Palestine: Le  plan américain  fondé sur le principe de l’argent contre la paix

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Dans l’histoire des tentatives de règlement du conflit israélo-palestinien, un exercice diplomatique traditionnellement prodigue en évitements, chimères et auto aveuglement, le volet économique du plan de paix échafaudé par Jared Kushner, le gendre du président américain, Donald Trump, peut postuler au titre de chef-d’œuvre.

Le 22 juin, l’administration américaine a dévoilé le volet économique de son plan de paix tant attendu entre Israël et la Palestine. Cette annonce intervenait alors que s’ouvrait « l’atelier économique » à Bahreïn destiné à obtenir un soutien régional à cette proposition.Malheureusement, ce qui a été dévoilé confirme notre conviction que ce plan, conçu par le conseiller du président Trump Jared Kushner et quelques autres membres de l’administration présidentielle, n’est rien d’autre qu’une énième version du concept éculé et discrédité de « paix économique » soutenu depuis longtemps par le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, vieil ami de la famille Kushner.Peu détaillé et vide de tout contenu politique, le plan préconise 50 milliards d’investissements dans l’économie palestinienne et des pays voisins et 5 milliards pour un axe de circulation entre Gaza et la Cisjordanie. Ce que Kushner et ses collègues ne semblant pas réaliser du tout, c’est que les Palestiniens n’ont pas besoin et ne veulent pas qu’on leur fasse l’aumône. Nous avons besoin de liberté, que nos droits soient respectés et qu’Israël cesse sa domination sur nos vies et notre économie. Même avant que les détails du plan soient révélés, les dirigeants économiques et politiques palestiniens ont déclaré qu’ils boycotteraient la conférence de Bahreïn. Une décision qui s’explique par l’attitude de Donald Trump qui depuis qu’il a pris ses fonctions, n’a de cesse de s’afficher aux côtés du gouvernement d’extrême-droite israélien, anéantissant toute raison de croire que cette administration puisse négocier la paix honnêtement et sérieusement.Depuis deux ans, Trump et ses conseillers mènent une guerre contre les droits des Palestiniens. Le président américain rompt avec plus de 70 ans de politique américaine quand il reconnait Jérusalem comme ville israélienne en y installant l’ambassade américaine. Il a fermé la représentation palestinienne à Washington et coupé presque toutes les aides au peuple palestinien, notamment à l’agence de l’ONU responsable du bien-être des réfugiés. Mes efforts pour gouverner efficacement ne sont évidemment pas aidés par le gouvernement américain qui prive les Palestiniens de ces subsides. Jared Kushner, gendre de Trump, se demandait même ce mois-ci si les Palestiniens était prêt pour l’autonomie gouvernementale. Est-il la peine de préciser que les Palestiniens sont plus que sceptiques face au nouveau plan économique de Jared Kushner ? Ce n’est rien de plus qu’une régurgitation de vielles idées comme celle de paix économique, préconisée par la droite israélienne, et qui veut que les Palestiniens abandonnent leur revendication de liberté en échange d’investissements et d’incitations financières. Bien que Jared Kushner le nie, la conférence de Bahreïn et son contenu politique réduit au minimum montrent clairement que c’est l’objectif à atteindre.Ce que Kushner et ses co-auteurs semblent incapables de saisir c’est que les Palestiniens ne peuvent être achetés ou soudoyés en acceptant quoi que ce soit de moins qu’une liberté pleine et entière, assortie du respect de leurs droits. La cage dorée que Kushner et Nétanyahou ont en tête reste une cage pour nous.Les problèmes économiques des Palestiniens ne sont que la conséquence de politiques israéliennes faites pour étouffer notre croissance économique. Les restrictions qui pèsent sur la circulation des personnes et des biens, les difficultés pour obtenir des permis de construire, le blocus de Gaza – autant d’éléments qui compriment l’économie palestinienne et la laisse à la merci de la domination et de l’exploitation d’Israël. Même l’électricité est distribuée aux Palestiniens selon le bon vouloir d’Israël.Tant que l’occupation dure et que le droit à l’auto-détermination est refusé au peuple, tout développement économique durable est impensable. On a déjà essayé la paix économique et ça n’a pas fonctionné. Sous l’administration Bush, mon prédécesseur Salam Fayyad s’est lancé dans un programme de réformes et de construction d’un État qui a certes connu des réussites mais qui, pour finir, n’a pas pu aboutir parce qu’Israël ne l’aurait pas permis.Les conférences et les incitations économiques n’apporteront pas de paix à long terme sans être associées à un plan politique qui exposerait, de manière juste et honnête, les problèmes fondamentaux du conflit et qui aurait la liberté des Palestiniens pour objectif.Il n’a jamais été aussi clair que le plan Kushner a été conçu pour miner et nier les droits des Palestiniens et renforcer plus encore la main-mise d’Israël sur le peuple palestinien. Le plan n’appelle ni à la création d’un État palestinien indépendant dans une solution à deux États, ni au respect des droits des Palestiniens et à l’égalité dans un État unique. C’est le projet d’apartheid de Trump et de Nétanyahou, ce n’est pas la paix.Au lieu d’essayer de corrompre et d’intimider les Palestiniens en les soumettant à une soumission permanente, la communauté internationale et les États-Unis feraient mieux de faire pression sur Israël jusqu’à ce que leur droit à un État de Palestine indépendant et souverain leur soit accordé. 

Le principe de l’argent contre la paix

Le plan appelle à faire de la Cisjordanie et de Gaza un carrefour commercial, bien qu’aucun de ces territoires ne contrôle ses frontières et ne dispose d’un port ou d’un aéroport. Il promet la 5G aux Palestiniens, alors que ceux-ci viennent à peine d’obtenir la 3G, après douze années de tractations avec l’armée israélienne, qui a le monopole des fréquences dans les territoires occupés. Il les exhorte à mieux protéger la propriété privée, pour stimuler les investissements, en passant sous silence le fait qu’en Cisjordanie le principal risque pesant sur le foncier provient des colons juifs, maîtres en spoliation.

Galimatias hors-sol, hors histoire et hors réalité, directement inspiré d’une droite israélienne qui rejette le principe d’un Etat palestinien aux côtés de l’Etat hébreu, le document Kushner pousse l’incohérence jusqu’à incorporer, à titre d’illustration, des photos d’écoles de l’UNRWA, l’agence de l’ONU chargée des réfugiés palestiniens, et de projets financés par USAID, l’agence de développement américaine. Or, Washington a coupé tout crédit à la première et a ordonné à la seconde de cesser ses opérations dans les territoires palestiniens.

Mahmoud Abbas rejette tout plan économique américain sans solution politique

Jared Kushner qui, comme son beau-père, a fait fortune dans l’immobilier, répond à ses détracteurs qu’il pose un regard neuf sur un vieux conflit. Mais son plan, loin d’être novateur, est un pot-pourri d’idées pour la plupart préexistantes. Ces projets, qui ont souvent buté sur le carcan de l’occupation israélienne, semblent avoir été dépoussiérés et compilés à la va-vite pour les besoins de la conférence de Bahreïn.

La particularité de l’approche du trentenaire new-yorkais réside dans son mépris ostensible du droit à l’autodétermination des Palestiniens. Au principe de la terre contre la paix, socle de toute résolution du conflit, sauf à s’aventurer sur le terrain miné de l’Etat binational, il veut substituer le principe de l’argent contre la paix. Cinquante milliards de dollars en échange du renoncement des Palestiniens à un Etat digne de ce nom. Si le mot « occupation » n’apparaît pas dans le plan Kushner, c’est parce qu’il a vocation à la perpétuer.