Sahara Occidental: Les  violations marocaines à Guerguerat menacent  la paix et la sécurité

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Le président sahraoui, Brahim Ghali a adressé une lettre au secrétaire général de l’ONU, dans laquelle il a exprimé sa profonde préoccupation face à la nouvelle tentative du Maroc de changer le statu quo dans la zone tampon Guerguerat, soulignant que la présence d’agents marocains dans la zone constituait une « violation grave » de l’accord de cessez-le-feu et de l’accord militaire n°1 ainsi qu’un acte « provocateur et déstabilisateur qui accroîtrait la menace à la sécurité dans la région ».

Dans cette lettre envoyée à Antonio Guterres et une copie de celle-ci au Conseil de sécurité, le président sahraoui a demandé l’intervention de l’ONU de « manière décisive » pour arrêter le déplacement et l’expansionnisme des forces marocaines dans la région du Guerguerat au sud du Sahara occidental, près de la frontière mauritanienne, a indiqué l’agence SPS.

Au cours des deux derniers jours, les autorités marocaines ont fait venir un groupe d’agents de sécurité et de renseignement marocains et les ont installés à proximité de la « route goudronnée » construite illégalement par le Maroc à travers la zone tampon située dans la région méridionale du Sahara occidental.

« Les autorités d’occupation marocaines ont récemment construit une cabane pour abriter le groupe et sont sur le point de construire d’autres bâtiments illégaux dans la région », a écrit M. Ghali dans sa lettre.

Affirmant que la présence d’agents marocains dans la zone tampon constituait une « violation grave de l’accord de cessez-le-feu de 1991 et de l’accord militaire n°1 de 1997, et un acte provocateur et déstabilisateur qui alimenterait la situation déjà tendue dans la région, le chef de l’Etat sahraoui a appelé le Conseil de sécurité à agir de manière décisive face à la nouvelle tentative du Maroc de changer le statu quo dans la zone tampon.

« Si ces actions marocaines ne sont pas maîtrisées, elles vont menacer la paix et la sécurité dans la région et saper le processus de paix déjà fragile des Nations Unies au Sahara occidental », a souligné, en outre, M. Ghali.

Dans ce contexte, le dirigeant sahraoui demande au Conseil de sécurité à veiller à ce que le Maroc retire immédiatement tous ses agents de la zone tampon et démantèle toutes les installations de cette région.

La Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) a été aussi interpellée pour surveiller de près la situation sur le terrain pour veiller à ce que le Royaume marocain respecte pleinement les obligations qui lui incombent en vertu de l’accord du cessez-le-feu et des textes militaires y afférent.

Tout en respectant pleinement ses obligations en vertu de cessez-le-feu et des accords militaires applicables, le Front Polisario se réserve le droit légitime de réagir à toutes les actions de provocation de la puissance occupante marocaine visant à déstabiliser la zone tampon ou toute autre zone du territoire, a tenu à préciser M. Ghali.           

Réaffirmant la position de principe du Front Polisario sur le cessez-le-feu et les accords connexes figurant dans le document du Conseil de sécurité du 24 octobre 2018, le président sahraoui a rappelé que la cause fondamentale de la tension croissante à Guerguerat demeure l’existence de la violation illégale commise par le Maroc sur la bande tampon, à travers la création de brèches ou de points de passage pour le « trafic commercial » ou d’autres activités de l’armée marocaine.

« Le Front Polisario n’a jamais donné son accord à cette échappatoire qui porte gravement atteinte à la paix fragile instaurée avec l’entrée en vigueur du cessez-le-feu sous les auspices de l’Organisation des Nations Unies », a souligné encore M.Ghali.

Polisario souligne l’obstination du Maroc 

Face à la situation critique que vit la population sahraouie notamment à Guerguerat dans une vidéo enregistrée lors d’une réunion avec les cadres du Polisario, Brahim Ghali a déclaré que la guerre avec le Maroc est “inéluctable”, affirmant que c’est «une étape incontournable», dont «il faut seulement décider du temps, du lieu et de la manière».Il a de même, décidé de rendre obligatoire le «service militaire» pour  les jeunes Sahraouis désœuvrées des camps de Tindouf.

«Le Maroc est obstiné et soutenu par les grandes puissances et ne semble pas vouloir céder», a-t-il déclaré sur un ton menaçant en s’en prenant même aux émissaires et envoyés spéciaux du Secrétaire Général de l’ONU qui, a-t-il dit, «se sont suivis et ont démissionné pour une raison ou pour une autre».

Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon s’est  déjà attiré les foudres des autorités marocaines, qui ont dénoncé ses « dérapages » lors d’une visite en Algérie destinée à relancer les négociations entre Rabat et le Front Polisario sur le Sahara occidental.

Le royaume chérifien relève « avec une grande stupéfaction les dérapages verbaux, les faits accomplis et les gestes de complaisance injustifiés » du responsable onusien lors de sa visite, dans un communiqué cité par l’agence de presse officielle MAP.

Le secrétaire général de l’ONU avait déclaré dimanche, à Alger, avoir demandé à son émissaire pour le Sahara occidental, ancienne colonie espagnole annexée par le Maroc en 1975, de reprendre ses tournées dans la région pour tenter de relancer les pourparlers entre Rabat et le mouvement indépendantiste Polisario.

Selon l’ancien Secrétaire  de l’ONU ?Ban Ki-moon, Rabat et le Polisario « n’ont fait aucun progrès réel dans les négociations devant aboutir à une solution juste et acceptable par tous, fondée sur l’autodétermination du peuple du Sahara occidental ». Une phrase qui a provoqué l’ire des Marocains, qui écarte toute idée d’indépendance et milite plutôt en faveur d’une large autonomie du territoire sous sa propre souveraineté.

 

Il avait ajouté que les membres du personnel de la Mission de l’ONU pour le Sahara occidental (Minurso) étaient « prêts à organiser un référendum s’il y a accord entre les parties », une initiative appuyée notamment par l’Algérie, principal soutien du Polisario.

« Loin d’atteindre l’objectif déclaré du secrétaire général durant sa visite, de relancer les négociations politiques, l’ensemble de ces dérapages risque de les compromettre », a jugé le gouvernement marocain, cité par MAP.La Minurso a été déployée en 1991 pour superviser une consultation électorale sans cesse repoussée depuis 1992.

L’émissaire de l’ONU pour le Sahara occidental, Christopher Ross, auquel le Maroc avait un temps retiré sa confiance en 2012 en l’accusant de « partialité », a repris ses efforts diplomatiques en février 2015.