En attendant la convocation du corps électoral:  La classe politique dans l’expectative

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Gaïd Salah Ph: PPAgency

Après l’annonce faite par le chef d’état-major de l’ANP sur la convocation du corps électoral qui devrait éventuellement se faire le 15 de ce mois, la classe politique se trouve dans l’expectative, tout en se préparant dans la perspective des élections présidentielles qui devraient se dérouler avant la fin de l’année en cours. 

Ainsi, le parti Talaïe El Houriet a proposé la création d’une autorité électorale indépendante ad-hoc uniquement pour la prochaine élection présidentielle, laquelle sera chargée exclusivement d’organiser, de superviser, de surveiller et de suivre cette élection et dont la mission prendra fin au terme de l’échéance présidentielle. Répondant à une lettre du coordonnateur général de l’Instance de médiation et du dialogue pour connaître l’avis du parti sur l’avant-projet de rapport des résultats des rounds de médiation et de dialogue, l’avant-projet de la loi organique relatif à l’institution d’une autorité indépendante chargée des élections et l’avant-projet de loi organique relatif au régime électoral, le président du parti Ali Benflis a précisé que l’institution d’une autorité permanente chargée de tous les scrutins, pour laquelle il faut beaucoup de temps, ne peut être conçue sauf dans le cadre des réformes constitutionnelles et institutionnelles à engager impérativement par le prochain président de la République démocratiquement élu. A ce propos, M. Benflis a estimé qu’il n’appartient pas à l’instance d’élaborer et de proposer la création d’une autorité électorale indépendante et permanente, d’autant qu’il n’est pas du ressort du gouvernement actuel de proposer le projet de loi organique à ce sujet ni des prérogatives du parlement d’adopter le régime électoral qui sera une base légale et organisationnelle sur laquelle repose le renouvellement des institutions élues en vue de leur accorder la légalité nécessaire pour une transition d’un Etat national à un Etat de droit. Il a ajouté que le projet de loi organique relatif à l’autorité électoral ad-hoc « implique son adoption suivant des procédures particulières assurant le prise en compte totale de son contenu à la lettre et à l’esprit par les institutions en place ».

il n’appartient pas à l’instance d’élaborer et de proposer la création d’une autorité électorale indépendante et permanente, d’autant qu’il n’est pas du ressort du gouvernement actuel de proposer le projet de loi organique à ce sujet ni des prérogatives du parlement d’adopter le régime électoral qui sera une base légale et organisationnelle sur laquelle repose le renouvellement des institutions élues en vue de leur accorder la légalité nécessaire pour une transition d’un Etat national à un Etat de droit

 De son côté, le Mouvement de la société pour la paix (MSP) a affirmé que son Conseil consultatif (Majliss Echourra) était le seul habilité à se prononcer sur la participation ou non à l’élection présidentielle, après convocation du corps électoral. « La véritable transition démocratique ne saurait se faire que par une véritable volonté politique avant les instances, les textes de loi et les procédures officielles qui peuvent être piétinés ou malmenés », a ajouté le parti qui a averti qu’il « y a des signes avant-coureurs qui nourrissent les craintes sur le plan des libertés et de la démocratie notamment le contrôle des médias et les restrictions imposées pour la création d’associations et de partis ». Par ailleurs, le MSP s’est dit en faveur de la campagne de lutte contre la corruption, affirmant que « la réussite de cette mission repose sur la restitution des fonds tout en barrant définitivement la voie au retour de l’oligarchie ». « L’édification d’institutions légales et crédibles est à même d’assurer la lutte contre la corruption par l’efficacité et la justice », a souligné le MSP. « L’Algérie rencontrera de grandes difficultés économiques, mais la sortie de toutes les crises ne saurait être que par le dialogue sérieux, souverain, responsable et les larges consensus, en assurant les libertés et la satisfaction des revendications populaires générales et toute manœuvre insidieuse contre la véritable volonté populaire aura des conséquences désastreuses sur la stabilité du pays », a rappelé le parti.

