Palestine:  la conférence du Bahreïn est  » illégale  et ridicule » 

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Le premier ministre palestinien Mohammad  Shteyyeh a déclaré, lundi, que « le contenu de l’atelier américain prévu  dans la capitale du Bahreïn, Manama, est ridicule et illégal », soulignant  que « les résultats de cette conférence seront stériles avec la non-participation palestinienne », ont rapporté des médias locaux.

S’exprimant lors d’une réunion du gouvernement à Ramallah, le premier  ministre palestinien a précisé que « la solution de la cause palestinienne est politique en mettant fin à l’occupation », a indiqué l’agence Wafa. M. Shteyyeh a ajouté également que « celui qui veut réaliser la paix et la  prospérité du peuple palestinien doit inciter Israël à mettre un terme au vol de notre terre, à la piraterie de notre argent, à l’appropriation de nos ressources naturelles, à l’arrêt de la colonisation, à la levée du blocus imposé à la bande de Ghaza et de respecter les résolutions et le  droit internationaux », a poursuivi la même source Au sujet de la situation financière, le premier ministre palestinien a  précisé qu’Israël retient toujours les recettes fiscales de la Palestine rendant sa situation financière « très difficile ». 

Dans ce contexte, il a loué les efforts des ministres arabes des finances  qui ont convié lors d’une réunion urgente d’apporter leur soutien à la crise financière que traverse actuellement l’autorité palestinienne. Une grave crise financière affecte le budget palestinien du fait de la  déduction par Israël de millions de dollars de recettes fiscales perçues pour le compte des Palestiniens et du refus du gouvernement palestinien de recevoir uniquement une partie, réclamant la totalité des recettes. 

Les ministres arabes des finances avaient annoncé dimanche leur engagement  envers les décisions de la Ligue des Etats arabes d’activer un filet de sécurité financière mensuel de 100 millions de dollars pour soutenir le  budget du gouvernement palestinien destiné à faire face à la crise financière actuelleConférence de Bahreïn : le Hamas dénonce un acte de « normalisation » avec Israël

Appel à ’annulation de la conférence de Bahreïn

 

Pour sa part,le mouvement islamiste palestinien Hamas a appelé jeudi à l’annulation de la conférence prévue la semaine rencontre  à Bahreïn sur le volet économique du plan américain pour résoudre le conflit israélo-palestinien, la dénonçant comme une acte de « normalisation » des Etats arabes avec Israël.« Nous disons clairement que nous n’acceptons pas (…) qu’un quelconque pays arabe ou musulman soit l’hôte de telles conférences qui constituent (un acte de) normalisation avec l’occupant » israélien, a déclaré le chef du Hamas, Ismaïl Haniyeh, lors d’une conférence de presse dans la bande de Gaza gouvernée par ce mouvement.M. Haniyeh a pressé le roi Hamad de Bahreïn de prendre « une décision forte et de ne pas accueillir cette réunion de travail à la face de Dieu et du peuple palestinien ». Il a annoncé, sans plus de précision, des actes de protestation dans les Territoires palestiniens avant la conférence.L’administration Trump organise mardi et mercredi à Manama, capitale de Bahreïn, une conférence économique censée préluder à la présentation de l’initiative diplomatique attendue depuis des mois. L’idée est de faire miroiter aux Palestiniens, confrontés à la crise, un développement spectaculaire en cas de paix avec Israël. Des Israéliens doivent participer à la conférence. La participation du Hamas, qui refuse de reconnaître l’existence d’Israël et est considéré comme une organisation terroriste par l’Etat hébreu et les Etats-Unis, est exclue à une conférence organisée par l’administration Trump, qui a manifesté un soutien sans faille au gouvernement israélien.Le Hamas et Israël se sont livré trois guerres depuis 2008.- « Situation économique intenable » -Mais l’Autorité palestinienne présidée par Mahmoud Abbas, interlocutrice reconnue de la communauté internationale et rivale du Hamas, sera également absente à Bahreïn.Depuis décembre 2017, elle a gelé les contacts avec les Américains, discrédités selon elle par un parti pris outrancier. Elle accuse l’administration Trump d’essayer, à Manama, d’acheter les Palestiniens qui devraient renoncer à leurs revendications politiques, dont la création d’un Etat indépendant, contre des promesses économiques.« Nous rejetons la conférence de Manama et l’entreprise qui consiste à faire de la cause palestinienne une cause économique et non plus politique », a abondé M. Haniyeh lors de cette rare rencontre avec la presse étrangère, alors que le Hamas est à couteaux tirés avec l’Autorité palestinienne. La conférence de Manama est supposée poser les jalons du plan politique de l’administration Trump. Ce plan fait face à un grand scepticisme quant aux chances du président américain de parvenir à ce qu’il a appelé « l’accord (diplomatique) ultime ». Sa présentation même est mise en doute.La Banque mondiale dresse un tableau sombre des Territoires palestiniens, parlant d’une « situation économique intenable » en l’absence de solution au conflit avec Israël et de réconciliation entre organisations palestiniennes. Elle faisait état en avril d’une « dégradation abrupte » à Gaza et d’un ralentissement en Cisjordanie, et d’un chômage de 52% à Gaza.L’économie gazaouie étouffe sous un rigoureux blocus israélien, nécessaire selon l’Etat hébreu pour contenir le Hamas.

