Mohamed Cherif Belmihoub à Radio nationale : «Il est impératif de maintenir le pouvoir d’achat des citoyens pour éviter une inflation»

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La nécessité de maintenir le pouvoir d’achat des Algériens en ce temps de crise sanitaire afin de préserver l’économie nationale de l’inflation a été soulignée, hier, par cet éminent professeur et analyste en économie, lequel a appelé les pouvoirs publics, le patronat ainsi que les syndicats à se partager cette charge.

Intervenant sur les ondes de la Radio nationale, Belmihoub a indiqué que la sauvegarde du pouvoir d’achat des Algériens est cruciale en ces temps de crise, car il permet de maintenir «en branle» l’activité de l’économie nationale et éviter ainsi l’inflation. Pour se faire, il a indiqué que «c’est le moment propice de passer à la concertation entre le pouvoirs publics, le patronat et les syndicats afin de trouver les moyens pour maintenir le pouvoir d’achat des Algériens, appelant chaque corps à supporter une partie des charges liées à la sauvegarde de ce pouvoir en temps de crise sanitaire.» Il faut que les pouvoirs publics, les entreprises et les syndicats se partagent les responsabilités liées à la sauvegarde du pouvoir d’achat, a-t-il dit, ajoutant que l’Etat peut supporter deux mois de payement de ces charges et les entreprises peuvent, de leurs côtés payer elles-mêmes leurs salariés confinés et les syndicats peuvent jouer leurs rôles en acceptant que les salaires soient diminués pendant cette période (versement du salaire de base seulement) «Belmihoub a estimé que la crise actuelle justifierait le recours à la planche à billet sous la condition qu’elle soit utilisée seulement pour financier les actions visant à contenir les impacts de la crise sanitaire engendrée par le Covid-19.» «Le recours à cette pratique fera en sorte de maintenir l’activité économique ainsi que le pouvoir d’achat et permettra également la conclusion de transactions commerciales». Pour permettre à la roue économique de persévérer, l’expert économique a plaidé pour que les entreprises algériennes bénéficient d’un report pour honorer leurs redevances (impôts et taxes) en période de crise afin de les encourager à produire plus.

La crise sanitaire a permis une prise de conscience africaine D’autre part, Belmihoub a estimé que l’Algérie et certains pays africains qui détiennent des facteurs d’émergences se sont rendus compte, grâce à cette crise, qu’ils étaient capables de prendre en charge leur développement national. «Cette crise sanitaire a ainsi permis une prise de conscience africaine, sur les plans intellectuel et politique», s’est-il réjoui. Il a ajouté que l’Algérie doit impérativement, pour sa part, construire une économie nationale solide (hors hydrocarbures) pour être intégrée au niveau local tout en relevant que cela ne l’empêchera aucunement de conclure des partenariats ou des investissements étrangers fructueux ainsi que des échanges avec les marchés internationaux. Il a souligné que cette crise sanitaire a été bénéfique pour les entreprises nationales telles que Saidal qui s’est mise à produire des produits qui étaient importés à la base tels que les gels désinfectants afin de répondre à une demande locale. Belmihoub a appelé, a cette occasion «à crée plus d’entreprises en Algérie pour faire face à la demande locale en différents produits». «En Algérie nous créons peu d’entreprises c’est un vrai handicap, il faut impérativement augmenter leur nombre pour créer de la richesse et diminuer considérablement les importations», a-t-il martelé. Il a rappelé que cette crise sanitaire mondiale a permis en un laps de 15 jours de développer l’économie numérique en Algérie par la mise en place de modalités de payement numérique, ajoutant que la véritable réforme, aujourd’hui, doit viser l’administration et les banques afin de libérer l’économie nationale de toutes les entraves. «Les réformes administratives et bancaires sont les deux verrous qui doivent absolument sauter pour réaliser un développement économique durable».

S’agissant des conséquences à l’échelle mondiale de cette crise sanitaire, l’expert a prévu l’émergence d’Etats-Nation tout en assurant que la Chine serait un élément clé. Pour l’Union européenne l’expert a relevé une absence flagrante de cohérence entre les politiques et l’économie au sein de cette institution ajoutant que cela va, sans nul doute, «retarder sa construction».

Moussa O. / Ag.