« Il y a des signes avant-coureurs qui nourrissent les craintes sur le plan des libertés et de la démocratie notamment le contrôle des médias et les restrictions imposées pour la création d’associations et de partis ». Par ailleurs, le MSP s’est dit en faveur de la campagne de lutte contre la corruption, affirmant que « la réussite de cette mission repose sur la restitution des fonds tout en barrant définitivement la voie au retour de l’oligarchie ».

A cet effet, le MSP a appelé à « la poursuite du hirak dans son cadre pacifique et civilisé jusqu’à la réussite de la transition démocratique et la concrétisation de la volonté populaire ». En revanche, le Secrétaire général par intérim du RND, Azzedine Mihoubi a estimé que « la voie idoine » pour surmonter la crise actuelle était ‘l’organisation d’une élection présidentielle transparente consacrant la volonté populaire ». M. Mihoubi a déclaré que « le peuple algérien est invité à assumer sa responsabilité en participant avec force à cette élection, qualifiée d’étape décisive dans l’histoire de l’Algérie », et de « solution idoine à la situation actuelle et à la construction d’institutions fortes ». « Actuellement, il faut réfléchir au processus post-dialogue et à la préparation à l’élection présidentielle », a-t-il ajouté, mettant l’accent sur l’importance de la mise en place de « mécanismes appropriés à l’organisation et la surveillance de cette élection afin de garantir sa régularité et sa transparence ». Il a, par la même occasion, salué la teneur du dernier message du Général de corps d’armée, Ahmed Gaïd Salah, vice-ministre de la Défense nationale, chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP), notamment en ce qui concerne la date de la convocation du corps électoral la qualifiant de « pas décisif sur la voie de satisfaction des revendications populaires ».

le peuple algérien est invité à assumer sa responsabilité en participant avec force à cette élection, qualifiée d’étape décisive dans l’histoire de l’Algérie », et de « solution idoine à la situation actuelle et à la construction d’institutions fortes ».

De surcroît, il s’est félicité de la réponse apportée par l’ANP au Hirak populaire depuis son début, en répondant favorablement à ses revendications évitant ainsi au pays d’aller vers un destin inconnu ». Par ailleurs, il a exhorté les militants du parti à « se rapprocher des citoyens pour les sensibiliser à l’importance de la forte participation à la prochaine présidentielle et à œuvrer à améliorer l’image du parti en palliant les carences et valorisant les points positifs ». Dans le même sillage, le FLN a estimé que la proposition du Général de corps d’armée de fixer les délais légaux pour la convocation du corps électoral pour l’élection présidentielle traduisait « un engagement et une fidélité » à la position exprimée par le commandement de l’institution militaire. « Cette position est parfaitement conforme aux positions du FLN qui a n’a eu de cesse de souligner l’impérative organisation de l’élection présidentielle dans les plus brefs délais et dans le respect de la Constitution et des lois de la République, et ce sous la supervision et l’organisation directe d’une instance nationale qui aura toute la souveraineté et l’autorité pour organiser l’élection présidentielle, sans l’intervention d’une tierce partie », a indiqué le parti. Le parti a exprimé « sa disponibilité à participer, de manière active, dans la mobilisation de tous ses militants pour assurer une forte participation lors de la prochaine échéance présidentielle », mettant en avant, dans ce sens, le travail de l’Instance nationale de dialogue et de médiation qui a « pris la responsabilité historique, dans un contexte très complexe, en vue de créer un consensus national concernant les voies de sortie de la crise actuelle ». Par la même occasion, les présidents du parti du Renouveau et du développement (PRD), du parti de l’Unité nationale et du développement (PUND) et du Mouvement national des travailleurs algériens (MNTA) ont mis en avant l’importance d’organiser l’élection présidentielle pour surmonter la crise politique que traverse le pays. A l’issue d’une rencontre avec le coordinateur de l’Instance nationale de médiation et du dialogue, Karim Younes, le président du PRD, Taïbi Assir, a déclaré que cette rencontre était l’opportunité d’exposer la position du parti quant à la situation nationale actuelle qui exige, a-t-il dit « la tenue d’une élection présidentielle supervisée par une instance indépendante chargée de garantir la régularité de cette échéance nationale importante ». « Toutes les forces vives sont appelées aujourd’hui à resserrer le rang national pour surmonter cette crise », a-t-il soutenu. Pour sa part, le président du PUND, Dif Mohamed a mis l’accent sur l’impératif de tenir l’élection présidentielle « avant la fin de l’année en cours », car étant « la seule et unique solution pour surmonter la situation actuelle notamment à la lumière des répercussions de la crise politique sur la situation économique du pays ».

