Pétrole: La reprise actuelle des prix est provoquée par les décisions de l’Opep +

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La tendance haussière actuelle des prix de pétrole a été provoquée par plusieurs facteurs dont les décisions prises lors de la réunion de l’Opep + tenue début janvier qui a abouti à un compromis bien accueilli par les marchés, a indiqué, mardi, l’expert pétrolier Mourad Preure soulignant le rôle «déterminent» de l’Algérie en matière de rapprochement des visions.

Mourad Preure, a soutenu que le niveau actuel des prix du pétrole, dépassant les 50 $ le baril, semble être une «belle performance» et peut durer, ce qui permettra, selon lui, à contribuer à la santé de l’économie mondiale, fortement impactée par la pandémie (Covid-19). Selon l’expert, la tendance actuelle des prix a été provoquée par plusieurs facteurs dont les décisions prises lors de la réunion de l’Opep + tenue début janvier qui a abouti à un compromis bien accueilli par les marchés. Ce compromis a permis à la Russie d’augmenter légèrement sa production, à 7,125 millions de barils/jour (Mbj), s’engageant à maintenir la baisse de production pour février et mars, a ajouté M. Preure mettent en avant aussi l’annonce de l’Arabie Saoudite de réduire sa production de 1 Mbj. «Toutes ces évolutions, ajoutées aux perspectives potentiellement ouvertes par le vaccin, ont provoqué un sentiment d’euphorie dans les marchés, entraînant une tendance haussière très marquée», relevant toutefois que la demande mondiale amorce une reprise «timide» et que «rien ne semble préfigurer une reprise plus vigoureuse». Il a cité, à ce propos, les prévisions de l’Opep et l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) indiquant que le rattrapage de la baisse historique de la demande en 2020 (-8.4 Mbj selon l’AIE et -9.5 Mbj selon l’OPEC) va être «difficile». Les deux organisations prévoient pour 2021 une augmentation relativement modeste +5.5 Mbj pour l’AIE et + 6.6 Mbj pour l’OPEP. Ces prévisions restent «hypothétiques et très optimistes», a-t-il fait observer considérant que les difficultés rencontrées par les principaux pays consommateurs (dont l’OCDE qui représente 46.6% de la demande et la Chine 14.3%) dans la maîtrise de la pandémie. Ceci a une incidence directe sur les transports et l’économie en général, soit sur la demande, a fait observer l’expert.

Croissance économique, probable reprise modérée Pour l’expert, le retour au confinement et les inconnues liées à la mutation du virus Covid-19 augmentent à «l’extrême les incertitudes». «La croissance économique mondiale restera limitée le premier semestre, avec une probabilité d’une reprise modérée le troisième trimestre et forte le quatrième trimestre. Cela sous l’effet d’une vaccination qui ne pourrait raisonnablement impacter la croissance mondiale, du fait de sa généralisation, qu’à partir du second semestre, toutes choses égales par ailleurs». Au titre des bonnes nouvelles, il a noté que cette reprise économique, qui impactera directement la demande, donc les prix, sera «moins contrainte par des risques géopolitiques dans les zones de production moyen-orientales». Il a souligné, dans ce cadre, la réconciliation entre l’Arabie Saoudite et le Qatar qui est, selon lui, un «signal fort», de même qu’un retour de l’Iran dans la scène pétrolière internationale à la faveur de la levée de l’embargo qui pourrait être décidé par l’administration Biden aux Etats-Unis. «L’amorce d’une sortie de crise de l’économie mondiale exercera un effet de levier sur la croissance chinoise, très faible en 2020 (+1.9%) et donc sur la demande, entraînant un cercle vertueux pour les prix», a souligné, en outre, M. Preure. Mais, en même temps, il soutient qu’une remontée des prix reste «hypothéquée par de fortes incertitudes sur l’offre», citant à ce propos la montée de la production libyenne vers les niveaux de 1.4 Mbj et le retour sur le marché d’au moins 1 Mbj iranien, ainsi que la reprise de la production du pétrole de schiste américain qui risque de déséquilibrer le marché et précariser les consensus des producteurs pour le stabiliser».