 Gaza « Zone dangereuse » – a connu depuis 2018 une succession d’accès de violence. Le dernier en date début mai a fait craindre une nouvelle guerre entre Israël et groupes armés palestiniens. Les Palestiniens avaient annoncé un cessez-le-feu et le retour à un accord préalablement conclu en novembre en vertu duquel le Hamas maintiendrait le calme en échange de mesures améliorant les conditions de vie à Gaza.Jeudi, des milliers de familles pauvres à Gaza ont reçu chacune 100 dollars du Qatar, rare soutien du Hamas. La distribution de cette aide, supposée primordiale pour dissiper les tensions, est possible parce qu’Israël laisse entrer l’argent dans le territoire.M. Haniyeh a cependant accusé les Israéliens de ne pas tenir leurs engagements. « Les accords sont aujourd’hui dans une zone dangereuse parce que l’occupant n’applique pas ce qui a été convenu ».« Nous ne sommes pas contre une paix juste (avec Israël) sur la base de droits équitables, mais nous sommes contre toute reddition », a-t-il dit.

Hanane Achraoui, rejette le plan économique américain

Une responsable palestinienne, Hanane Achraoui, a rejeté samedi les premiers détails d’un plan de paix américain dont le volet économique sera présenté la semaine prochaine à Bahreïn, estimant que Washington doit d’abord oeuvrer à mettre fin au « vol par Israël » des terres palestiniennes. »Commencez par lever le siège de Gaza, par arrêter le vol par Israël de notre terre, de nos ressources et de notre argent, donnez-nous la liberté de mouvement et le contrôle sur nos frontières, notre espace aérien, nos eaux territoriales (…) et ensuite regardez-nous construire une économie dynamique et prospère en tant que peuple libre et souverain », a déclaré Mme Achraoui, conseillère du président palestinien Mahmoud Abbas.Les Etats-Unis ont donné pour la première fois samedi des détails sur leur plan de paix, indiquant qu’il visait à lever plus de 50 milliards de dollars pour les Palestiniens et à doubler leur produit intérieur brut (PIB) en une décennie.La conférence de mardi et mercredi à Manama, emmenée par le gendre et conseiller du président américain, Jared Kushner, sera l’occasion de présenter ce plan attendu de longue date, qui inclura plus tard un volet politique selon des responsables américains.L’administration de Donald Trump a précisé que l’initiative allait tenter de réformer l’économie palestinienne et de la lier à ses voisins, afin de lever d’énormes investissements internationaux.Mais l’Autorité palestinienne boycotte cette conférence intitulée « De la paix à la prospérité », estimant que l’administration Trump, qui affiche son soutien à Israël, cherche à acheter les Palestiniens et à les priver d’un Etat indépendant.

La Ligue arabe réitère son engagement financier 

 La Ligue arabe a réitéré dimanche son  engagement à verser 100 millions de dollars par mois à la Palestine, sans  en fournir les modalités, au lendemain de l’annonce du volet économique du plan de paix américain pour le Proche-Orient. Les ministres des Finances arabes, réunis au siège de la Ligue au Caire,  ont confirmé un engagement pris par l’organisation le 22 avril « d’activer un filet de sécurité financière destiné à soutenir le budget de l’Autorité palestinienne avec un montant de 100 millions de dollars (près de 88  millions d’euros) par mois », indique un communiqué de la Ligue arabe. 

La Ligue arabe n’a pas indiqué les échéances du paiement de cette somme  destinée à « soutenir la Palestine face aux pressions et aux crises financières », le calendrier des versements dépendant des pays membres. Cet engagement de la Ligue arabe intervient en réponse au gel en février  dernier par Israël d’environ 10 millions de dollars (près de 9 millions d’euros) de TVA et de droits de douane que l’occupant israélien prélève sur les produits importés par la Palestine, et qu’il est censé leur reverser. 

L’Autorité palestinienne a qualifié de vol le gel de cet argent et a  décidé de renoncer entièrement aux droits de TVA et de douane. La réunion des ministres des Finances arabes de la Ligue arabe s’est tenue  au lendemain de la publication par les Etats-Unis du volet économique de leur plan de paix pour résoudre le conflit israélo-palestinien, visant à  lever plus de 50 milliards de dollars (près de 44 milliards d’euros) en une décennie. 

Ce projet doit être présenté la semaine prochaine à Manama, capitale de  Bahreïn, en présence de représentants des ministères des Finances égyptien  et jordanien, selon des responsables de ces deux pays. L’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, proches alliés des  Etats-Unis, prévoient également d’envoyer des représentants. La Palestine, qui ne participe pas à la conférence de Manama, a rejeté la  proposition de l’administration américaine, appelant Washington à oeuvrer à la fin du « vol par Israël » des terres palestiniennes.

 

                                                                                                    Ahsene Saaid /CPI