Le Premier ministre libanais sauvera-t-il le pays .

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De Paris, par Albert Farhat

Les détenteurs des emprunts obligataires (eurobonds) émis par le gouvernement libanais attendent dans les jours qui viennent une décision décisive, résultat des consultations et tractations intensives entre les conseillers économiques du gouvernement libanais et la banque centrale libanaise. Ces tractations portent sur la première échéance de 1,2 milliard de dollars dû par l’état libanais à ses créanciers internationaux le 9 mars prochain. Il s’agit de la première des trois émissions dues cette année avec une valeur totale de 2,5 milliards de dollars, auxquelles s’ajoute environ deux milliards de dollars d’intérêts dus sur l’ensemble du portefeuille d’environ 30 milliards de dollars.

Alors que tous les conseillers du nouveau Premier ministre libanais, Hassan Diab, invitent ce dernier à payer cette créance, on assiste à un « bal des hypocrites » de la quasi-totalité de la classe politique libanaise qui demandent au gouvernement libanais de ne pas payer ces échéances. De plus, ces politiciens refusent de donner confiance à ce gouvernement, et refusent même de lui donner la chance de prouver ces compétences à diriger le pays.

Ces politiciens, qui s’autoproclament défenseurs du « temple Liban », sont pourtant accusés par le mouvement civil de contestation de corruption et de détournement de fonds publics. Ils sont accusés aussi d’avoir transféré leurs actifs à l’étranger dans des conditions plus que discutables et évoluent, pour certains d’entre eux, dans le secteur de la finance et se présentent, sans se sourciller, comme les défenseurs de la cause des population paupérisés, qui ont été appauvris par cette même classe politique.

À titre d’exemple, l’ancien député et homme d’affaires, Robert Fadel, qui a obtenu lui et son épouse, Hala Franjieh Fadel, des prêts à des conditions exceptionnels, est accusé par le mouvement de contestation d’avoir transféré la somme de ces prêts sur des comptes courants à l’étranger. Ce député n’a pas hésité à montrer son soutien au mouvement contestataire alors qu’il est l’un des piliers de la classe politique corrompue.

La malveillance, la malhonnêteté et la rancune dominent toujours la scène politique libanaise malgré la gravité de la situation économique. L’équipe qui a gouverné le Liban depuis longtemps et qui a choisi d’être dans l’opposition se permet d’exiger du nouveau Premier ministre de ne pas respecter des engagements internationaux qu’elle a déjà prises elle même quand elle était aux manettes du pouvoir. Cette manœuvre politique ressemble plus à une tentative de faire échouer le nouveau gouvernement qu’a une stratégie définie pour réorienter la politique économique du pays.

Le non-paiement des cotisations du gouvernement libanais peut entraîner la faillite du pays, car les créanciers exigeront tout leur dû ce qui placerait le Liban dans une situation similaire à celle qu’a connue l’Argentine : à savoir la mise sous tutelle du pays par des organisations financières internationales comme le Fonds Monétaire International. Cette mise sous tutelle internationale conduira sûrement ces institutions internationales à réclamer des réformes structurelles qui provoqueront des effets dévastateurs sur l’économie libanaise à commencer par un taux d’inflation record qui appauvrira la population et une privatisation extrême des entreprises publiques qui laissera le pays sans défense l’obligeant à liquider son stock d’or et de devises.

Cette mise sous tutelle permettra à ces institutions de saisir tous les actifs de l’état libanais le menant à un point de non-retour qui n’a jamais été atteint même pendant la guerre civile libanaise.

Il sera judicieux pour toutes les composantes de la classe politique libanaise de donner une chance au gouvernement Diab pour essayer de sortir le pays de cette impasse économique avant qu’il ne soit trop tard.