Palestine: Quel avenir pour la  paix en l’absence du plan américain?

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La situation politique  en Israël ainsi que l’initiative diplomatique américaine qui s’annonce en parallèle n’augurent rien de bon pour la cause historique palestinienne d’un État indépendant.

Après avoir remporté les législatives de mardi, Benjamin Netanyahou dans l’incapacité de former un gouvernement d’union nationale  a choisi de dissoudre le parlement et de convoquer des élections législatives pour le mois de septembre 2019, d’où la nécessité de reporter le volet politique du plan  américain de la part de l’administration Trump, grande alliée de Netanyahou, pour résoudre le conflit israélo-palestinien.

Comment se présentera le prochain gouvernement israélien ?

Il risque de beaucoup ressembler au précédent, considéré comme le plus à droite de l’histoire d’Israël.Il devrait comprendre des partis qui, dans une large mesure, sont favorables à l’annexion d’une partie, sinon la totalité, de la Cisjordanie. Dans les plans de paix faisant référence pour la plus grande partie de la communauté internationale, la Cisjordanie, occupée par Israël depuis 1967, ferait partie avec la bande de Gaza d’un État palestinien indépendant qui aurait Jérusalem-Est pour capitale et coexisterait avec Israël. C’est la solution dite à deux États.

Depuis 1967, les juifs se sont établis en nombre en Cisjordanie. Environ 400 000 Israéliens vivent aujourd’hui, souvent de manière conflictuelle, avec 2,7 millions de Palestiniens sur ce territoire coincé entre Israël et Jordanie. La colonisation est illégale au regard du droit international.

Quelques jours avant les élections, Netanyahou a causé la surprise en se disant prêt à annexer les colonies, s’éloignant encore davantage de la solution à deux États.

La composition du gouvernement israélien est de nature à avoir un impact aussi sur la bande de Gaza qui  est soumise depuis plus de dix ans à un blocus israélien supposé contenir le mouvement islamiste Hamas, ennemi d’Israël qui dirige l’enclave. Israël et le Hamas se sont livré trois guerres et les accès de tensions sont chroniques.

Netanyahou passe pour chercher à éviter une confrontation majeure. Mais le prochain gouvernement pourrait voir revenir Avigdor Lieberman, qui avait démissionné en novembre en reprochant à M. Netanyahou d’être trop faible avec le Hamas.

Quel avenir pour l’effort de paix ?

« Netanyahou a travaillé de manière assidue à enterrer les perspectives d’un État palestinien viable », juge Hugh Lovatt, expert au centre de réflexion European Council of Foreign Relations, pour qui le « processus d’annexion en sous-main est déjà bien en cours ».

Il prédit une « crise diplomatique majeure avec l’Europe » en cas d’annexion des colonies, « même si le prix (d’une telle crise) n’est pas encore clair ».

Ahmed Majdalani, haut responsable palestinien en Cisjordanie, juge que le nouveau gouvernement « raciste » israélien « enterrera » la solution à deux États.

Depuis 2014, les négociations sont rompues entre Israël et l’Autorité palestinienne, entité intérimaire reconnue par la communauté internationale et censée préfigurer un État palestinien.

Le soutien à la solution à deux États s’est érodé dans les opinions israélienne et palestinienne. La colonisation s’est poursuivie depuis 1967 et la violence entre Israéliens et Palestiniens persiste, avec une intensité variable.

À quand le plan américain ?

Donald Trump a salué la réélection de son « ami » Netanyahou comme augmentant les chances d’aboutir à la paix.Depuis son arrivée à la Maison blanche il y a deux ans, il a multiplié les décisions pro-israéliennes, jetant aux orties des décennies de consensus diplomatique, reconnaissant Jérusalem comme la capitale d’Israël en décembre 2017 et, en pleine campagne électorale israélienne, la souveraineté de l’État hébreu sur la partie du Golan syrien annexée par Israël.

L’administration Trump a dit qu’elle publierait son plan après les élections israéliennes. Le contenu en est jalousement gardé.

