Evocation: Il y a 30 ans disparaissait le maître zornadji Boualem Titiche

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Il y a 30 ans disparaissait une icône de la culture populaire algéroise dont le nom est à jamais associé à la Zorna, un style musical typique d’Alger et ses environs.

Boualem Titiche, le plus grand musicien de Zorna vit toujours à travers une relève prolifique qui perpétue cet art jusqu’à adopter en toutes circonstances le costume traditionnel algérois, si cher à l’illustre zernadji. Boualemn Titiche, Boualem Mansouri de son vrai nom, était le plus célèbre instrumentiste de zornadjia, un style musical héritée de l’époque ottomane. Il est à la Zorna, ou Ghaïta, ce  Mustapha Skandrani est au piano, Abdelghani Belkaïd-Ahmed au violon, ou encore Alilou (Debbah Ali) à la derbouka. Il se faisait un point d’honneur de perpétuer la Zorna, portée par la ghaïta, les tbilett et le tbel, habillé en costume traditionnel algérois : «serwal testifa» (pantalon traditionnel), «bediaâ» (gilet brodé), chechia stamboul (le couvre-chef propre au citadins) et babouches aux pieds, devenant ainsi l’ambassadeur d’une tenue vestimentaire en perdition. Ce costume deviendra plus tard un habit de fête pour les enfants et sera repris sous plusieurs déclinaisons dans les spectacles, notamment ceux du ballet national.

Dès son jeune âge, Boualem, né en 1908 à El Biar (Alger), accompagnait son père Hadj Ahmed à la percussion (Tbilette). Hadj Ahmed, lui-même maître zornadji, devait légué à son fils l’amour de cette musique, la rigueur dans l’interprétation, l’importance accordée au costume, mais aussi le pseudonyme «Titiche». Son souffle exceptionnel, Boualem le mettra également au service du sport, en rejoignant la section course à pied du Mouloudia D’Alger. En 1932, Boualem Titiche crée son propre orchestre, se rapproche des associations de musiques andalouses El Mossilia et El Djazaïria et remporte, la même année, le cross de rue organisé entre Bologhine et Aïn Benian. Après l’indépendance, il commence à animer des spectacles et accompagner des chanteurs à succès de l’époque. Boualem Titiche se consacrera, par la suite, à l’enseignement de la Zorna-musique à l’origine militaire jouée en plein air au conservatoire de son quartier à El Biar. Retour remarqué de la Zorna Nombre de maîtres zornadji formés par les soins de Boualem Titiche créeront à leur tour des orchestres de Zorna reconnus, à l’image de la troupe «Nouba», qui essaimeront à l’étranger pour animer les fêtes d’Algériens. Mariages, baptêmes et autres cérémonies familiales, la traditionnelle zornadjia s’invite à toutes les réjouissances, malgré la brève apparition d’orchestres plus contemporains ces dernières années. Et cet engouement n’a rien d’un effet de mode. La Zernadjia s’est même trouvé un allié sûr et c’est à travers Internet que les troupes, qui se comptent par dizaines, proposent leurs services pour animer les fêtes familiales, dans le strict respect de la tradition musicale et vestimentaire. Tout en s’autorisant quelques adaptations, ces orchestres se revendiquent souvent comme élèves de Boualem Titiche, principal argument des prestations qu’il proposent. Trente après la disparition de Boualem Titiche, disparu en décembre 1989, la Zornadjia s’impose de plus en plus comme la musique de réjouissance par excellence. Dans les fêtes familiales, mais aussi dans des cérémonies et événements officiels, et les spectacles de rue à Alger.