La chercheure algérienne Dalia Ghanem à partir de Paris: « L’absence d’un leadership constitue un « risque pour l’avenir » du « Hirak »

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L’absence d’un leadership constitue « un risque »  pour l’avenir du mouvement populaire en Algérie (Hirak), a soutenu  hier à Paris la chercheure algérienne Dalia Ghanem, estimant que les  revendications du mouvement doivent être « claires et réalisables ».

« Quatre mois après le déclenchement du Hirak, la situation en Algérie est  intenable. Une conscience horizontale est née depuis le 22 février et les Algériens sont très unis. Le mouvement populaire ne veut pas avoir de  leadership et ceci est un risque pour son avenir », a expliqué Dalia Ghanem, docteur en science politique, qui était l’invité de l’Institut français des  relations internationales (IFRI). Elle estime que c’est « crucial » pour le mouvement populaire, qui manifeste de façon « pacifique et civique », de déterminer un leadership, précisant  lors d’une conférence, ayant pour thème « L’Algérie au pied du mur », que ses revendications doivent être « claires et réalistes ». « Aujourd’hui nous sommes dans une impasse politique. D’un côté, nous avons  l’armée qui n’arrive pas à satisfaire le mouvement et un mouvement qui n’arrive pas à dégager un leadership », a-t-elle fait constater, vantant dans ce contexte l’organisation des manifestants et leur détermination. La chercheure, qui dit avoir participé pour l’observation à quatre  manifestations à Alger, a relevé que malgré la « convergence » de vision sur la situation entre l’armée et le peuple, les arrestations récentes de personnalités « n’ont pas calmé les manifestants », estimant que ces derniers « sont conscients des enjeux », même si leurs revendications n’ont pas encore  été satisfaites. Analysant la transition politique en Algérie, à travers des différentes transitions notamment en Amérique du Sud, Dalia Ghanem a livré à son auditoire une espèce de cartographie de la scène politique algérienne mettant en relief les périls qui guettent cette transition. Elle a cité, entre autres facteurs à risque, « l’opacité du pouvoir », « le  poids du militaire sur la scène politique », l’absence de leadership au sein du mouvement et la fragmentation de l’opposition politique qui a perdu, selon elle, toute crédibilité devant la population. Interrogée lors des débats sur le risque de l’éclatement de violences, la chercheuse a considéré que l’armée, qui est en pleine phase de professionnalisation, a tiré les leçons des différentes crises précédentes  qui ont secoué l’Algérie, soulignant que l’après Bouteflika « sera difficile mais ne sera pas l’apocalypse ». « La transition va être difficile et longue », a-t-elle dit, émettant deux hypothèses à ce propos. « La première consiste en des réformes concertées et négociées et la deuxième est l’utilisation par le pouvoir des ressources coercitives », a-t-elle précisé, soulignant que l’armée « ne va pas aller vers cette deuxième hypothèse, car il y a un risque de mettre en péril la  cohésion de l’armée et qui va engendrer une coupure avec le peuple ». C’est dans ce sens qu’elle propose aux tenants du Hirak de se doter de représentants officiels et de composer avec l’armée, estimant dans ce cadre que la transition pourrait se dérouler dans une période de trois ans.

Ali B / Ag