La presse française salue le geste « historique » du président Macron sur Maurice Audin

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La presse française a salué vendredi le geste « historique » du président Emmanuel Macron qui a reconnu jeudi officiellement la responsabilité de l’Etat français dans l’assassinat de Maurice Audin, en juin 1957. Déjà dans son édition de vendredi parue jeudi soir, Le Monde a titré sa une sur cinq colonnes « Guerre d’Algérie : le geste historique d’Emmanuel Macron ». « Après plusieurs mois de réflexion, il a décidé de reconnaître la responsabilité de l’Etat français dans la mort de Maurice Audin, ce mathématicien communiste, militant de l’indépendance de l’Algérie, arrêté le 11 juin1957 en pleine bataille d’Alger, torturé par l’armée française », écrit le journal. Il a ajouté que c’est pour la première fois, « il reconnaît officiellement que l’Etat français a failli en permettant le recours à la torture lors de la guerre d’Algérie ». Le journal a publié, dans ce dossier de 4 pages, des tribunes d’historiens comme Benjamin Stora et Sylvie Thénault ainsi qu’une interview à Raphaëlle Blanche. Un long récit sur une page évoque « un crime français », rappelant que depuis soixante-et-un ans, sa famille et ses proches se battent pour connaître la vérité sur la mort du militant algérien. Dans un décryptage, le journal estime qu’entre la France et l’Algérie, « les plaies toujours ouvertes de la mémoire ». « Après la reconnaissance par Emmanuel Macron du recours à la torture pendant la guerre d’Algérie, les comptes sont loin d’être soldés entre les deux pays », écrit-il, considérant la déclaration du président Macron de « pas décisif dans un travail de mémoire lent et délicat entre les deux pays ». L’Humanité, journal qui a toujours milité pour la vérité sur la disparition de Maurice Audin, a éclaté sa une avec la photo du militant algérien avec un titre « Enfin ! Le crime d’Etat reconnu », en publiant en page intérieure la déclaration du président Macron sur une page. « Dans un pays où sept ans de guerre de libération ont laissé des plaies toujours à vif, l’affaire Audin reste un emblème des atrocités commises par l’armée et l’Etat français », relève-t-il dans un article qui plaide pour la reconnaissance du crime commis contre des milliers d’Algériens disparus. Dans son édito « Maurice Audin et la torture en Algérie : une salutaire reconnaissance », le quotidien Libération écrit : « Le geste hautement symbolique d’Emmanuel Macron est l’aboutissement d’un processus à l’œuvre  depuis longtemps ». Pour le journal, quelques voix s’élèvent déjà, de la droite et de l’extrême droite, « pour déplorer cet acte de « repentance » qui entacherait la sacro-sainte +identité française+. Dérisoires protestations. Le geste hautement symbolique d’Emmanuel Macron est l’aboutissement d’un processus à l’œuvre depuis longtemps », a-t-il expliqué. La presse régionale a également commenté la reconnaissance de la responsabilité de l’Etat français dans la torture et les assassinats durant la guerre de libération nationale. Ainsi, L’Alsace a estimé que la déclassification des archives « devrait permettre de faire la lumière sur de nombreux événements de la guerre d’Algérie », soulignant que « savoir est essentiel, assumer est nécessaire ». L’événement a occupé l’essentiel de l’actualité française où depuis l’annonce les radios, chaînes de télévision et sites d’informations ont relayé les informations, commentaires, décryptages et interviews.

Le début d’une nouvelle étape

La déclaration du président Emmanuel Macron, Jeudi 13 Septembre, reconnaissant la responsabilité de l’Etat français dans la disparition et l’assassinat de Maurice Audin, a suscité de nombreuses réactions notamment des historiens et des médias. Pierre le fils de Maurice Audin, a appelé Vendredi 14 Septembre, les témoins de la guerre de libération nationale à « dire la vérité » et à « transmettre les documents » sur l’assassinat de son père par l’armée française, survenu il y a 61 ans. Pour l’historien Benjamin Stora, la reconnaissance par Emmanuel Macron de « la responsabilité de l’Etat » dans la disparition du mathématicien Maurice Audin « permet d’aller vers une sorte de réconciliation, un apaisement des mémoires ». De son côté , l’historienne Raphaëlle Branche auteure de « La Torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie » (2001) a estimé , que la reconnaissance de la responsabilité de l’Etat français dans la torture est un changement « radical » dans la position officielle de la France. Le fils de Maurice Audin, Pierre, intervenant sur les ondes de FranceInfo, Pierre Audin a estimé que « c’est le début d’une nouvelle étape », après la déclaration jeudi du président Emmanuel Macron reconnaissant la responsabilité de l’Etat français dans la disparition et l’assassinat de son père. « C’est le début d’une nouvelle étape. Ce qui est important, c’est que le président de la République a reconnu que la torture était un système qui était essentiellement une arme politique, qui ne servait qu’à terroriser la population et qu’il décide d’ouvrir les archives concernant tous les disparus, pas seulement mon père », a-t-il répondu au journaliste, appelant les témoins de l’époque à parler. « Tout est prescrit et tout est amnistié depuis longtemps. Désormais, il faut dire la vérité et transmettre les documents qui permettront de savoir, pour mon père et pour des milliers d’autres, ce qui est arrivé précisément », a-t-il soutenu, regrettant qu’il ait fallu 61 ans pour que l’Etat français reconnaisse sa responsabilité dans ce crime. Il a rappelé, par ailleurs, qu’il est « tout à fait clair » à l’époque que « quand les militaires annonçaient que quelqu’un s’était évadé cela voulait dire qu’il avait été assassiné ». C’était un langage codé, mais dans le système de terreur qui régnait à Alger à ce moment-là, il est tout à fait clair que c’était ce que ça voulait dire. Il n’y avait pas d’ambiguïté », a-t-il précisé, exprimant son étonnement devant le cas de son père où les responsables de son assassinat « ont carrément été jusqu’à mimer une scène d’évasion ». Jeudi, la France a reconnu officiellement, et pour la première fois, avoir instauré un « système » recourant à la « torture » pendant la guerre de libération nationale. La présidence française a indiqué, dans un communiqué, que le militant algérien Maurice Audin, disparu en juin 1957, est « mort sous la torture du fait du système institué alors en Algérie par la France ». Dans une déclaration remise à la veuve Josette Audin, le président Emmanuel Macron a appelé à l’approfondissement du travail de vérité lié à la guerre d’Algérie. « Il importe que cette histoire soit connue, qu’elle soit regardée avec courage et lucidité », a-t-il dit appelant à l’approfondissement du travail de vérité qui doit ouvrir la voie à une « meilleure » compréhension de passé français et à une volonté « nouvelle » de réconciliation des mémoires et des peuples français et algérien.