Les massacres du 8 Mai 1945: L’étincelle de l’espoir s’est éteinte

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Photo conception L'Echo d'Algérie@

Le peuple algérien se remémore le massacre des milliers d’Algériens désarmés – il y a 73 ans jour pour jour le 8 mai 1945 dans plusieurs villes de l’Est algérien, à Sétif, Kheratta et Guelma.

Ce génocide a mis fin à un long rêve de promesses et de mensonges cultivé par l’administration française pour impliquer les Algériens dans la Première Guerre mondiale (1914- 1918) et la Seconde (1939-1945) pour défendre la Patrie ! Entre 1942 et 1943, les effectifs mobilisés en Algérie au sein de l’armée française s’élèvent durant cette période à 304 000 Algériens mobilisés (dont 134 000 «musulmans», et 170 000 «Européens»). Ils sont engagés en Tunisie de novembre 1942 à mai 1943, en Italie de novembre 1943 à juillet 1944, et enfin en France et en Allemagne d’août 1944 à juin 1945. Parmi les Algériens impliqués dans cette guerre, on retrouve aussi les futurs dirigeants de la Révolution du 1er Novembre 1954 , Ahmed Ben Bella, Mohammed Boudiaf, Mostefa Ben Boulaïd et Krim Belkacem. D’autres, comme Hocine Aït Ahmed, encore scolarisé en cette époque au Lycée de Ben Aknoun (actuel El Mokrani), mais imprégné des valeurs de liberté, d’un éveil politique précoce et d’un esprit d’indépendance, crée avec ses compagnons une section politique estudiantine liée au mouvement national à travers le parti du PPA à Alger, dans la région de Michelet (actuel Aïn El Hammam), et aussi à Miliana entre 1943 et 1944 où il séjournera pendant une année pour assurer sa scolarité, suite à la fermeture du Lycée de Ben Aknoun Durant son séjour dans la région du Titteri, il relèvera sur une carte, en compagnie des militants de la région, tous les chemins et points d’eau situés dans le massif montagneux de Zeddine et les alentours. Ces informations, d’ordre stratégique et logistique, serviront plus tard aux militants et moudjahidine lors de la Guerre de Libération nationale. Aussi, des animateurs du mouvement national entreprennent de reformuler leurs revendications en étant désormais plus exigeants.

Le 7 décembre 1941, les États-Unis entrent en guerre

Après trois années de guerre atroce, l’Algérie de par sa position stratégique est devenue le théâtre des grandes manœuvres militaires. Les Américains et les Anglais cherchent à frapper l’Allemagne nazie de la façon la plus directe possible et tentent une grande opération militaire sur les côtes algériennes. La décision est prise en décembre 1941 par Churchill et Roosevelt de tenter en 1942 une opération d’envergure contre l’Allemagne, sous le code «Opération Torch». Le 25 juillet 1942, la décision est définitivement prise de débarquer en Afrique du Nord, notamment en Algérie avant la fin de l’année. Le général Eisenhower reçoit d’Alger des informations sur un groupe d’officiers français pro-alliés souhaitant entrer en contact avec les Anglo-Américains. Une mission secrète est envoyée par sous-marin avec débarquement en kayacs près d’une ferme de Cherchell le 19 octobre 1942 dans une localité (Messelmoun) située à environ 50 km à l’est de Cherchell. C’est une expédition menée par le chef d’étatmajor américain, le major-général Mark Wayne Clark. Le 21 octobre 1942, le contact est établi avec le consul des USA à Alger, Ridgeway Knight. Trois forces d’intervention ou «Task-forces» vont converger vers l’Algérie. La «Central-Naval Taskforces» de l’amiral Troubridge a pour objectif Oran et convoie uniquement des troupes de l’US Army pour un total de 39 000 hommes. La «Royal Navy» britannique abordera Alger et ses alentours. Trois débarquements étaient prévus sur l’Algérois : Le groupe «Charlie» devait débarquer à l’est du Cap Matifou, actuel Tamentefoust, le groupe «Beer» entre Sidi-Ferroudj et le Cap Caxine (non loin de Baïnem) et le groupe «Apple» à l’est de Castiglione, actuel Bou Ismaïl. Dans la nuit du 7 au 8 novembre 1942 Alger fut réveillée par le bruit d’une canonnade et on vit au loin des éclairs illuminer le ciel ; c’était «l’opération Torch»; chaque navire avait au-dessus de lui un ballon dirigeable accroché par des câbles et destiné à protéger l’embarcation contre les bombardements de l’aviation allemande. Radio Alger apprend à la population qu’un débarquement américain est en cours. Commencèrent alors les hostilités par des tirs d’obus d’un bateau de guerre américain en direction de l’ambassade allemande, ornée d’un drapeau à croix gammées, située à la villa Susini du Clos Salembier (actuel El Madania) sur la colline surplombant le quartier du Hamma. L’artillerie défendant l’ambassade riposta et toucha le bateau ; ce dernier prend feu et des fumées noires s’élèvent et entachent le ciel bleu d’Alger. Un avion anglais survole le port et lâche trois bombes sur un sous-marin français et le détruit. Après deux jours de ces combats contre les libérateurs, le calme revient. Les alliés consolident leur débarquement à Alger. Cette opération militaire, menée du 8 au 11 novembre 1942 en Algérie, a permis aux Alliés de prendre pied sur le sol africain et ainsi d’ouvrir un deuxième front, pour contrer les forces de l’axe (l’Allemagne, l’Italie et le Japon). Ce débarquement marque un tournant dans la Seconde Guerre mondiale sur le front occidental, conjointement avec les victoires britanniques d’El Alamein, en Libye, et soviétique de Stalingrad. Après concertation avec, notamment, le Parti du peuple algérien (PPA) et l’association des Oulémas, Ferhat Abbas publie le Manifeste du peuple algérien le 10 février 1943.