« Toutes les forces vives sont appelées aujourd’hui à resserrer le rang national pour surmonter cette crise »

Dans ce cadre, le président du MNTA, Salem Hadidi a estimé que « la seule solution à la crise politique actuelle est d’aller vers l’élection présidentielle », soulignant la nécessité de garantir « la transparence » de ce rendez-vous national, à travers la création « d’une instance indépendante chargée de superviser toutes les étapes du processus électoral ». Par ailleurs, les présidents de ces formations politiques ont salué « la position de l’institution militaire qui veille à répondre aux revendications populaires exprimées à travers le mouvement populaire pacifique. Pour rappel, dans son dernier discours, le chef d’état-major de l’ANP est revenu sur la tenue de l’élection présidentielle qu’il a qualifiée d’étape « décisive » pour l’avenir du pays, assurant que la situation «ne peut tolérer plus de retard »,« La situation ne peut tolérer plus de retard, elle exige au contraire la tenue de ces élections décisives pour le présent et le futur du pays, dans les délais que j’ai évoqués lors de ma précédente intervention, qui sont des délais raisonnables et acceptables qui reflètent une revendication populaire insistante, à même d’instaurer l’Etat d’équité et de droit », affirmé Gaïd Salah qui avait suggéré la veille qu’il serait opportun de convoquer le corps électoral le 15 septembre en cours pour que les élections « puissent se tenir dans les délais fixés par la loi ».

Le chef d’état-major de l’ANP est revenu sur la tenue de l’élection présidentielle qu’il a qualifiée d’étape « décisive » pour l’avenir du pays, assurant que la situation «ne peut tolérer plus de retard

 Il a, par ailleurs, réaffirmé l’accompagnement de l’ANP aux hommes de la justice, qui remplissent « leurs nobles missions avec loyauté et veillent à recouvrer l’omnipotence de l’Etat, en traitant les différents dossiers de corruption, et en rassurant le peuple algérien qu’il appartient à un pays d’équité et de droit ». Le Général de Corps d’Armée a déclaré, en outre, que « l’acharnement sur l’institution militaire fait partie d’un plan abject, dont l’objectif est de bloquer et neutraliser le rôle de l’Armée ». Il a ajouté que le Commandement de l’Armée était « le premier à répondre aux revendications populaires avant toute autre partie, ce qui a menacé les intérêts de la bande et de ses acolytes et a mis en échec leurs plans visant à redéfinir le paysage national général selon leurs envies et celles de leurs maitres ». Et de lancer : « Nous leur disons laissez l’Algérie à ses fidèles enfants, car ils en sont dignes et capables de la construire et de la protéger », exprimant sa conviction que « notre valeureux peuple qui aspire à vivre dans la paix et la quiétude et dans la sécurité et la stabilité, mérite de vivre dignement dans son pays », affirmant que « ce peuple, que l’on cite en exemple dans l’amour de la patrie et la loyauté, a soutenu et approuvé les efforts de l’institution militaire ». Gaïd Salah avait renouvelé son appel pour « aller de l’avant pour rapprocher les points de vue, unifier les visions et trouver des mécanismes à même de concrétiser l’approche insistance, qui consiste en l’accélération de l’organisation des élections présidentielles, notamment en installant rapidement une instance nationale indépendante pour la préparation, l’organisation et la surveillance des élections, qui supervisera toutes les étapes du processus électoral, ce qui requiert également la révision de quelques textes de la loi électorale pour s’adapter aux exigences de la situation actuelle, et non pas une révision totale et profonde qui toucherait tous les textes, tel que revendiqué par certains, ce qui prendrait beaucoup de temps ». « Ces élections qui représentent un rendez-vous d’importance dans l’histoire de l’Algérie, qui apportera davantage de progrès sur la voie de l’instauration de l’Etat de droit », a-t-il ajouté. Gaïd Salah a affirmé, en outre, que l’Armée fera face « avec rigueur » aux manœuvres qui visent « à faire perdurer la crise, à obstruer le processus de développement de la patrie et à s’inscrire contre la volonté du peuple ». Il avait soutenu qu’au sein de l’Armée nationale populaire « nous ne tolérerons aucune tentative d’entrave au travail des institutions de l’Etat et partant de nos missions et prérogatives constitutionnelles, nous ferons face avec rigueur à ces manœuvres qui visent à faire perdurer la crise, à obstruer le processus de développement de la patrie, et à s’inscrire contre la volonté du peuple qui a affirmé à maintes reprises qu’il n’avait aucunement besoin à de telles idées qui détruisent au lieu de construire, notamment en cette phase cruciale de l’histoire contemporaine de notre pays ».

