La grève nationale des 8 jours: Un lourd tribut pour l’internationalisation de la question algérienne

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L’Histoire se répète au moins une fois, malgré la présence oppressante des paras français à Alger, les bérets rouges, les bérets verts, implantés dans tous les coins et les recoins d’Alger, les vieux palais, les écoles et tous les quartiers stratégiques de la Casbah, Alger a dit Non à l’humiliation et la répression. Le 28 janvier 1957, 1er jour d’une grève générale de 8 jours, La Casbah et les quartiers populaires restèrent déserts.

Un grand événement qui mobilisa tout le peuple algérien autour du FLN, confirmer le caractère populaire de la Révolution de Novembre et internationaliser la question algérienne, coïncidant avec l’ouverture de la session de l’ONU prévue le 6 décembre 1956, puis reportée au 20 décembre pour être fixée finalement au 28 janvier 1957, le CEE avait pris la décision d’organiser une grève de 8 jours. C’est ainsi que l’option d’une grève de huit jours décidée par le CCE (Comité de Coordination et d’Exécution), haute instance de la Révolution issue du Congrès de la Soummam, devait être le point de cristallisation. Le déclenchement devait coïncider avec l’introduction du dossier algérien dans le débat à l’Assemblée générale des Nations unies. C’est ainsi que la date de la grève a été reportée à deux reprises, car la tenue de la 11e session de l’AG de l’instance onusienne a été décalée deux fois de suite. Quelle lecture peut-on faire de la grève des huit jours, qui avait commencé le 28 janvier 1957 et s’était terminée le 4 février ? le mouvement a atteint son objectif, celui d’exprimer la volonté du peuple algérien en lutte pour son indépendance.

La décision du FLN de propulser la Révolution dans la rue, comme le voulait Larbi Ben M’hidi, ne s’était pas avérée vaine, et avait permis au monde entier de d’admirer l’exemple des sacrifices d’un peuple pour le recouvrement de sa liberté.

La veille de cet événement, le CCE avait publié plusieurs tracts annonçant l’épreuve de force. Les les militants ont fait circulé les mots d’ordre durant les journées de grève étaient en ces termes : «Ne circulez pas dans la ville européenne, ne sortez pas de La Casbah, hébergez dans vos propres maisons les pauvres, les mendiants, les frères sans logis, faites des provisions de vivres et d’eau pour huit jours.» «Dénoncer la torture et la violence contre les Algériens et faire connaître la cause algérienne sur la scène internationale. D’ailleurs, nous avons choisi la date du 28 janvier au 4 février, car elle coïncidait avec l’ouverture de la session de l’ONU», Les dirigeants de la Révolution installés à Alger ont remis 10 millions de francs aux responsables de la zone autonome pour mener à bien la mission de la mobilisation du peuple et implanter des points de vivres à travers les quartiers d’Alger, mais c’était loin d’être suffisant. Le général Massu qui a eu vent de la grève menaçait de couper les vivres dans les quartiers musulmans», raconte-t-il. Il fallait donc, se préparer au pire. «Il fallait nourrir les 700 000 habitants de la capitale dont 80 000 à la Casbah. C’est ainsi que le FLN a fait appel aux femmes militantes pour les introduire dans les foyers. Elles devaient inciter les familles à participer à cet événement et faire le recensement des familles nécessiteuses. Elles leur ont distribué des bons d’achat pour les denrées alimentaires, avec la collaboration des commerçants.» Ces derniers, se souvient-il, ont également pris l’initiative de stocker la moitié de leurs marchandises pour la distribuer gratuitement aux habitants. Les pieds-noirs, entendant parler de la grève, se sont précipités chez les épiceries pour faire leur ravitaillement. La population algéroise avait peur de la réaction de certains mouvements fanatiques des colons. Les 400 000 colons qui habitaient Alger avaient demandé à la police française de les munir d’armes. La période qui a précédé cette grève a connu l’installation de la nouvelle direction de la Révolution issue du Congrès de la Soumam, a été marquée par l’intensification des attentats pour paralyser le mouvement des ultrats. Pas moins de 90 attentats ont été effectués rien qu’au mois de décembre 1956. L’armée française a mobilisé 50 000 soldats pour l’assaut, et l’exécution de «l’opération Champagne.» Les objectifs politiques de la grève ont été atteints. La voix de l’Algérie s’est faite entendre dans le monde. Mais le prix à payer était cher. «Des milliers d’Algériens ont été arrêtés, licenciés de leur travail, expulsés de leur maison… 40% de la population de la capitale a subi des interrogatoires.»

