Quo Vadis, Monsieur le président ?

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De Paris, par Albert Farhat

Quelle mouche a piqué le président Emmanuel Macron dans l’avion qui le ramenait, jeudi 23 janvier 2020, d’Israël, où il participait à la commémoration du 75e anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz.

Dans une interview accordée à des journalistes français l’ayant accompagné, il avait explicité sa vision de l’histoire, tout en affichant sa volonté à reprendre le travail mémoriel, en établissant un parallèle entre la guerre d’Algérie et la reconnaissance par l’ancien président Jacques Chirac de la responsabilité de la France dans la déportation des juifs pendant la Seconde guerre mondiale.

Qu’est-ce que cherche Emmanuel Macron derrière cette déclaration intempestive ? A créer la polémique en comparant les deux faits historiques ou bien la voix de la diaspora algérienne et derrière elle les quartiers populaires en prévision des élections à venir, notamment les présidentielles de 2022 ?

Cette démarche du président français, dont la base électorale est très fragile, rappelle étrangement la stratégie de campagne d’un certain jeune candidat à la recherche de segments électoraux à conquérir avant la présidentielle, qui avait créé la polémique pendant sa campagne à la présidentielle 2017, en qualifiant, lors de sa visite à Alger, la colonisation de crime contre l’Humanité. De supposée bonnes intentions qui se sont avérées au demeurant que des effets d’annonce trompeurs.

A l’image de tous les présidents qui ont occupé avant lui l’Élysée, Emmanuel Macron est déjà hanté par sa réélection en 2022 ; il s’y prépare déjà malgré qu’elle soient encore loin ; il veut prendre les devants. S’il n’a officiellement rien annoncé, en coulisses, ses équipes s’activent pour une potentielle seconde campagne présidentielle.

Emmanuel Macron, qui a réussi à séduire en 2017 une large majorité de français par sa nouveauté et son audace, en 2022, que pourra-t-il invoquer ? Son bilan ? Sa côte de popularité est au plus mal ; il est fortement impopulaire avec un taux de confiance de 18 à 20%. Il fait l’objet d’une grande défiance d’une large frange de la population, harassée de voir en lui le moine-soldat incarné d’un pouvoir élitaire inique.

Cette défiance est exprimée, notamment par le mouvement des gilets jaunes et celui de la contestation face à la réforme des retraites. D’ailleurs, aucune des propositions qu’il a pu formuler sur les grands sujets de société n’a vraiment fait mouche. La défiance dans l’opinion française est telle que chaque prise de parole ou de position de sa part fait l’objet de critiques et de rejet systématique.

En somme, la diaspora algérienne avait voté en 2017 Macron du fait de ses propos sur la colonisation, qu’il avait qualifiée de crime contre l’humanité. Aujourd’hui, s’il a réellement la volonté de reprendre ce travail mémoriel, il n’a qu’à commencer par restituer, loin des tergiversations et des effets d’annonce, à l’Algérie ses archives et les crânes de ses résistants détenus honteusement par le Musée de l’Homme à Paris.

Enfin, cette nouvelle résurgence mémorielle peu innocente du président français prélude inéluctablement à une visite officielle de ce dernier qui serait bientôt annoncée par l’Élysée. Elle sera axée sur l’aspect sécuritaire et essentiellement sur le potentiel économique considérable, dans tous les domaines, que recèle l’Algérie et dont la concurrence chinoise effraie la France.