Judo: L’énorme coup de gueule d’Amar Benikhlef

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Une vidéo d’Amar Benikhlef, le vice-champion olympique à Pékin et l’actuel entraîneur de l’équipe nationale de judo, diffusée hier sur les réseaux sociaux, dans laquelle il se plaint de ses conditions de vie, suscite la colère et l’indignation des sportifs et de l’opinion sportive en général. Elle résume néanmoins la situation catastrophique, exécrable et lamentable dans laquelle évoluent nos sportifs y compris ceux de l’élite.

L’on ne parle pas ici d’un «retraité» qui a raté sa reconversion, mais du coach de l’équipe nationale de judo. Une discipline en pleine compétition pour qualifier quelques-uns de ses athlètes aux JO de Tokyo qui auront lieu dans cinq mois environ. Au lieu de se consacrer pleinement à la préparation de ses judokas susceptibles de décrocher le fameux sésame pour Tokyo, Amar Benikhlef désabusé réfléchit au contraire à changer de métier. Vendeur de fruits avec un ami du quartier populaire dans lequel il vit, c’est sa nouvelle ambition, puisque le sport auquel il a consacré sa vie ne lui rapporte qu’un salaire minable, indigne d’un médaillé olympique encore moins d’un entraîneur d’une équipe nationale. Il n’est pas le seul dans le milieu à vouloir tout plaquer, car visiblement le sport n’est plus à sa place dans ce pays. Dernièrement, un autre athlète d’élite, le sauteur en longueur et du triple saut, Mohamed Yasser Triki avait également annoncé sa retraite sur les réseaux sociaux pour manque de considération, avant de se raviser, après avoir obtenu des promesses d’une prise en charge adéquate. Si tous les sportifs se plaignent sur les réseaux sociaux, c’est parce qu’ils se sentent livrés à eux-mêmes. Ils veulent ainsi attirer l’attention des responsables du secteur qui ne sont pas, il faut le dire, à leur écoute. C’est le cas d’Amar Benikhlef qui se sent lésé, inconsidéré au point de verser toute son amertume dans cette vidéo devenue virale. Sa détresse est aussi grande que sa déception. Il estime que rien, ni personne n’est à sa place dans ce milieu. De graves déclarations qu’il semble assumer pleinement. Elles auront certainement des répercussions d’une manière ou d’une autre. Dernièrement, Salima Souakri, la secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Jeunesse et des Sports, chargée du Sport d’élite, une ancienne judokate, faut-il le rappeler, avait poussé un coup de gueule contre les athlètes qui se plaignent sur les réseaux sociaux, de leurs conditions de préparation, allant jusqu’à les menacer en déclarant en déclarant que «l’Algérie est une ligne rouge». Une manière brutale de gérer ces problèmes, alors que ces athlètes ne demandent qu’à être écoutés pour justement bien représenter le pays dans les grandes manifestations sportives internationales. En tout cas, de par sa vidéo, Amar Benikhlef a jeté un véritable pavé dans la mare. Il a dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. On espère seulement qu’il ne va pas en payer le prix, même si apparemment il n’a plus rien à perdre.

Ali Nezlioui