Ces élections représentent un rendez-vous d’importance dans l’histoire de l’Algérie, qui apportera davantage de progrès sur la voie de l’instauration de l’Etat de droit

L’Instance de Dialogue et de Médiation a eu ses derniers entretiens vendredi avec le président de l’Organisation nationale des enfants de Chahid, un des satellites traditionnels du pouvoir. L’occasion pour Karim Younès d’annoncer la fin de la mission de son instance qui est actuellement en phase  de dernière retouche de son rapport final qui devrait être remis en cours de semaine au chef de l’Etat. Le  rapport, selon les déclarations  de Karim Younès, est une synthèse des rencontres de la commission avec 23 partis politiques et plus de 6075 personnalités et associations  qui ont formulé des propositions de sortie de crise. Faut-il noter à ce propos tout de même que de nombreux partis et personnalités ont carrément refusé l’invitation du panel, alors que d’autres, par courtoisie républicaine, ont consenti à le recevoir pour lui signifier qu’il n’est pas le bon moyen de régler la crise.    Le rapport   en question est assorti de deux propositions  phares, la première concernant l’autorité en charge de l’organisation, de la surveillance et de la proclamation des résultats du scrutin et la seconde des propositions de l’amendement de la loi organique relative aux élections dans le chapitre consacré à la présidentielle.

Le  rapport, selon les déclarations  de Karim Younès, est une synthèse des rencontres de la commission avec 23 partis politiques et plus de 6075 personnalités et associations  qui ont formulé des propositions de sortie de crise

Il faut dire que l’annonce faite par Karim Younès s’agissant de la fin de la mission du panel s’apparente  à un auto sabordage, car sa mission est devenue  caduque dés lors que le chef d’Etat-major de l’armée lui a grillé la politesse en exprimant lundi son souhait de voir le corps électoral convoqué pour le 15 septembre, en vue de l’organisation de la présidentielle, vers la mi-décembre. Il faut dire que le panel, installé le 25 juillet par le chef de l’Etat, Abdelkader Bensalah, a travaillé dans des conditions dantesques, marquées par des démissions internes, des critiques d l’opposition qui lui ont fait un procès en légitimité tout en l’accusant d’être  au service de l’agenda du pouvoir. Les citoyens, à travers les réseaux sociaux n’ont pas non plus ménagé l’instance, cible de virulentes attaques, parfois ad hominem, un de ses membres ayant même reçu des menaces physiques, qui l’ont poussé à annoncer sa démission. En revanche, l’Instance a eu droit à des éloges récurrents du chef d’Etat-major, Ahmed Gaid Salah, qui a salué ses « efforts »  pour mettre sur rail un dialogue inclusif, dans la perspective de l’organisation de la présidentielle. Toutefois, faut-il le souligner, il a rejeté  de manière catégorique ses préalables relatifs à la libération des détenus et le limogeage du gouvernement Bedoui. Les partis de l’ex coalition présidentielle, même écartés du dialogue par l’instance n’ont pas cessé, paradoxalement, de soutenir sa mission. Une mission qui prend fin dans un climat  d‘incertitudes et de confusion politique, alors que le mouvement populaire, à l’occasion  du dix-neuvième vendredi de manifestation, indique rejeter la présidentielle que le chef d’état-major souhaite qu’elle soit  organisée avant la fin de l’année.