Filière montage automobile: Les opérateurs s’alarment

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La très controversée filière montage automobile en Algérie est-elle en cours de liquidation par le gouvernement Bedoui? Des experts le pensent, des opérateurs s’alarment.

Les opérateurs exerçant une activité de montage automobile en Algérie ont été surpris le 22 mai dernier par un courrier du Ministère de l’Industrie et des Mines, faisant suite aux déclarations du ministre du Commerce, qui  plafonne, de façon unilatérale et rétroactive, leurs importations de collections SKD destinées à la production et au montage de véhicules de tourisme pour l’année 2019. Un changement de règle décidé par le gouvernement alors que la production automobile en Algérie est réglementée, avec un cahier des charges annexé, par le Décret exécutif n° 17-344 du 28 novembre 2017 fixant les conditions et les modalités d’exercice de l’activité de production et de montage de véhicules.  Des experts relèvent à cet effet que les tous les projets en activité ont obtenu l’accord préalable du Conseil National de l’Investissement (CNI), qui leur garantit un plan de production correspondant à des volumes clairement définis dans leurs business-plans conditionnés par une mise en conformité avec les exigences du cahier de charge. Le décret exécutif dispose en effet en son article 13 que “les projets entrés en production avant la publication du présent décret, disposent d’un délai de douze (12) mois pour leur mise en conformité avec les dispositions qu’il prévoit.” Dans les faits, soulignent des experts, seuls trois opérateurs se sont conformés à cette exigence: Renault, Renault Trucks et Sovac. Les autres opérateurs ne se sont toujours pas mis en conformité alors que les délais sont largement dépassés. C’est l’une des objections relevées par des experts. Si les pouvoirs publics veulent mieux gérer ce secteur et mettre de l’ordre dans la filière qu’ils considèrent comme budgétivore, il aurait été plus simple de veiller à une application stricte du cahier de charge au lieu de pénaliser l’ensemble de la filière. Experts et cadres opérant dans le secteur relèvent par ailleurs qu’il n’existe aucune base légale sur laquelle aurait pu s’appuyer le ministère de l’Industrie pour fixer les “quotas” de manière transparente. La mise en oeuvre abrupte des quotas pénalise d’ailleurs davantage ceux qui importent leurs kits de la zone euro, du fait que l’euro est plus cher que le dollar. Paradoxe de cette mise en aveugle à l’aveuglette des quotas, les opérateurs qui importent d’Asie sont avantagés alors que ce sont eux qui ne sont pas en conformité avec la loi et le cahier des charges.  “Veut-on réellement remettre de l’ordre?” s’interroge un cadre travaillant dans le secteur. Pour lui, la réponse est clairement non: “ on a pondu une décision populiste permettant de faire quelques économies sur les réserves de change en faisant fi des règles les plus élémentaires”. A l’heure où des responsables politiques sont traduits devant la justice pour s’expliquer sur les avantages octroyés aux différents opérateurs au cours des vingt dernières années, le gouvernement Bedoui peut-il se permettre de distribuer des quotas sans base légale et dans l’opacité la plus totale ? Pour les opérateurs du secteur, le moment est important. Suivant le cahier des charges de 2017, impose l’exportation, à partir de 2020 de composants automobiles produits localement dans la formule de calcul du taux d’intégration locale. Tous les opérateurs doivent obligatoirement commencer, dès 2020, l’exportation de la pièce vers les constructeurs pour espérer atteindre le taux d’intégration requis. De ce fait plus un opérateur importe de kits SKD, plus il devra exporter de pièces et composants. Plafonner l’importation de kits SKD revient donc à limiter l’exportation. La décision du gouvernement Bedoui met en danger l’ensemble de la filière qui a besoin de ces volumes pour se développer, affirment nos interlocuteurs. “ Quel investisseur étranger acceptera de produire sa pièce en Algérie dans tel climat d’instabilité juridique avec un changement des règles chaque année ?” se demande-t-on encore. Les autres conséquences fâcheuses de ces mesures sont celles qui vont se répercuter sur le consommateur et l’emploi. Les prix des véhicules vont probablement partir à la hausse en raison d’une offre limitée et d’une remise en cause de la rentabilité des usines de montage mise en place.  La décision, qualifiée de démagogique par certains, de rouvrir le champ à l’importation des voitures d’occasion de moins de trois ans n’est qu’un pis aller. En matière d’emploi, des opérateurs envisagent déjà de mettre en chômage technique les travailleurs des différentes usines dès la consommation des quotas. Ce sont des milliers d’employés qui seront concernés. Sans compter ce que cela occasionnera en termes de perte de savoir-faire acquis au cours des deux dernières années. Des centaines d’heures de formations comptabilisées dans le cadre du transfert de savoir-faire acquis notamment auprès des maisons-mères. Ces dernières pourraient invoquer une fois de plus le problème de “l’instabilité juridique” de l’investissement en Algérie et éviter de s’impliquer davantage si les objectifs de production sont limités en quantité.

G.M