Passage frontalier algéro-mauritanien Mustapha-Ben Boulaïd: Une porte d’accès vers l’Atlantique pour l’Algérie

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La Mauritanie que traverse la seule route de commerce possible entre le Nord et le Sud du Sahara joue désormais un rôle clé dans le développement économique de l’ensemble de la région. Le développement de l’Afrique passe la construction d’infrastructures routières modernes reliant les grandes capitales africaines, condition d’un commerce intraafricain et de liens resserrés avec l’Europe, via le détroit de Gibraltar.

Deux grands projets ont été longtemps en concurrence

Le premier axe qui avait été envisagé était une route transsaharienne reliant l’Algérie au Niger par les postes frontaliers de Guezzam en Algérie et Arlit au Niger avant de se prolonger jusqu’à Lagos au Nigeria. Cet axe, longtemps privilégié par Alger, a été abandonné en raison de l’insécurité grandissante causée par AQMI au Sahel. Le deuxième axe, désormais privilégié, passe par le Maroc et la Mauritanie, avant de rallier Dakar et Lagos en traversant les différentes capitales d’Afrique de l’Ouest situées sur l’océan Atlantique. Il s’agit de prolonger l’unique route transsaharienne entièrement goudronnée depuis l’achèvement en 2005 du dernier segment reliant les deux principales villes mauritaniennes, Nouakchott et Nouadhibou. Passage le plus sûr entre l’Afrique occidentale et l’Europe, cet axe donne à la Mauritanie un rôle de «pays de transit» et même de possible verrou sur cette route allant du Nord vers le Sud du Sahara. L’Algérie, qui a fermé ses frontières avec les cinq pays limitrophes pour des raisons de sécurité, s’est interdite ainsi tous les passages terrestres vers l’Afrique subsaharienne. L’ouverture, en août dernier, du premier point de passage frontalier entre l’Algérie et la Mauritanie, depuis leur indépendance, un passage baptisé Mustapha-Ben Boulaïd, un des fondateurs du FLN révèle une reconnaissance implicite par Alger de l’intérêt de se «connecter» à cette route qui jouxte l’Atlantique. Ce poste officiellement vise seulement «à faciliter les échanges entre les deux pays». Ils en veulent pour preuve la récente ouverture de la grande foire commerciale algéromauritanienne à Nouakchott. Une première depuis leur indépendance. C’est avec méfiance que le voisin marocain scrute la récente «lune de miel» entre elle et la Mauritanie. Le poste Mustapha-Ben Boulaïd, craint le Maroc, pourrait être une nouvelle tentative de «l’isoler», s’il se révélait concurrent avec le passage privilégié dont elle dispose avec la Mauritanie, puis le Sud du Sahara. Or, on sait combien les autorités marocaines tiennent à leur commerce prometteur avec l’Afrique subsaharienne. L’Algérie réalise d’une pierre deux coups : mettre fin à son «isolement» géographique et bénéficier d’une «porte» d’accès indirect sur l’océan atlantique via le Nord-Ouest de la Mauritanie. Reste la lancinante question de la souveraineté sur le Sahara occidental, territoire disputé entre le Maroc et la République arabe sahraouie démocratique (RASD) dont le siège se trouve à Rabouni, dans la région de Tindouf, à la frontière Est du Maroc. C’est par la route qui traverse cette zone que transiteront les marchandises algériennes en direction de la Mauritanie et plus tard vers l’Afrique subsaharienne.