Lutte contre les hooligans: Un décret promulgué, oui mais…

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Du nouveau, chez nous, dans la lutte contre la violence dans les stades avec la publication au Journal officiel N° 64 du 13 octobre 2019, du décret exécutif N°19-272 du 9 Safar 1441 correspondant au 8 octobre 2019 fixant les modalités d’établissement et de mise à jour du fichier national des personnes interdites d’accès aux infrastructures sportives, signé par le Premier ministre, Nouredine Bedoui.

«En application des dispositions de l’article 207 de la loi N° 13-05 du 14 Ramadhan 1434 correspondant au 23 juillet 2013 relative à l’organisation et au développement des activités physiques et sportives, le présent décret a pour objet de fixer les modalités d’établissement et de mise à jour du fichier national des personnes interdites d’accès aux infrastructures sportives», stipule l’article N° 1 de ce décret qui précise dans son article 2 que «le fichier national des personnes interdites d’accès aux infrastructures sportives est une base de données centralisée, extraite du système national automatisé du casier judiciaire». Le service central du casier judiciaire du ministère de la Justice est chargé quant à lui de «l’organisation, de la gestion et de la mise à jour du fichier national des personnes interdites d’accès aux infrastructures sportives dont les noms seront transmis aux fédérations sportives nationales, aux ligues sportives, aux associations et clubs sportifs». Reste à savoir comment ce décret peut être appliqué concrètement sur le terrain, sachant que nos enceintes sportives sont des véritables passoires. Peut-on mettre raisonnablement devant chaque accès un préposé ou un agent avec une liste déterminée des bannis des stades? Une mission relavant de l’impossible actuellement, car les tickets d’entrée ne sont ni nominatifs, ni informatisés pour pouvoir suivre ces hooligans à la trace.

Pour le moment, tout le monde peut aller acheter son ticket tranquillement au guichet ou au marché noir pour ensuite entrer incognito au stade. C’est bien beau de décréter des lois pour lutter contre la violence dans les stades. C’est déjà un premier pas de franchi, mais il faudra attendre des années pour que l’on puisse véritablement se servir de ce fameux fichier. L’Algérie n’est ni l’Angleterre, ni l’Allemagne dans ce domaine. On n’a pas, du moins actuellement, les outils nécessaires pour l’appliquer efficacement. Aucun stade dans le pays ne dispose de portiques pour pouvoir se lancer dans la vente de billets électroniques, seule garante d’une filtration systématique des supporters n’ayant pas le droit d’accès aux enceintes sportives. On est à la traîne dans ce secteur, ce qui rend ce décret inopérant du moins dans les conditions actuelles qui sont les nôtres. Il faut dire aussi que la violence dans les stades n’est pas l’apanage d’une frange de supporters bien définis, comme cela peut l’être en Europe et leurs hooligans. Chez nous, elle est la résultante d’un mal être de la jeunesse et sa frustration qui se traduit par des actes de violence souvent verbale et parfois physique. La lutte contre ce fléau doit être accompagnée nécessairement par une amélioration générale des conditions d’accueil dans les enceintes sportives. Mais est-ce que nos vieux stades peuvent offrir un minimum de confort au spectateur ? Il faut dire qu’ils ne répondent pas aux normes. C’est leur réhabilitation et leur modernisation qui doivent être la priorité des autorités afin de pouvoir par la suite, lutter efficacement contre la violence dans les stades.

Ali Nezloui