Drapeau national: Un acteur incontournable au cœur du mouvement social

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Le drapeau national regroupe et réunit dans un seul élan des groupes de personnes, hommes et femmes qui se parlent et conjuguent dans le respect et la décontraction leurs gestes et leurs paroles. Il redonne du charme et de la beauté aux manifestations de plus en plus massives dans toutes les régions de l’Algérie.

Le drapeau flotte entre les mains des manifestants. Il est mobile. Il est proche des personnes qui n’hésitent pas pour certains d’entre eux à le sacraliser, à lui donner une résonance affective. «  C’est notre drapeau. Nous y tenons énormément. Il nous revient d’en prendre soin », affirme une femme. Il est de l’ordre du partage dans l’espace public, contrairement à celui fixé en haut de l’immeuble d’une institution étatique ou politique, éloigné de la population. Ce drapeau-là, celui du pouvoir, n’a pas la même signification. Il ne leur a jamais appartenu en raison du mépris institutionnalisé  au cœur du mode de fonctionnement des institutions. Dans une très belle vidéo, il est possible d’observer un enfant, à peine âgé de 10 ans, enveloppé du drapeau national, soulevant une pancarte, où l’on peut lire : « L’Algérie m’appartient aussi ». Il devient un acteur incontournable agissant auprès des marcheur.es. Il est porté individuellement par des enfants, des personnes âgées, des femmes, des jeunes ou moins jeunes et des personnes handicapées. Il peut être enveloppé autour du corps comme une immense écharpe. Il peut être aussi porté par un groupe de jeunes composés de cinq à six personnes qui encerclent un immense drapeau rectangulaire. Le drapeau national donne vie à la marche des manifestants du vendredi, devenue depuis plus d’un mois, un rituel politique. La durée du mouvement social conduit la population qui a investi les artères du centre ville, à inventer des formes de mobilisation originales et inventives : distribution gracieuse de dattes et d’eau aux manifestants. Des jeunes bénévoles nommés les « brassards verts », donnent les premiers soins aux manifestants pris d’un malaise. La captation du drapeau national peut se lire comme un patriotisme profond producteur d’un enchantement sublime, donnant du bonheur aux personnes. Une femme d’une trentaine d’année disait : « je retrouve enfin du bonheur en portant autour de moi le drapeau ». Le drapeau ne concerne pas uniquement les marcheurs. Il suffit de relever les yeux pour se rendre compte de sa présence dans les balcons des immeubles. Il est fixé au volet de la fenêtre ou porté par des personnes admiratives qui visualisent à l’aide de leurs portables, la marche des manifestants. Enfin, ils n’hésitent pas à leur offrir du haut de leur balcon de façon fraternelle de l’eau ou des bonbons. Le drapeau national est parlant. C’est à partir du drapeau, qu’un imaginaire pertinent est déployé pour donner du sens aux manifestations. Sur une pancarte portée par un jeune au cours de la manifestation du 22 mars 2019 à Oran, il est possible de prendre connaissance de l’interprétation des 3 couleurs composant le drapeau national : « Nous sommes blancs d’espoir, vert de dégoût, rouge de colère ». Ce qui sous-tend que le port du drapeau national recouvre une dimension politique forte, une manière de dire au pouvoir qui ne veut pas encore partir, leur mécontentement mais aussi leur détermination à les « dégager ». Cette fusion entre l’appropriation du drapeau et le mot d’ordre « Dégage », semble indiquer que l’Algérie est d’abord celle du peuple. Celui-ci a décidé que le pouvoir doit partir. « Dégage » est le slogan le plus populaire, le plus récurrent scandé par les marcheurs. On peut reprendre quelques slogans qui insistent avec force sur la rupture avec le système politique : « FLN dégage », « Y en a marre de ce système  politique». Le drapeau national a été socialisé dans l’espace public de façon massive et exceptionnelle dans l’histoire de l’Algérie : les premiers jours de l’indépendance, à partir du 5 juillet 1962, à un degré moindre après la qualification de l’Algérie en coupe du monde en 2009 face à l’Égypte, et à présent avec les marches débutées le 22 février 2019, date devenue désormais historique.

Houda H