Pétrole: Mourad Preure : «Une réunion de l’Opep+ sera un signal positif au marché, mais demeure insuffisant»

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Tenir une réunion des membres de l’Opep+ sera «un signal positif» envoyé au marché, mais reste «insuffisant», selon l’expert pétrolier international, le Dr Mourad Preure, qui a souligné la nécessité d’instaurer la discipline dans le partage des sacrifices entre les pays de l’Opep+ en cas de réussite de cette rencontre.

L’Arabie Saoudite a appelé, ce jeudi, à une réunion virtuelle «urgente» de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et d’autres pays, dont la Russie, afin de parvenir à un «accord équitable qui rétablira l’équilibre des marchés pétroliers», mais l’Opep n’a toujours pas annoncé officiellement la tenue de cette rencontre, ni une date précise pour son organisation. «Cette réunion des pays de l’Opep+, si elle se tient, sera un signal positif envoyé au marché, mais reste insuffisant. Il s’agirait, en cas de réussite de cette réunion, instaurer la discipline dans le partage des sacrifices entre pays producteurs membres de l’Opep+. Si on regarde l’histoire de l’Opep, cela a toujours été le grand problème», a précisé le président du Cabinet Emergy. Mais, selon lui, le contexte général, soit le collapsus en cours de l’économie mondiale, impactera fortement l’influence des décisions sur les marchés, et, plus fondamentalement, les jeux d’acteurs. «Cette crise met en question la survie même de l’Opep à laquelle les pétroles de schiste américains ont confisqué le rôle de «Swing Producer», producteur résiduel qui ajuste le marché. Ce rôle qu’ils sont désormais incapables de jouer, vu leurs coûts de production élevés, dans un contexte d’effondrement de la demande», a avancé l’expert. Il a, dans ce cadre, ajouté que l’économie américaine entrait dans une récession profonde, au même titre que les principaux pays de la zone OCDE. «Je ne pense pas qu’un accord des pays de l’Opep+ ne lui sera d’un grand secours», a-t-il enchaîné. Pour Mourad  Preure, la prochaine réunion des pays Opep+, si elle se tient, «sera devant un challenge excessivement lourd». Il s’agira, selon lui, pour «répondre aux vœux du président américain», de «réduire la production des producteurs de l’Opep+ d’un niveau de 10 millions de barils par jour, et cela, sans que les producteurs de pétrole de schiste américains n’aient pris, pour leur part, aucun engagement de baisse de la production. Il est vrai que l’Arabie Saoudite, et même la Russie, souffrent fortement de la baisse des prix. Il est vrai que les États-Unis ont l’oreille de l’Arabie Saoudite, pour ne pas dire plus. Mais néanmoins, deux grands écueils pour stabiliser le marché», a avancé l’expert. Premièrement, les volumes réduits par l’Opep+, et les parts de marché abandonnées en conséquence, sont offerts au pétrole de schiste américain sans aucune concession ni engagement en contrepartie, a-t-il observé. «Je doute fort que le Président Poutine y consente, cela même si Riyad fait ce choix sans conditions», a-t-il dit. Le 2e écueil avancé par l’expert est que cette baisse sera sans effet sur les prix, ou bien à un effet réduit et limité dans le temps. «Cela, car il s’agit désormais d’une crise structurelle, inédite par sa violence et son ampleur, de l’économie mondiale qui induit une baisse durable de la demande. Personne n’est en mesure de prévoir ni l’échéance de cette crise et la reprise de l’économie mondiale, ni, encore moins celui de la demande pétrolière», a-t-il conclu. Le marché pétrolier a connu un choc baissier unique dans l’histoire par sa violence et son ampleur Interrogé sur l’évolution du marché pétrolier, Mourad Preure a affirmé que «le marché pétrolier est dans une situation chaotique qui se manifeste par un choc baissier unique dans l’histoire par sa violence et son ampleur». Il a, dans ce cadre, expliqué que le pétrole de schiste américain, dont le seuil de rentabilité moyen est aux alentours de 40-50 $ le baril, ont été frappés de plein fouet, entraînant, à terme avec eux une hausse «significative» du chômage et de graves dommages pour le système financier américain qui les a portés à bout de bras. «Cela a amené le président américain à rompre avec les principes qu’il n’a jamais cessé de prôner et appeler les pays de l’Opep+ à s’entendre et réduire leur production de 10 millions de barils par jour», a avancé Mourad Preure. Il a, dans ce sens, souligné que le Président Donald Trump s’est entretenu sur le sujet avec le prince héritier saoudien et a publié, par la suite un tweet qui a eu pour effet de faire bondir les prix de 30% en une seule séance. Par la suite, l’Arabie Saoudite a appelé à la tenue d’une réunion de l’Opep+, soit les membres de l’Organisation auxquels se sont joints, depuis le Consensus d’Alger du mois de septembre 2016, autour de la Russie, 11 pays producteurs non Opep, a noté l’expert. Mourad Preure a avancé  trois observations préliminaires concernant la situation du marché pétrolier. La première est que «nous sommes face un choc d’offre, soit une offre excédentaire portée par le pétrole de schiste américain essentiellement et aggravée par la guerre des prix déclenchée par l’Arabie Saoudite, suite à l’échec de la dernière réunion des pays de l’Opep+ où la Russie a refusé d’abaisser à nouveau la production pour soutenir les prix».

«Ce choc d’offre est, avec la pandémie qui dévaste la planète et la crise économique qu’elle a induit, aggravé par un choc de demande qui a baissé de 20%», a-t-il encore expliqué. «Dans le même temps, les stocks mondiaux sont proches de la saturation. Ainsi, les fondamentaux du marché ne pouvaient pas connaître une situation plus catastrophique», poursuit-il. «Quant à la 2e observation, elle porte sur l’économie mondiale entrée en récession «grave» avec un enchaînement chaotique dont il est difficile de prévoir les développements et l’issue». La demande pétrolière s’en est ressentie de manière mécanique, brutalement avec des effets lourds pour tous les acteurs pétroliers, dont les producteurs de pétrole de schiste américains, L’absence de visibilité affecte les réactions des marchés qui sont par essence psychologique, dominés par la peur. La spéculation, caractéristique des logiques boursières des marchés pétroliers, recherche naturellement la volatilité, soit la succession extrêmement rapide et de forte amplitude des mouvements haussiers et baissiers des prix», a expliqué l’expert. Troisièmement, Mourad Preure a évoqué le tweet du Président Donald Trump qui a fait bondir de 30% en une seule séance les prix qui ont dépassé le seuil des 30 $, pour se replier légèrement après. «Ce comportement des marchés est anormal et n’annonce aucunement une tendance haussière lourde pour les prix. cela, considérant les deux observations faites plus haut».

Moussa O. / Ag