pour une sortie de crise, la désignation d’un gouvernement de transition et la définition des modalités d’organisation d’une élection Présidentielle régulière ». Par ailleurs, M. Benbitour a mis en avant l’importance de choisir des représentants compétents du Hirak populaire pour des « négociations » avec les parties dirigeantes en vue d’un « changement total du système ». Le Hirak populaire qui réclame un changement radical du système « se doit de passer » à une nouvelle phase à travers « la désignation de représentants officiels capables d’élaborer une feuille de route pour négocier avec les parties dirigeantes en vue de réaliser la principale revendication de la rue algérienne, à savoir le changement de tout le système ». Plus explicite, M. Benbitour propose la désignation d’un représentant par wilaya pour que ces représentants se réunissent, par la suite, pour élire trois d’entre eux pour parler au nom du Hirak. Se disant disposé à « apporter son aide » dans la transition qu’il prône, en contribuant à l’élaboration de la feuille de route pour la gestion de cette étape, il a indiqué avoir « un programme » de sortie de la crise politique que traverse le pays. A la question de savoir s’il accepterait de diriger cette transition, M. Benbitour a affirmé que c’est là « une grande responsabilité historique », mais, a-t-il ajouté « je ne peux frapper aux portes » soulignant que « La rue refuse actuellement qu’on la représente ». « Lorsque les manifestants et le régime conviendront d’un accord sur une transition, je ferai part de ma position concernant la direction de cette étape », a-t-il déclaré. Dans le même sens, M. Benbitour a estimé que « l’opposition ne peut actuellement convenir d’un candidat de consensus pour la conduite de l’étape de transition », affirmant que « l’opposition peut être représentée par plus d’un candidat ». Dans son dernier discours, le général de corps d’Armée, Ahmed Gaïd Salah, vice-ministre de la Défense nationale, chef d’Etat-major de l’ANP, a appelé le peuple algérien à faire montre d’une extrême vigilance et à demeurer solidaire avec son Armée afin d’empêcher les instigateurs des plans pernicieux de s’infiltrer dans ses rangs « quelles que soient les conditions et les circonstances ». Le général de corps d’Armée a évoqué également le « défi majeur » lié à la lutte contre la corruption dont les lobbys ont des ramifications dans les milieux politique, financier et médiatique, ainsi que dans les institutions de l’Etat.

 

Il a précisé que la démarche suivie dans la lutte contre ce fléau est fondée sur une « base solide », s’appuyant sur des informations « sûres et confirmées » et reposant sur des dossiers avec des « preuves tangibles ». Il s’agit, a-t-il expliqué, de nombreux dossiers « lourds, voire dangereux », ce qui a dérangé la « bande » qui a tenté d' »entraver » les efforts de l’ANP et de la Justice. Gaïd Salah qui a mis l’accent récemment sur l’attachement de l’ANP à la voie constitutionnelle, à travers  l’organisation de l’élection présidentielle dans les « meilleurs délais », vient donc remettre çà à travers une élection que les citoyens ne cessent de réclamer l’annulation ou le report. Il a affirmé que « cette position de principe est un signe manifeste et constant de la détermination de l’ANP à ne pas s’écarter de la voie constitutionnelle, quelles que soient les conditions et les circonstances, et quiconque prétend le contraire fait preuve d’ingratitude envers l’Armée et ses positions de principe constantes, en particulier ces arrivistes qui ont profité des richesses du pays à bien des égards et veulent aujourd’hui donner des leçons à l’ANP et son Commandement ». « Nous récusons catégoriquement ces comportements opportunistes qui ne servent en rien l’Algérie et ne contribuent aucunement à résoudre sa crise.

T. Benslimane