Les signataires du «Manifeste» réclamaient «Au nom du peuple algérien, la condamnation et l’abolition de la colonisation, l’application des droits des peuples à disposer d’eux-mêmes, la dotation de l’Algérie d’une constitution, la participation immédiate et effective des musulmans algériens au gouvernement de leur pays et enfin la libération de tous les condamnés et internés politiques à quelque parti qu’ils appartiennent».

Ce document a été remis par Ferhat Abbas aux autorités américaines, à leurs alliés et même au gouverneur général d’Algérie. Les évènements des massacres du 8 Mai 1945 en Algérie perpétrés par la police et l’armée françaises, accélèrent la création de l’Organisation Spéciale (OS) par les militants du mouvement national en 1947, aile armée du PPA/MTLD (Parti du peuple algérien/Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques) et ancêtre du CRUA (Comité révolutionnaire de l’unité et d’action) et du FLN (Front de libération nationale), sont une suite logique historique liée au débarquement des Alliés du 8 novembre 1942.

L’Amnistie générale

Les Algériens à l’instar des autres peuples européens et américains sont sortis massivement pour fêter la victoire, alors que le peuple algérien qui vit sous le joug colonial se limite à brandir son drapeau national et clamer son droit à la liberté et l’existence, et revendique son indépendance, dans l’espoir que la France suive l’exemple de la Grande Bretagne qui, après la Seconde Guerre mondiale, a accepté de se retirer de ses colonies. Face aux protestataires, les autorités coloniales mobilisèrent un impressionnant dispositif, autant à Alger, Sétif à Guelma et Oran L’objectif de l’administration française était de contrecarrer la marche des manifestants en réprimant le mouvement dans le sang s’il le fallait. La police coloniale a stoppé sauvagement la manifestation qui défilait dans le centre-ville de Sétif et en banlieue, à Alger les forces de police tirèrent sur les manifestants, tuant plusieurs d’entre eux en plein rue Larbi-Ben M’hidi. Selon le militant communiste Henri Alleg exdirecteur du quotidien Alger Républicain a relevé des milliers de morts et de nombreux blessés dans les villes où eurent lieu les manifestations de protestation. Dans les jours qui ont suivi, les services de police et de renseignements procédèrent à des arrestations massives de militants syndicats et de nationalistes. Quelques jours après, le 8 Mai 1945, le régime colonial s’est adonné à une démonstration de cruauté et d’extrême sauvagerie à l’encontre de manifestants algériens hommes, vieux et enfants réclamant l’indépendance de leur pays, massacrant 45 000 parmi eux, à Sétif, Guelma, Kherrata, Béjaïa, et d’autres agglomérations du Constantinois. C’est ainsi que le mouvement national rompt avec les partisans des réformes politiques et sociales en faveur de l’Algérie. Prenant acte de l’opposition irréductible des colons d’origine européenne à toute réforme d’envergure le Manifeste du peuple algérien quoique modéré, revendique une pleine autonomie pour l’Algérie, avec une égale participation de tous les habitants aux affaires politiques, il réclame une Constitution propre, une réforme agraire et la reconnaissance de la langue arabe au côté du français. Les réticences successives des gouvernants français à toute réforme d’envergure va entraîner les militants algériens vers la lutte armée et la rupture totale avec la France coloniale, par conséquent, le 8 Mai 1945 constitue le prélude de la Révolution du 1er Novembre 1954.