Le rôle central de l’Algérie dans l’aboutissement à un consensus Revenant sur le rôle de l’Opep présidée en 2020 par l’Algérie, il a affirmé que l’Organisation a joué un rôle «déterminant» dans l’amélioration des prix, démontrant toute la robustesse du Consensus d’Alger (2016) qui a permis de rapprocher, autour d’une ligne de défense des prix, les positions des pays membres de l’OPEP et de dix pays non-OPEP autour de la Russie». «L’Opep a fait l’amère expérience des transgressions de cette ligne stratégique vers une ligne de défense des parts de marché imposée par l’Arabie Saoudite en 1986, 2014 et le 6 mars 2020», a-t-il rappelé. Dans ce contexte, il a estimé que «les challenges de plus en plus rigoureux auxquels seront soumis à l’avenir les pays producteurs, notamment avec la concurrence des zones hors Opep, l’électro-mobilité et l’utilisation de l’hydrogène comme carburant, un vent de sagesse planera sur les grands détenteurs de réserves dans la décennie qui vient». Pour l’expert, au-delà, la croissance de la demande pétrolière, tirée à 80% par les pays émergents les trente prochaines années, se retrouvera très probablement face à un déficit d’offres, du fait des conséquences sur la production, du désinvestissement dans l’amont pétrolier qui dépasse les 1000 milliards de dollars depuis 2014.»Cela remettra les prix dans la trajectoire haussière qui est une tendance lourde pour une industrie qui a déjà dépassé le peak oil». L’Algérie joue un rôle de premier plan dans le rapprochement entre les membres L’Algérie continue de jouer un rôle de «premier plan» dans le rapprochement entre les différents avis des membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) pour trouver un consensus permettant de rétablir l’équilibre du marché, a indiqué l’expert Nordine Aït Laoussine. Dans une interview publiée, hier, Aït Laoussine a souligné que «l’Algérie a effectivement joué un rôle de premier plan dans la recherche d’un compromis entre des membres si différents en termes de leur situation économique et de leurs affinités géopolitiques respectives».  «Ce rôle remonte aux années 1970 où l’Algérie avait une influence prépondérante dans les décisions, malgré le niveau de sa production», a précisé l’ancien ministre de l’Energie. «Notre passé révolutionnaire nous a naturellement conduit à l’avant-garde de la défense des pays exportateurs de pétrole, à travers la session extraordinaire des Nations unies, convoquée à notre demande en avril 1974 et la Déclaration solennelle des chefs d’Etat de mars 1975. L’expert a ajouté que «l’Algérie a perdu progressivement son influence sur les décisions de l’Opep, mais cela n’a pas empêché «les Algériens d’être une force constructive» au sein de cette organisation. «Cela a été démontré avec l’Accord d’Oran de décembre 2008, celui d’Alger de 2016 et encore, tout récemment, sous la présidence du ministre Abdelmadjid Attar». Concernant les perspectives du marché pétrolier, Aït Laoussine a estimé que l’évolution des prix du pétrole à moyen terme demeurait «incertaine», malgré l’impact direct du consensus entre l’Opep et ses alliés, qui s’est traduit par la hausse des cours à plus de 50 $. «L’équilibre du marché reste fragile», a estimé Aït Laoussine évoquant «une éventuelle nouvelle baisse qui pourrait résulter d’une aggravation de la crise sanitaire, d’une propension de certains membres de l’Opep+ à dépasser leur quota à la faveur de l’amélioration du marché, du rythme d’augmentation de la production des membres dispensés de la règle des quotas, notamment la Libye et l’Iran ainsi qu’une probable décision de l’Arabie Saoudite de suspendre sa réduction volontaire».

Le marché est également menacé par le surplus des stocks mondiaux accumulés «sans interruption» depuis 2014, a-t-il ajouté précisant, sur ce sujet, que leur niveau est resté, à fin 2020, supérieur à celui de fin 2016, lorsque l’Opep+ avait décidé d’éliminer progressivement leur excédent massif dans le cadre de l’Accord d’Alger de septembre 2016. Le consensus actuel entre l’Opep et ses alliés qui a permis de mettre un terme à la crise de 2014, reste «vulnérable», selon Aït Loussine, évoquant pour plusieurs raisons notamment l’entente «tacite» et «temporaire» entre l’Arabie Saoudite et la Russie pour la sauvegarde de leurs revenus à court terme. S’agissant de la pertinence des analyses qui anticipent un rebond de la demande mondiale avec la fin de la Covid-19, l’expert a souligné que cette pandémie continuera d’avoir un impact sur l’industrie pétrolière. «Les analystes s’attendent en effet à un rebond significatif de la demande cette année de l’ordre de 5% qui devrait, en principe, permettre à l’Opep de retrouver momentanément le chemin de la croissance. La fin de pandémie ne signifie cependant pas la fin de la crise», a averti Aït Loussine. Interrogé sur le plan de relance du secteur qui prévoit des investissements d’un montant de 40 milliards de dollars par Sonatrach, l’expert a estimé que sa réussite dépendra de la capacité à assurer le financement du programme annoncé et de la mobilisation effective des partenaires locaux et étrangers de la compagnie nationale. «Il faut compter, en outre, sur l’amélioration de l’efficacité et de la compétitivité de notre société nationale qui doit nécessairement retrouver la stabilité de son management. Il faut refaire confiance à Sonatrach». Évoquant par ailleurs la question de l’épuisement des réserves pétrolières algériennes, il a appelé au développement «accéléré» des énergies renouvelables, qui constitue, selon lui, une «meilleure relève pour assurer notre sécurité à long terme et le plein emploi».

Ali B. / Ag