Palestine: La reprise des raids quotidiens sur Issawiya à Jérusalem-Est

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Depuis la mi-juin, le quotidien des 20 000 habitants d’Issawiya est, en effet, bouleversé : les commerces n’ouvrent que le matin et, dès la fin d’après-midi, plus personne ne sort de chez soi. Les gens désespèrent d’un retour à la normale.

« La police assure qu’elle s’arrêtera quand plus une seule pierre ne sera lancée, transmet Abou Houmous. En fait, Issawiya est devenu son terrain d’entraînement. »
Chaque soir depuis le 12 juin, des dizaines de policiers patrouillent dans les rues d’Issawiya, des barrages routiers sont érigés pour contrôler l’entrée et la sortie des véhicules. Pendant ces raids quotidiens, les forces de l’ordre répondent par des balles en caoutchouc, parfois par balles réelles, aux pierres et aux pétards lancés par les jeunes. Lors d’une confrontation le 20 juin, l’un d’entre eux, Mohammed Samir Abid, a été tué par un officier de police. Les raids ont ensuite repris de plus belle. Selon l’ONG israélienne B’tselem, environ 80 Palestiniens d’Issawiya ont été incarcérés depuis le début de l’opération il y a un mois.
« Les policiers disent que les gamins leur lancent des pierres, mais ce n’est pas nouveau. Ils veulent juste nous punir. C’est une décision politique dans la perspective des élections israéliennes de septembre », explique Mohammed Abou Houmous, un militant et membre du comité local d’Issawiya. Chaque soir, à 17 heures, lorsque les forces de l’ordre investissent le quartier, il sort les filmer avec son smartphone avant de publier ses contenus sur les réseaux sociaux pour dénoncer leur action. Quelques activistes, israéliens ou internationaux, l’accompagnent en signe de solidarité avec la population locale.
Pas de perspective de développement
Connu pour être un foyer de la résistance palestinienne, Issawiya est perçu par la plupart des Israéliens comme un quartier critique. Une présence policière accrue leur paraît donc justifiée. Les ONG dénoncent de leur côté une opération excessive qui nourrit les frustrations et la violence.
Issawiya n’a d’ailleurs pas de perspectives de développement, les habitants n’obtenant presque aucun permis de construire de la municipalité. « Il n’y a pas de plan d’aménagement à Jérusalem-Est », résume Aviv Tatarsky, enquêteur de terrain pour l’organisation Ir Amim, engagée à Jérusalem dans le contexte du conflit israélo-palestinien. Cette année, les autorités chargées de l’urbanisme ont prévu 12 000 unités de logements dans l’ouest de la ville et 1 500 unités dans sa partie orientale. Les Palestiniens ont donc le choix entre partir ou construire sans permis. Depuis le 1er janvier, les démolitions de structures dites illégales se sont multipliées à Jérusalem-Est, indique Ir Amim.
L’armée israélienne détruit des bâtiments dans une zone contrôlée par l’Autorité palestinienne
« Ce qui se passe à Issawiya fait partie d’une stratégie israélienne plus large, destinée à judaïser Jérusalem et à en faire partir des Palestiniens [qui sont 330 000, soit 38 % de la population hiérosolomytaine, les habitants de Jérusalem] », poursuit Aviv Tatarsky.
Largement soutenue par les Etats-Unis du président Donald Trump, cette stratégie se décline sous différentes formes à Jérusalem-Est : « Dans la vieille ville et autour, comme à Silwan, c’est par la colonisation et le tourisme nationaliste, observe l’expert. A Issawiya, c’est désormais par la répression et l’intimidation. »
C’est un nouveau revirement dans la crise qui oppose Israël ainsi que le président des Etats-Unis, Donald Trump, aux deux membres du Congrès issues de l’aile gauche du Parti démocrate, Rashida Tlaib et Ilhan Omar. Après avoir annoncé l’interdiction de territoire aux deux élues, l’Etat hébreu est revenu vendredi 16 mai sur sa décision en autorisant Mme Tlaib, d’origine palestinienne, à se rendre sur place pour motif humanitaire. Après avoir certifié qu’elle se plierait à toutes les restrictions imposées par les autorités israéliennes afin de pouvoir rendre visite à sa famille, résidant en Cisjordanie, cette dernière s’est cependant rétractée, annulant finalement son départ.
Pour expliquer sa décision, Rashida Tlaib a mis en avant sur Twitter les conditions qui auraient entravé son séjour sur place. Cette visite serait allée, selon l’élue, à l’encontre de ses convictions : « Je ne peux pas permettre à l’Etat d’Israël (…) d’utiliser mon amour pour ma sity [“grand-mère” en arabe palestinien] afin de me soumettre à leurs politiques oppressives et racistes » a déclaré l’élue. Le ministre de l’intérieur israélien, Arié Dery, avait en effet décidé d’autoriser l’entrée de Mme Tlaib « pour une visite humanitaire à sa grand-mère ». Selon lui, la représentante du Michigan d’origine palestinienne a par ailleurs « promis de ne pas faire avancer la cause du boycottage contre Israël durant son séjour ».

