Télétravail imposé par le coronavirus: Une contrainte pour certains, un avantage pour d’autres

0
224

Le télétravail, très peu répandu en Algérie, s’est imposé pour bon nombre de sociétés et institutions administratives en raison des mesures de confinement contre la propagation du nouveau coronavirus (Covid-19).

Alors que certains employés trouvent le travail à distance plutôt «contraignant», d’autres estiment que c’est un «avantage» qui leur permet de mieux gérer leur temps. Madina, fonctionnaire dans une cellule de communication au sein d’un ministère, affirme que le travail administratif nécessite qu’on soit présent sur place. Elle argumente son point de vue par le fait que la e.administration n’est pas encore assez développée en Algérie. Pour preuve : les documents envoyés par scanner ne sont pas considérés comme étant officiels car la signature électronique n’est pas reconnue, soutient-elle. Par ailleurs, elle estime que les administrations ne disposent pas encore d’infrastructures adéquates pour assurer le travail en mode virtuel. «Il y’a des dossiers à traiter et des événements à préparer et ça doit être fait en concertation avec les responsables et les collègues et, en l’absence d’applications de visioconférence, le travail à domicile s’avère presque impossible», a-t-elle argué. A son opposé, Linda, journaliste dans un quotidien privé, affirme que le télétravail lui permet d’optimiser son temps et de concilier entre sa vie professionnelle et sa vie familiale. Cette jeune maman de deux enfants en bas âge affirme que le déplacement quotidien pour se rendre à son journal lui faisait perdre énormément de temps et d’énergie, d’autant qu’elle habite à plus de 30 kilomètres de son lieu de travail. «Mais depuis le confinement, je me sens plus rentable, moins stressée et je fais beaucoup plus de travail de proximité en trouvant le temps pour m’occuper davantage de mes enfants», a-t-elle confié. Pour Linda, le travail à domicile devrait être laissé au choix des employés. «Les gens peuvent travailler à partir de chez eux à temps partiel et se rendre à leur travail deux à trois fois par semaine, l’essentielle c’est d’être efficace» a-t-elle soutenu. Quant à Karima, cadre administratif dans une entreprise industrielle privée, elle évoque les problèmes qui entravent le travail à distance en Algérie, notamment la mauvaise qualité de connectivité Internet qui l’empêche, parfois, de remettre son travail dans les délais prévus ainsi que l’ambiguïté qui entoure le volume horaire de ce mode de travail. En dépit de ces contraintes, elle affirme que le travail à domicile a toujours été un « souhait» pour elle et ose même espérer qu’il soit permanisé après le confinement. «Généralement lorsqu’on travaille chez-soi, on ne sent plus libre, plus détendu et moins stressé, ce qui nous permet d’être plus efficace», a-t-elle témoigné. Par ailleurs, elle affirme que le télétravail ne signifie pas une rupture totale avec le milieu professionnel puisque les collègues ont toujours la possibilité de se rencontrer sur les réseaux sociaux pour se concerter. «Bien que le travail à distance en Algérie est adopté, notamment par les entreprises de communication et l’informatique, la relation entre employeurs et employés dans ce cadre n’est pas encadrée par des textes de loi», a-t-elle fait remarquer. Dans son entreprise qui a opté pour le télétravail en ces circonstances exceptionnelles, elle avance qu’il lui arrive de travailler plus à des heures tardives car il n’y a pas d’horaires fixes limitant le travail à domicile. «Nos responsables se permettent de nous appeler même après les horaires habituels car, pour eux, leurs employés sont censés être tout le temps disponibles du moment qu’ils travaillent depuis leur domicile», a-t-elle déploré La crise sanitaire incite les entreprises à réfléchir sur l’Intérêt du télétravail Pour certains spécialistes, la crise sanitaire de coronavirus a bouleversé les habitudes professionnelles de bon nombre d’entreprises dans le monde en leur faisant prendre conscience de l’importance que revêt le travail à distance. Omar Ali Yahia, responsable d’une entreprise de services en ingénierie informatique, affirme que le monde de l’entreprise en Algérie vit en ce moment une période charnière où le télétravail devient, pour certaines entreprises nationales, «la seule alternative pour assurer leur pérennité». Cet informaticien a toutefois admis le manque d’infrastructures pour adopter et généraliser le travail à distance. «Nous avons effectivement un manque en matière d’infrastructures, de bande passante et de paiement en ligne», a-t-il observé. Malgré ces contraintes, il assure qu’avec le «peu de moyens existants, il est possible de se lancer dans le télétravail grâce à des applications développées et mise en ligne gratuitement sur le net». «Ce sont des outils qui nécessitent certes adaptation, intégration et suivi, mais, ce type d’intégration est faisable très rapidement et répond à cette situation d’urgence», a-t-il expliqué. Ali Yahia estime que tous les secteurs sont concernés par le télétravail, à l’exception de certains métiers dont la nature ne permet pas l’usage du télétravail, à l’instar du secteur du bâtiment, la production, le transport et les commerces de proximité. En tant que chef d’entreprise de service en ingénierie informatique et de formation en ligne,  Ali Yahia estime que le télétravail n’apportera que des avantages aux entreprises et à l’économie. «Les entreprises amortiront le coût de l’investissement lié au déploiement de ce type de solution grâce à l’économie faite sur les primes de transport et de panier et gagneront en performance», a-t-il fait valoir. Quant aux employés qui travaillent de chez eux, «ils ne subissent pas les aléas des transports et des embouteillages matin et soir, ce qui leur laisse plus de temps pour faire leur travail dans de bonne conditions tout en économisant les frais de déplacement, de restauration et de nourrices pour ceux qui ont des enfants», a-t-il soutenu. L’informaticien a également évoqué «impact positif du télétravail sur l’environnement, qui se traduirait par une réduction de consommation des carburants et une diminution des embouteillages, ce qui permet aux autres métiers qui nécessitent une présence physique de se déplacer plus facilement», a-t-il encore argué.