Le centre de confection des bombes de la Mitidja, principal fournisseur de  la Révolution

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La région de la Mitidja (Blida) était considérée  comme le principal fournisseur des différentes régions du pays en bombes  artisanales confectionnées par un groupe de combattants aguerris de Mai  1954 jusqu’à fin octobre de la même année pour leur utilisation lors des  premières attaques contre l’occupant le jour du déclenchement de la guerre  de libération nationale dans l’Est et l’Ouest du pays, selon le témoignage  de l’un des membres de cette équipe, le moudjahid Omar Samet.

« La région de la Mitidja était le point d’approvisionnement principal de  nombreuses régions en bombes artisanales utilisées lors du déclenchement de  la guerre de libération nationale, le 1er Novembre 1954 », atteste le  moudjahid Samet, dans un entretien accordé à l’APS, à son domicile de  Halouia (commune de Soumâa).  « Ces bombes avaient été soigneusement confectionnées et préparées huit  mois avant le déclenchement de la lutte armée, le 1er Novembre 1954, pour  être distribuées aux différentes régions du pays, théâtre du déclenchement  des premières opérations de la glorieuse guerre de libération nationale »,  précise-t-il. Faisant appel à sa mémoire, encore vivace malgré la faiblesse et le poids  des ans (85 ans), Ami Omar cite, avec assurance, tous les membres de la  cellule de confection des bombes composée par lui-même, Abdelkader  Berrabah, Bourekâa Mohamed et Bounila Tahar, sous les commandes de Souidani  Boudjmâa et Boualem Kanoune. Sachant que ces deux derniers éléments avaient  la charge d’approvisionner l’équipe en matières premières nécessaires et  son encadrement, se souvient encore le dernier survivant de cette glorieuse  équipe, dont certains éléments sont tombés au champ d’honneur, et d’autres  sont décédés après l’indépendance. Poursuivant sur sa lancée, le Moudjahid Samet a tenu aussi à honorer la  mémoire de ce qu’il appelle les « soldats de l’ombre »,  à savoir « toutes les  femmes qui ont nourri et veillé à la prise en charge des besoins des  membres de ce groupe » dont, notamment, la mère et l’épouse de Boualem  Kanoune. Un souvenir en appelant un autre, et avec une précision déconcertante, le  moudjahid Samet a raconté à l’APS comment les membres de son équipe  partaient « avant l’aube » de Halouia vers l’atelier de confection des  bombes, situé à une centaine de mètres à l’Est de Oued Bouchemla,  traversant Ferroukha et Soumâa, au milieu de vergers fruitiers, et à  seulement trois kilomètres d’une caserne militaire.

Des engins explosifs et des cocktails Molotov avec les moyens du bord

 « Nous faisions deux sortes de bombes : des explosifs ou bombes artisanales  et des cocktails Molotov, le tout avec des moyens de fortune, que nous  fournissaient le chahid Souidani Boudjemâa », a-t-il souligné. Il s’agissait notamment, a-t-il ajouté, de tuyaux (tubes) d’eau, longs de  5 mètres, qui étaient ensuite découpés pour être remplis d’explosifs  utilisés pour dynamiter les ponts, entre autres. « C’était là la spécialité  de Boualem Kanoune et Bounila Tahar », selon le dernier témoin vivant du  groupe. Quant aux cocktails-Molotov, ils étaient confectionnés à base de boites de  conserves, généralement ramassés près de la conserverie « Gicop », mitoyenne  à la gare ferroviaire de Boufarik. Et de poursuivre, « le 30 octobre 1954, le moudjahid Souidani Boudjemâa  s’amena avec huit cartons qu’il nous ordonna de remplir avec les explosifs  que nous fabriquions depuis des mois », se souvient le Moudjahid Samet. « Un camion transporta les cartons pleins vers une destination inconnue par  nous. Nous ignorions même que nous étions à la veille du déclenchement de  la Révolution de Novembre », soutient-il, non sans préciser qu’une fois  l’atelier évacué, « nous avons nettoyé les lieux et jeté tous les résidus  dans les maquis et l’Oued voisin pour effacer toute trace d’explosifs, au  cas où une fouille surprise venait à être lancée par l’ennemi ». Parallèlement, le chahid Souidani Boudjemâa avait ordonné à chaque membre  de l’équipe de prendre avec lui quelques explosifs vers une destination  qu’il lui avait été fixée. Le moudjahid Samet fut chargé de remettre son lot à une personne « inconnue  de lui » qu’il a rencontrée au pont de Sidi Hlou, du centre ville de Blida.  « J’ai rempli ma tâche avec succès », assure-t-il avec fierté. Durant la guerre de libération nationale, le Moudjahid Omar Samet a pris  part à de nombreuses batailles, au cours desquelles il a perdu nombre de  ses compagnons d’armes, dont la mémoire l’accompagne jusqu’au jour  d’aujourd’hui. Dans sa quête d’en savoir un peu plus sur les membres de ce groupe  héroïque, l’APS a contacté Faouzi Kanoune, fils du défunt moudjahid Boualem  Kanoune. Avec documents et vielles coupures de presse à l’appui, Faouzi Kanoune a  relaté le passé héroïque de son père, tel qu’il l’a entendu, à  maintes reprises, de la bouche même de celui-ci, qui, dit-il, « ne ratait  jamais une occasion pour raconter l’histoire de la Révolution à ses  enfants, ses proches et à la presse », animant des conférences dans les  universités notamment. Selon Faouzi Kanoune, Mohamed Boudiaf et Mustapha Ben Boulaid, s’étaient  accordés, suite à la décision de déclenchement de la Révolution armée, sur  l’activation d’un réseau d’approvisionnement en armes avec la création  d’ateliers de confection d’explosifs, dont le premier serait à Batna. Mais  l’expérience tourna court. Car cet atelier explosa le 19 juillet 1953, dans  des conditions obscures, et au « grand étonnement de l’ennemi français qui  fit la découverte d’un véritable arsenal de guerre, sous les flammes. » C’est après cet incident, que Boudiaf opta pour la Mitidja pour abriter  cet atelier, en prenant contact avec Boualem Kanoune. Et c’est ainsi que  naquit la première unité de fabrication d’explosifs le 14 mai 1954, suivi  par d’autres unités similaires à Ferroukha, Bouinane, Halouia, Guerouaou et  Ouled Aich, notamment. Ces unités ont fourni les premiers contingents  d’explosifs ayant servi au déclenchement de la Révolution, le 1er novembre  1954, dans la Mitidja, et Alger, au même titre qu’à l’Est (Tebessa) et  l’Ouest du pays, où les explosifs ont été acheminés par train. Préparant le déclenchement de la Révolution, Boudiaf avait demandé au  groupe de la Mitidja, à leur tête Boualem Kanoune, un premier lot de 350  bombes artisanales, entre explosifs et cocktails Molotov. L’équipe en  fabriqua d’abord 150, avant de parachever la commande durant les deux  derniers mois, avant Novembre. Une fois examinées, les bombes furent transportées et réparties sur  différentes régions, signant, par la même, l’une des glorieuses pages du  passé héroïque de la Mitidja et de ses valeureux hommes.

Mou .B