La grève avait également détruit l’argument de la France coloniale qui refusait de négocier avec le FLN

Sous prétexte qu’il s’agissait de groupuscules de brigands qui n’exprimaient pas la volonté du peuple algérien. Cependant, cet élan populaire a été effroyablement réprimé. La répression a été d’une rare violence de la moindre manifestation des Algériens qui était dans la nature du système colonial qui n’hésitait pas à recourir systématiquement à la torture généralisée et aux massacres collectifs, aux vagues d’arrestations, à l’ouverture de centres de concentration. Bilan, des milliers de morts, des centaines de disparus, démantèlement des réseaux du FLN et arrestation de Larbi Ben M’hidi. Mais ce qu’il faut retenir de ce haut fait historique, c’est qu’en dépit des pertes humaines considérables, et de tout ce qui a été dit ou écrit sur la grève des huit jours, cette option avait ouvert les chemins de l’indépendance. En effet, le 4 février 1957, l’Assemblée générale de l’Onu avait programmé à son ordre du jour, «la question algérienne». Et même si la France avait encore de l’influence à l’ONU, la Révolution de Novembre a réussi à avoir une dimension internationale. Il faut dire aussi que la grève des 8 jours a été suivie sur tout le territoire algérien, et même en France. La fédération du FLN de France, a souligné que les travailleurs algériens émigrés avaient répondu à l’appel de la grève, même si certains avaient parié le contraire. Le mérite de la réussite de la grève revient au peuple et surtout aux organisateurs de cette action qui avait surpris la France coloniale par son organisation. Il s’agissait d’une démonstration de force, non violente, se voulant un défi à la France coloniale avec des objectifs politiques et diplomatiques. L’appel à la grève, suivi par le peuple algérien tout entier, a prouvé à l’opinion internationale l’adhésion du peuple à la démarche du Front de libération nationale et sa détermination à poursuivre sa Révolution jusqu’au recouvrement de son indépendance. A Constantine, Bougie (Béjaïa), Bône (Annaba), Biskra, les grévistes algériens subissent le même régime : emprisonnement ferme, assignation à résidence, suspension…». Treize fonctionnaire de la préfecture d’Oran furent arrêtés sur ordre du préfet Lambert et condamnés à des peines allant jusqu’à huit mois d’emprisonnement ferme. Les mêmes menaces pèsent sur d’autres milliers de grévistes. Une foule de fonctionnaires, agents et employés qui n’avaient pas répondu aux ordres de réquisition, furent arrêtés à leur domicile et conduits aux arènes de la ville où ils durent passer la nuit», selon la (Résistance algérienne N° 20). Autant l’armée française utilise les méthodes les plus brutales et les plus expéditives, autant l’administration et la justice, dans le même sillage, prononcent avec la même célérité des sanctions contre les contrevenants. «Des mises à pied sont intervenues dans divers administrations en attendant une solution définitive. Les sanctions peuvent aller de la révocation et du licenciement à la rétrogradation ou au retard dans l’avancement (…) A Constantine où la grève a été plus rapidement résorbée, on signale pour l’Est algérien, 176 suspensions de fonctionnaires titulaires et 165 licenciement d’auxiliaires». (La Dépêche de Constantine, AFP -Cité dans Mémoria N° 9- Janvier 2013). Il s’agit là de tout un Etat avec l’ensemble de ses institutions qui s’agitent pour se venger de tous ceux qui avaient osé manifesté leur appartenance au FLN en observant la grève générale pour exprimer leur désir d’indépendance et de liberté. Les sanctions contre les grévistes furent des plus sévères. En résumé nous avons relevé à propos des sanctions à l’égard des travailleurs algériens.

La suspension de 80 % des cheminots ; 50 % des employés de commerce licenciés. 240 suspensions dans le secteur de la santé, 2000 ouvriers de l’industrie licenciés

Des centaines de fonctionnaires condamnés à des peines de 8 à 15 jours de prison. A propos des arrestations, on décompta minutieusement 3024 cas de personnes définitivement disparues dans le département d’Alger du 28 janvier au 2 avril 1957 et qui ne furent pas retrouvées. En conclusion, la grève a démontré la représentativité du FLN, le triomphe de l’idée d’indépendance, un grand succès. Car, après discussion, l’ONU décide, le 15 février 1957, d’une résolution de compromis votée à l’unanimité (sauf la France) : pour une solution pacifique, démocratique et juste conformément à la charte de l’ONU. C’est dire que la grève des 8 jours avait atteint pleinement ses objectifs. Massu se contentera de ces quelques épreuves de force en guise de démonstration à l’adresse de l’opinion internationale, en vue de lui faire croire à l’échec de la grève. Tous les stratagèmes et astuces de combat sont utilisés pour faire croire à «la reprise volontaire du travail» par des grévistes ramenés à la raison par le canon d’une mitraillette.