Les derniers actes de la campagne présidentielle: Les candidats invitent les électeurs d’aller aux urnes

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Après 22 jours de campagne électorale et un débat télévisé inédit, aucun des 5 candidats à l’élection présidentielle ne semble vraiment se détacher dans l’opinion publique. Les 5 hommes ont tenu des meetings principalement dans les villes du Sud et du Centre, peu dans le Nord. C’est pourtant là que vit la majorité des Algériens.

À 3 jours de l’élection présidentielle en Algérie, les 5 candidats en lice ont tenu le 8 décembre leurs dernières conférences de presse et leurs ultimes meetings. Cette dernière journée de campagne électorale a été à l’image des semaines précédentes. L’ancien ministre de la Culture Azzedine Mihoubi s’est rendu dans trois villes du centre-est du pays où il a fait des promesses de développement économique et culturel. Abdelkader Bengrina est allé à Ouargla, sa ville natale, au sud d’Alger accueilli par une foule importante. Abdelaziz Belaïd et Abdelmadjid Tebboune, eux, sont restés dans la capitale où ils ont donné des conférences de presse. Tout comme Ali Benflis, qui a tenu meeting à Alger. Les candidats ont fait des promesses de développement, n’ont pas pris position sur le mouvement de protestation qui dure depuis 10 mois et ne se sont pas non plus prononcés sur la question de la libération des manifestants incarcérés. Certains rassemblements ont été chahutés, des militants ont été arrêtés. La presse parle d’une campagne imprévisible, embarrassée, difficile, faite dans l’indifférence. Et finalement, malgré les discours des autorités qui affirmaient que cette élection était vitale pour le pays, la campagne a suscité peu d’engouement. D’ici jeudi, les candidats ne doivent plus prendre la parole en public. Le vote qui a débuté à l’étranger, commence, également, ce lundi, pour les populations nomades du pays. Les candidats à l’élection présidentielle du 12 décembre, ont réitéré, ce dimanche, au dernier jour de la campagne électorale, l’importance d’aller aux urnes, considérant qu’il s’agit d’un rendez-vous «crucial» pour sortir le pays de la crise et préserver sa sécurité et sa stabilité. Lors d’un meeting populaire animé à Barika, dans la wilaya de Batna, Azzedine Mihoubi a affirmé que ce scrutin était «décisif» pour le «raffermissement» de la stabilité de l’Algérie, appelant les citoyens à participer massivement à ce vote et choisir «le 6e des candidats qu’est l’Algérie». Pour Mihoubi, l’Algérie «sortira victorieuse de cette élection avec son peuple», en promettant, s’il était élu président, de «redonner confiance aux enfants du pays, notamment les jeunes et les porteurs de projets pour dynamiser le développement à travers les diverses localités du pays».

Dans le même sillage, Ali Benflis a invité, lors d’un rassemblement animé à la coupole du complexe sportif Mohamed-Boudiaf à Alger, l’ensemble des citoyens à se mobiliser et à aller aux urnes pour choisir leur nouveau président, estimant que l’élection est la «seule option à même de permettre de sortir de la crise que traverse le pays». Il a rappelé, à ce propos, que son programme vise à «préserver» l’État-nation, ses constantes, l’identité nationale, ainsi que la consécration de la démocratie et la souveraineté du peuple et la pérennité de l’État. L’Algérie a besoin de stabilité Pour sa part, Abdelaziz Belaïd a souligné, lors d’une conférence de presse à Alger, que l’Algérie a besoin aujourd’hui de la «stabilité» et de conjuguer les efforts de toutes les forces vives pour sortir le pays de la crise qu’il traverse depuis plusieurs mois, dont l’unique solution réside dans le vote, à travers une participation massive pour élire le nouveau président de la République. Abdelmadjid Tebboune a également appelé, lors d’une conférence de presse à Alger, à aller voter en force le 12 décembre, en vue de sortir le pays de la crise. Relevant que l’Algérie traverse une phase cruciale, il a soutenu qu’une participation massive à l’élection est à même de permettre au pays de parvenir à une sortie de la crise. Tebboune a appelé, dans ce cadre, à l’unité des rangs afin de contribuer à préserver la stabilité du pays et enclencher la dynamique du développement socio-économique.

Pour sa part, Abdelkader Bengrina a estimé lors d’un meeting populaire à Ouargla, que son programme électoral peut fournir des solutions pour sortir de la crise et contribuer à renforcer l’unité du peuple. Par ailleurs, le candidat Bengrina a évoqué «une confrontation de vues, dans le société, entre ceux qui s’opposent à la solution constitutionnelle et plaident pour une période de transition et ceux qui sont favorables au processus électoral, car conscients des menaces ajouté «a brisé l’injustice et la marginalisation et conduit les têtes de la corruption politique et financière en prison», affirmant que «nul ne peut nier que l’Algérie d’après le 22 février ne sera jamais celle d’avant cette date». Le Hirak populaire «Le Hirak populaire, a-t-il a appelé «les sages à la tête du pouvoir, selon Bengrina et notamment l’institution militaire à accompagner l’élection et à garantir les conditions de sa régularité, afin que le 12 décembre soit la date de la mise en place des fondements de l’édification d’un État fort», a-t-il dit. Après avoir demandé à l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) d’accélérer l’enquête sur ce qu’il a qualifié de «tentatives de certaines parties de frauder aux élections», il a affirmé qu’il est «nécessaire de prendre les précaussions. Mettant en garde contre «l’impact de toute tentative de fraude pour éviter de perdre la confiance du peuple et sur les dérapages qu’elle risque de provoquer», il a appelé à saisir l’occasion du scrutin du 12 décembre pour «aboutir à un État fort que nous construisons ensemble en tant que génération de l’indépendance. L’Algérie se prépare à choisir son nouveau président le 12 décembre, car la campagne s’est déroulée dans des conditions difficiles : administrations murées, panneaux électoraux détournés. Cet état met en lumière le contexte tendu dans lequel se prépare un scrutin contesté par une partie de la population. Les candidats font face parfois à une hostilité. Depuis le début de la campagne le 17 novembre, les 5 candidats évitent les grandes villes du nord du pays, les plus peuplées. Leurs meetings sont perturbés parfois par des manifestants malgré le déploiement des forces de police.Les candidats tentent difficilement de convaincre de leur soutien au «Hirak» et de faire croire qu’ils accéderont à ses revendications. Pour seuls 37% des électeurs se sont déplacés lors des législatives de 2017 et 50% pour la présidentielle de 2014, et ces chiffres sont probablement «gonflés», ont estimé de nombreux observateurs. Louisa Dris Aït Hamadouche Professeure de sciences politiques à l’Université d’Alger explique. «Jusqu’ici les scrutins se tenaient dans l’indifférence générale avec une base électorale participante connue, constituée majoritairement de militants, de formations alliées et d’associations. À présent, l’indifférence a laissé la place à la contestation active.» L’universitaire Mohamed Hennad s’inquiète du «risque de dérapages» et de violences dans un contexte de peur à «dresser une partie de la population contre une autre», alors que le «Hirak» a toujours revendiqué son pacifisme et l’a fait respecter dans ses rangs. Louisa Dris Aït Hamadouch, a estimé que cette radicalisation des positions risque de diviser le pays. Elle parle de «fractures verticales entre gouvernants et gouvernés», auxquelles vont s’ajouter des «fractures horizontales au sein de la société». Personne n’a pourtant intérêt à «susciter des violences car les dividendes potentiels à court terme se transformeront en confrontation après les élections», avertit-elle.

Ahsene Saaid / Ag.