Les Palestiniens semblent avoir des raisons d’être inquiets. Le secrétaire d’État Mike Pompeo a refusé mercredi de réitérer le soutien des États-Unis à la solution à deux États et de dire si les États-Unis s’opposeraient à l’annexion des colonies.

Quelles réactions ?

Le président palestinien Mahmoud Abbas a coupé les ponts avec l’administration Trump depuis l’annonce américaine de décembre 2017 sur Jérusalem.

Meurtris par l’engagement américain à tous crins derrière Israël et les vexations successives, les Palestiniens disent rejeter le plan américain avant de l’avoir vu.

Ce plan est « une tentative de la part des États-Unis et d’Israël de faire passer par la force une solution unilatérale », dit Ahmed Majdalani, proche du président Abbas.

Les responsables américains promettent une initiative équilibrée où les deux camps devront faire des compromis.

Netanyahou irait au-devant des critiques de ses alliés s’il cédait sur la colonisation.

Bezalel Smotrich, membre d’une alliance nationaliste religieuse qui devrait faire partie de la majorité, a affirmé mercredi que M. Netanyahou « peut réfléchir au plan de Trump mais s’il en fait la promotion, il n’aura pas de gouvernement de droite ».

Appels au boycott de la plateforme ‘’ d’Airbnb ‘’ pour dénoncer sa présence en Cisjordanie occupée

Plusieurs ONG appellent ce mercredi les utilisateurs d’Airbnb à travers le monde à désactiver leurs comptes. Objectif : protester contre son référencement de logements dans les colonies israéliennes en Cisjordanie occupée.

Airbnb est sur la sellette depuis plusieurs semaines. Au cœur de la polémique : le référencement, sur cette plateforme, de logements situés dans les colonies israéliennes en Cisjordanie occupée. Après avoir annoncé retirer ces quelque 200 offres de location, Airbnb a dit revenir sur sa décision – et continue donc finalement à référencer ces logements. Ce qui a provoqué la colère et l’appel au boycott de plusieurs ONG internationales.

« Nous demandons aux personnes de rejoindre une action mondiale et de désactiver Airbnb le 15 mai, jour de la Nakba », la catastrophe qu’a représenté pour les Palestiniens la création d’Israël le 14 mai 1948, a écrit sur Twitter l’ONG Jewish Voice For Peace.« Airbnb permet de prolonger la Nakba en mettant en location des terres palestiniennes volées », a-t-elle ajouté.

La  Culture de l’impunité 

Pour l’ONG Palestine Institute for Public Diplomacy (PIPD), il s’agit d’inciter « Airbnb à annuler sa décision ». « Mais nous savons que ce ne sera pas facile », a déclaré son directeur Salem Barahmeh.

« Ce que nous voulons in fine, c’est en finir avec cette culture de l’impunité où les entreprises internationales sont autorisées à être complices, en soutenant les crimes de guerre et les colonies israéliennes qui ont causé la fuite de Palestiniens », a-t-il ajouté.

Basée à San Francisco, aux États-Unis, Airbnb n’a pas souhaité faire de commentaires, et a renvoyé à son communiqué sur le sujet publié en avril.

Un territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967

« Nous comprenons la complexité de ce sujet », avait alors dit la plateforme de location, indiquant qu’elle ne tirerait « aucun bénéfice » de l’activité dans l’ensemble de la Cisjordanie et que l’argent serait reversé à une organisation humanitaire à but non lucratif opérant dans différentes parties du monde.

Après sa décision initiale – et désormais caduque – de retirer les offres de location en Cisjordanie occupée, l’entreprise avait été poursuivie en Israël mais aussi devant un tribunal fédéral américain, où des plaignants juifs américains l’accusaient de discrimination religieuse.

Environ 430 000 colons israéliens y vivent une coexistence souvent conflictuelle avec plus de 2,5 millions de Palestiniens. Les colonies qui y sont construites par Israël sont illégales au regard du droit international et une grande partie de la communauté internationale voit en elle un des principaux obstacles à la paix.

                                                                                                   Ahsene Saaid /CPI