EN: Chocs des générations

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Antar Yahia a accordé récemment à un site sportif, un entretien à bâtons rompus, dans lequel il est revenu, entre autres, sur son parcours en sélection nationale.

L’occasion pour lui de parler de sa génération qui a remis les Verts sur les rails, après une longue traversée du désert. L’on se souvient tous de son magnifique but inscrit à Omdourman face à l’Egypte qui a qualifié l’Algérie au Mondial 2010, après 24 ans d’absence et de misère. Une qualification inespérée presque miraculeuse, face sans doute à la meilleure équipe du continent à l’époque. Elle était aussi inestimable, car arrachée dans un contexte politique particulier. Une rivalité entre deux nations qui avait dépassé les bornes, suintant la vilenie et la couardise. Un épisode triste heureusement oublié aujourd’hui, mais que l’on n’aimerait pas qu’il se reproduise. Après tout, ce n’était qu’un match de football. On a néanmoins mis du temps de part et d’autre pour s’en rendre compte. Ça ne méritait nullement que l’on glisse sur le terrain de la haine, de l’invective entre deux peuples pourtant à la destinée quasi identique et qu’une bagatelle sépare. Pour notre part, l’on garde seulement cette splendide reprise en pleine lucarne dans un angle presque impossible convertie grâce à une rage profonde venue des tripes. Autrement, Antar Yahia n’aurait sans doute pas marqué ce but d’anthologie. Il n’a pas usurpé son statut de héros d’Omdourman, avec tous ses coéquipiers. Avec du recul, l’ancien capitaine des Verts révèle que ce match décisif n’était pas le déclic dans la prise de conscience et la naissance du groupe. «Avant l’Egypte, il fallait déjà battre le Sénégal, lors du tour précédent. C’est cette victoire qui nous a permis de croire en nos possibilités, au moment où personne ne donnait chère de notre peau», a-t-il confié. Il reconnaît, par ailleurs, que sa génération n’était pas aussi douée que l’actuelle. «Nous n’avions pas le talent de la génération actuelle. Aujourd’hui, il y a au moins 30 joueurs de talent qui se valent tous en équipe nationale. Nous, nous étions des joueurs de devoir, avec quelques bonnes individualités», avoue-t-il. Ils ont eu néanmoins le mérite de relever une sélection en déperdition complètement à la rue. C’est ce qu’il fallait à l’époque : le sens du devoir, l’abnégation et le sacrifice. Parfois le talent ne suffit pas pour sortir de l’ornière où réaliser des exploits. Combien d’équipes merveilleuses ont échoué, car il leur manquait cette grinta, ce petit quelque chose dans le cœur qui fait la différence. L’on pense notamment à la formidable équipe du Brésil de 1982, les Pays-Bas du regretté Johan Cruyff, ou encore la Hongrie de 1954. Antar Yahia et ses coéquipiers se sont donné à fond en se surpassant parfois face à l’adversité. Avec leurs moyens limités certes, mais avec une grande générosité. En donnant l’exemple, ils ont forcé le destin et défraîchi le terrain pour que les générations suivantes s’inspirent de leur parcours héroïque. Si aujourd’hui, l’on se targue d’avoir l’une des meilleures sélections africaines, c’est dans la continuité de l’œuvre qui a commencé avec l’équipe du FLN, poursuivie par celle de 1982, jusqu’à arriver chez les Mahrez et consorts. On laisse les comparaisons et autres contingences aux oisifs qui n’ont rien que ça à faire de leur temps.

Ali Nezlioui