Soudan:  Manifestations à Khartoum: 16 morts et 20 blessés dans des rassemblements 

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Demonstrators attend a protest rally demanding Sudanese President Omar Al-Bashir to step down outside Defence Ministry in Khartoum, Sudan April 10, 2019. REUTERS/Stringer NO RESALES. NO ARCHIVES

Quelque 16 morts et 20 blessés ont été  enregistrés lors des rassemblements tenus durant ces  dernières 48 heures à  Khartoum, a fait savoir samedi la police soudanaise.   « Les enquêtes de la police criminelle ont indiqué que 16 personnes ont  été tuées et 20 autres blessées par des balles perdues », a déclaré Hashim  Abdel-Rahim, porte-parole de la police soudanaise, dans un communiqué rendu  public.    

Déclenchées depuis le 19 décembre dernier, les manifestations des  soudanais pour l’amélioration des conditions socio-économiques et le départ  du président Omar el-Bachir avaient pris de l’ampleur au cours de la  semaine écoulée. Pendant cinq jours les manifestants n’ont pas quitté, de jour comme de  nuit, les alentours du quartier général de l’armée abritant également le  siège du ministère de la Défense.  Sollicitée longuement par les manifestants afin d’écarter le président  al-Bachir, l’armée a fini par répondre   positivement jeudi, en destituant  ce dernier, le mettant dans une résidence surveillée. Le Conseil militaire installé aussitôt Omar al-Bachir destitué gère à  présent le pays pour une période

les militaires seront « garants d’un gouvernement civil » 

Le Conseil militaire de  transition au Soudan « ne gouvernera pas, il se contentera d’être le garant  d’un gouvernement civil qui sera formé en collaboration avec les forces  politiques et les parties prenantes », a déclaré vendredi au Conseil de  sécurité son ambassadeur à l’ONU, Yasir Abdelsalam. « Aucune partie ne sera exclue du processus politique, y compris les  groupes armés », a-t-il précisé. « La suspension de la Constitution pourra  être levée à tout moment. De plus, la période de transition pourra être  réduite en fonction des développements sur le terrain et l’accord des  parties prenantes », a ajouté le diplomate. L’ambassadeur s’exprimait devant le Conseil à l’occasion du vote d’une  résolution renouvelant pour six mois le mandat de la mission de paix  d’Abiyé (4.500 Casques bleus) déployée sur la frontière entre le Soudan et  le Soudan du Sud. « Le Conseil militaire de transition s’est engagé à respecter tous les  accords et instruments internationaux et régionaux », a aussi souligné  l’ambassadeur soudanais alors que le Conseil de sécurité devait tenir ce  vendredi une réunion d’urgence à huis clos sur la situation au Soudan, à la  demande des Etats-Unis et de cinq pays européens. « Il s’est également engagé à collaborer pleinement avec la communauté  internationale pour garantir la stabilité, la paix et une transition  pacifique au Soudan en se basant sur notre legs politique dans le domaine  des transitions pacifiques, après les deux glorieuses révolutions d’octobre  1964 et d’avril 1985 », a aussi fait valoir Yasir Abdelsalam. « A l’époque, le ministre de la Défense avait pris la présidence du Conseil  militaire de transition qui avait mené la transition pacifique par le  truchement d’un gouvernement civil. Le Conseil militaire de transition  répond ainsi aux demandes du peuple soudanais de changement et veille à  préserver les  vies des citoyens, leurs possessions ainsi que les ressources du pays »,  a-t-il précisé. Les « développements qui ont mené aux décisions prises par le Conseil  militaire de transition, destitution du président, suspension de la  Constitution (…) ainsi que l’annonce de l’Etat d’urgence pour trois mois  (…) sont en réponse aux demandes des foules soudanaises » de changement, a  aussi assuré le diplomate. Au lendemain de la destitution par l’armée du président Omar al-Bachir,  resté 30 ans au pouvoir au Soudan, la foule de manifestants rassemblée à  Khartoum continue de réclamer le  départ des généraux du régime.

Pas de déclaration du Conseil de sécurité après une réunion  d’urgence

Le Conseil de sécurité de l’ONU  a tenu vendredi une réunion d’urgence sur le Soudan qui s’est achevée après  une heure de discussions à huis clos, sans publication de déclaration,  selon des diplomates. « C’est une affaire interne » au Soudan, a déclaré l’ambassadeur du Koweït,  Mansour al-Otaibi, pour justifier le fait qu’aucune action ne soit  entreprise par le Conseil de sécurité. D’après des diplomates, la Russie, la Chine, l’Afrique du Sud, la Guinée  équatoriale et dans une moindre mesure l’Indonésie se sont opposées à une  déclaration du Conseil de sécurité. La réunion avait été demandée par les Etats-Unis et les cinq membres  européens du Conseil de sécurité: la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne,  la Pologne et la Belgique. Dans la matinée, l’ambassadeur soudanais à l’ONU, Yasir Abdelsalam, avait  déjà affirmé au Conseil de sécurité que « ce qui se passe au Soudan est une  affaire interne ». Le Conseil militaire « se contentera d’être le garant d’un gouvernement  civil », a-t-il aussi dit. Il a en outre ajouté que la période de transition  pourrait « être réduite en fonction des développements sur le terrain et  l’accord des parties prenantes ». Au lendemain de la destitution d’Omar el-Béchir, les militaires au pouvoir  démentent vendredi avoir mené un coup d’Etat et s’évertuent à rassurer la  communauté internationale ainsi que les manifestants qui, eux, veulent leur  départ.

                                                                                                     Ahsene Saaid/Ag