Révision de la Constitution, émergence de nouveaux partis… Vers une reconfiguration de la carte politique  

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 Avec l’investiture d’Abdelmadjid Tebboune qui a pris officiellement ses fonctions de nouveau président de la République, tout porte à croire que beaucoup de choses vont changer et que l’Algérie s’apprête à inaugurer une nouvelle ère et à connaître une reconfiguration de la carte politique.

En effet, l’effritement qu’ont connu les partis traditionnels qui ont régné sans partage pendant plus de deux décennies, risque de favoriser l’émergence de nouvelles forces politiques qui auront à composer avec le nouveau chef de l’Etat durant les prochaines années. Cette situation pourrait amener Tebboune à dissoudre le Parlement et organiser des élections législatives anticipées devant aboutir à une nouvelle majorité au sein du pouvoir législatif qui lui serait favorable. Déjà, le nouveau locataire du palais d’El Mouradia a fixé les priorités, notamment en ce qui concerne le dialogue politique et la révision de la Constitution.

A ce propos, il n’a pas tari d’éloges sur le Hirak populaire et s’est engagé pour un dialogue sérieux et direct avec ses représentants pour le bien et l’intérêt de l’Algérie. A près avoir rappelé que le Hirak a permis l’émergence de plusieurs mécanismes ayant permis à l’Algérie de se remettre sur les rails de la légitimité et de la préserver de l’aventurisme et des manœuvres qui ont failli torpiller le peuple algérien,  Tebboune a estimé qu’il était temps de concrétiser les engagements qu’il avait pris lors de la campagne électorale «sans aucune exclusion ou marginalisation, ni intention de vengeance». Assurant qu’il travaillerait avec toutes les parties pour tourner la page du passé et aller vers une «République nouvelle», le nouveau chef de l’Etat a tenu à rendre hommage à l’Armée nationale populaire (ANP), digne héritière de l’Armée de libération nationale (ALN), et à son haut commandement, en particulier le général de corps d’armée, Ahmed Gaïd Salah, vice-ministre de la Défense nationale, chef d’état-major de l’ANP, ainsi qu’aux autres corps de sécurité qui «ont su gérer la situation avec sagesse et clairvoyance et veillé à la protection absolue du Hirak». La volonté affichée par le premier magistrat du pays à répondre aux aspirations du Hirak a été traduite par les 54 engagements contenus dans son programme.

En effet, Tebboune s’était engagé à tout entreprendre pour «réaliser les attentes et aspirations légitimes portées par le Hirak du 22 février». Dans ce sillage, il avait annoncé une profonde réforme de la Constitution, en associant, notamment des universitaires, des intellectuels, des spécialistes et des membres de la communauté nationale établie à l’étranger pour une reformulation du cadre juridique des élections, un renforcement de la bonne gouvernance à travers la séparation du monde des affaires de la politique, et une mise en place de mécanismes garantissant la probité des fonctionnaires publics. Parmi les autres priorités en matière de prise en charge des revendications portées par les acteurs du Hirak, figure aussi la révision de la loi électorale afin de doter le pays d’institutions élues légitimement par le biais d’élections honnêtes libérées de l’emprise de l’argent. ` La composante du prochain gouvernement constituera aussi une des réponses aux attentes exprimées par le mouvement populaire. Tebboune a promis, par ailleurs, de consolider la liberté de la presse et de soutenir les organisations et associations afin d’édifier une «société civile libre et active en mesure d’assumer sa responsabilité en tant que contre-pouvoir». Il avait annoncé une profonde réforme de la Constitution, en associant, notamment des universitaires, des intellectuels, des spécialistes et des membres de la communauté nationale établie à l’étranger pour une reformulation du cadre juridique des élections Persuadé que les 54 engagements pris dans le cadre de son programme électoral, y compris parmi les réformes envisagées dans les domaines socioéconomiques et culturels, cadrent avec «le vécu et les revendications du Hirak», le président de la République s’est dit convaincu qu’un dialogue sérieux entre les Algériens permettra de bâtir une Algérie nouvelle. A travers son programme,  Tebboune s’engage, par ailleurs, à édifier une société civile libre et active en mesure d’assumer sa responsabilité en tant que contre-pouvoir, mettre en application un plan d’action au profit des jeunes régi par un cadre réglementaire incluant des mesures permettant de transmettre le flambeau à la jeunesse, et à consolider les composantes de l’identité nationale, à savoir : l’islam, l’arabité et l’amazighité. Au volet économique, il vise l’application d’une nouvelle politique de développement hors hydrocarbures, la substitution des produits importés par d’autres locaux en vue de préserver les réserves de change, la promotion des start-up et le renforcement du rôle économique des collectivités locales dans le développement et la diversification de l’économie nationale. Une améliorationdu climat des affaires, l’encouragement de l’investissement, notamment extérieur direct sont aussi prévus dans ce programme. Sur un autre chapitre, Tebboune devrait prendre des mesures d’urgence pour sauver les entreprises algériennes en difficulté et, dans cette optique plus précisément, il a été interpellé par le Forum des chefs d’entreprises (FCE) qui a mis l’accent sur la gravité de la crise économique qui s’est installée dans la plupart des filières en Algérie, notamment le BTPH, l’industrie pharmaceutique, les services, les TPE/PME.

Selon lui, 60% du tissu économique algérien est sinistré avec plus de 650 000 emplois perdus dans les différents secteurs d’activités. Cette situation exige «un engagement de très haut niveau, rompre avec les pratiques du passé et écouter ce que la communauté d’affaires réclame», selon le FCE qui a invité le nouveau président à «porter un message d’espoir aux entreprises pour la préservation des postes d’emploi et le maintien du processus de création de richesse». Dans ce sens, il a plaidé pour des «actions courageuses destinées à réformer profondément l’ensemble de l’encadrement juridique de l’économie et à faciliter davantage l’acte d’investir, tout en associant les acteurs économiques dans la prise de décisions». Pour le FCE, le plus grand défi de la prochaine période est la reprise de la confiance notamment entre les acteurs économiques et l’administration.

  1. Benslimane