Donald Trump fragilise à nouveau le consensus américain sur Israël
La veille, le même ministre avait annoncé que Mme Tlaib ainsi que Mme Omar, elle aussi élue démocrate américaine de la Chambre des représentants, ne pourraient pas se rendre à Tel-Aviv, où elles devaient atterrir afin de visiter les territoires palestiniens ce week-end. « Ces élues utilisent la scène internationale pour apporter leur soutien aux associations BDS qui appellent au boycott d’Israël », avait justifié M. Dery, appuyant sa décision sur la base d’une loi israélienne permettant d’interdire l’entrée sur le sol israélien aux partisans du mouvement BDS (Boycott, désinvestissement, sanctions).

Mais dans la nuit de jeudi à vendredi, Rashida Tlaib a écrit aux autorités israéliennes pour leur demander de pouvoir visiter sa famille, et plus particulièrement sa grand-mère, qui vit dans le village de Beit Ur Al-Fauqa, près de Ramallah, en Cisjordanie occupée. « Il pourrait s’agir de ma dernière chance de pouvoir lui rendre visite », a fait valoir l’élue américaine dans sa lettre adressée au ministre de l’intérieur israélien. « Je m’engage à respecter toutes les restrictions et à ne pas faire la promotion du boycott d’Israël durant ma visite », poursuit le court texte en anglais.
Adversaires de Trump
Le gouvernement israélien combat farouchement tout ce qui ressemble à une entreprise de boycott, qu’il assimile à une menace stratégique et qu’il dénonce comme une remise en cause de la légitimité d’Israël, accusant le BDS d’antisémitisme, ce que le mouvement dément.
Qu’est-ce que le mouvement BDS, à l’origine des appels au boycott d’Israël ?
Ilhan Omar et Rashida Tlaib, membres de l’aile gauche du Parti démocrate à la Chambre des représentants, ont publiquement appuyé le mouvement BDS et dénoncé la politique israélienne face aux Palestiniens. Elles ont été accusées d’antisémitisme, ce qu’elles réfutent. Par ailleurs, elles sont toutes les deux des adversaires politiques acharnées du président américain républicain, Donald Trump, qui entretient les meilleurs rapports avec Benyamin Nétanyahou.
C’est d’ailleurs le chef d’Etat américain qui avait encouragé jeudi l’Etat hébreu à interdire l’entrée de son territoire à ses deux opposantes, assurant qu’elles « détestent Israël et tous les juifs » et qu’« il n’y a rien qui puisse être dit ou fait pour les faire changer d’avis ». En les laissant accéder à son territoire, Israël ferait preuve d’une « grande faiblesse », avait-il estimé.

Des Palestiniens arrêtés par les forces d’occupation israéliennes en Cisjordanie occupée Des
Palestiniens ont été arrêtés, samedi par les forces d’occupation israéliennes en Cisjordanie occupée, ont rapporté des médias locaux. Des sources locales ont confirmé l’arrestation de plusieurs Palestiniens par les forces de l’occupant israélien en Cisjordanie occupée. Les forces d’occupation israéliennes procèdent régulièrement à des incursions en Cisjordanie – y compris à El Qods occupée, sous prétexte d’arrêter des Palestiniens « recherchés », ce qui provoque des affrontements avec les habitants. Selon des chiffres palestiniens, environ 5 700 Palestiniens – dont de nombreuses femmes et enfants – sont emprisonnés actuellement dans les geôles israéliennes.

Ahsene Saaid /Ag