Libye: La France se dit «surprise» des déclarations du ministre libyen de l’Intérieur

0
171

Paris s’est dit «surpris» des déclarations du ministre libyen de l’Intérieur qui a accusé, jeudi, la France de soutenir le maréchal Khalifa Haftar dont les forces ont lancé un assaut contre la capitale Tripoli.

«Nous sommes surpris par ces déclarations dont nous ne savons pas si elles engagent l’ensemble du gouvernement d’entente nationale» (GNA), a indiqué la porte-parole du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, Agnès Von Der Muhll lors d’un point de presse. Dans un communiqué publié par son service de presse, le ministre de l’Intérieur, Fathi Bach Agha, a ordonné «la suspension de tout lien entre  (son) ministère et la partie française dans le cadre des accords sécuritaires bilatéraux (…) à cause de la position du gouvernement français soutenant le criminel Haftar qui agit contre la légitimité». Considérée par des diplomates et des analystes comme l’un des appuis du maréchal Haftar, la France avait démenti avoir soutenu son offensive contre Tripoli, siège du GNA. «La position de la France est sans ambiguïté. Elle soutient le gouvernement d’entente nationale d’Al Sarraj, avec lequel elle entretient une étroite coopération sécuritaire qui s’est, notamment, concrétisée par un appui à la constitution de la garde présidentielle et au renforcement des capacités de la marine libyenne», a expliqué, ce vendredi, la porte-parole du MAE français, soulignant que la France a dit son opposition à l’offensive en cours. «Elle appelle à nouveau à un cessez-le-feu rapide et à une reprise sans délai du dialogue, en vue de relancer un processus politique crédible,  conduit sous l’autorité des Nations unies», a-t-elle ajouté, précisant qu’avec ses partenaires, notamment européens, «la France œuvre sans relâche à favoriser une solution politique, conformément aux engagements pris par les parties libyennes à Paris, Palerme et Abou Dhabi». Le porte-parole a indiqué que la France soutient l’initiative britannique au Conseil de sécurité des Nations unies en vue de l’adoption d’une résolution appelant à un cessez-le-feu. Des analystes et des pro-GNA accusent Paris de bloquer des résolutions condamnant l’offensive au Conseil de sécurité de l’ONU ou à l’Union européenne. La France est accusée également de relayer la rhétorique de l’Armée nationale libyenne (ANL, autoproclamée) de Haftar, qui justifie son offensive par le fait qu’elle cherche à combattre les «terroristes» à Tripoli, selon une source gouvernementale dans la capitale libyenne qui a requis l’anonymat. Quelques dizaines de manifestants, dont plusieurs portant des gilets jaunes, ont dénoncé, mardi dernier, à Tripoli, ce qu’ils ont qualifié de «soutien» de la France au maréchal Haftar. «La France doit cesser de soutenir le rebelle Haftar en Libye», «La France fournit des armes aux rebelles pour le pétrole», ont-ils écrit en français sur des pancartes.

 Rome et Paris promettent des initiatives

 La France et l’Italie vont travailler à des  «initiatives» sur la Libye où il n’existe pas de solution militaire à la crise, qui peut devenir «dangereuse», ont annoncé vendredi à Rome leurs chefs de la diplomatie. «Il n’existe pas de solution militaire qui permette de résoudre les complexes questions politiques en Libye, a déclaré le ministre italien des Affaires étrangères Enzo MoaveroMilanesi lors d’une conférence de presse à l’issue d’une rencontre avec son homologue français Jean-Yves Le Drian. «La crise peut devenir dangereuse», car «les éléments d’une détérioration sont là», a averti ce dernier lors de ce point de presse.  La France et l’Italie travaillent donc étroitement sur ce dossier, car, a assuré Le Drian, «il n’y aura pas de progrès possible en Libye sans une entente franco-italienne solide». C’est le cas aujourd’hui, a souligné le ministre français, assurant que les difficultés de ces derniers mois entre la France et l’Italie étaient «derrière nous». Les deux ministres ont promis des «initiatives» sur le dossier libyen,  sans toutefois donner de détails, expliquant notamment qu’elles feraient l’objet d’une prochaine réunion à Rome entre des haut-diplomates français,  italien et de pays directement intéressés à la crise libyenne. En attendant, «il faut arriver le plus rapidement possible à un cessez-le-feu», a dit le ministre italien, insistant sur la «totale»  convergence de vues entre Rome et Paris sur ce sujet. Interrogé sur les accusations récurrentes en Italie d’un soutien français au maréchal Khalifa Haftar, qui a lancé une offensive contre le Tripoli, Le Drian a réitéré la position française d’un cessez-le-feu immédiat et d’un dialogue politique. «Notre message est clair», a-t-il insisté.

Trump a discuté avec Haftar du rétablissement de la paix en Libye

Le Président Trump a échangé, lundi dernier, lors d’un entretien téléphonique, avec Khalifa Haftar sur la situation en Libye, a annoncé, ce vendredi, la Maison-Blanche. Le 15 avril, le Président Donald Trump s’est entretenu avec le maréchal Khalifa Haftar pour discuter des efforts de la lutte contre le terrorisme en cours et de la nécessité de parvenir à la paix et à la stabilité en Libye», indique la Maison-Blanche dans un communiqué. «Le Président a reconnu le rôle important du maréchal Haftar dans la lutte contre le terrorisme et la sécurisation des ressources pétrolières de la Libye. Les deux hommes ont discuté d’une vision commune pour la transition vers un système politique démocratique et stable en Libye», précise la même source. Jeudi, le Conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni sur la Libye sans établir une stratégie claire pour réclamer rapidement un cessez-le-feu aux belligérants, alors que Washington et Moscou continuent d’opposer de la résistance à un projet de résolution britannique, selon des diplomates. Les Etats-Unis et la Russie se sont opposés à la publication d’une déclaration du Conseil, précisent les mêmes sources. L’émissaire onusien, Ghassansalamé a dit aux 15 pays membres du Conseil qu’il était «très inquiet» de la perspective d’un embrasement ce week-end. GhassanSalamé a aussi réclamé que le Conseil de sécurité prenne une position forte sur les violations de l’embargo sur les armes imposé sur le théâtre libyen, selon plusieurs sources diplomatiques à New York. Depuis le 4 avril, les troupes conduites par Haftar ont lancé une agression contre la capitale libyenne, siège du gouvernement d’union nationale (GNA) reconnu par la communauté internationale. Depuis plusieurs jours, ces troupes piétinent au sud de la capitale, les lignes de front se situant entre 12 et 50 km de Tripoli. Selon le dernier bilan publié vendredi par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), au moins 213 personnes ont été tuées depuis le lancement de cette agression.

AhseneSaaid /Ag.