Violence contre les femmes: Plus de 5600 cas de enregistrés durant les neuf premiers mois de 2019 en Algérie

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Aujourd’hui, la violence à l’égard des femmes et des filles constitue l’une des violations des droits humains les plus répandues, les plus persistantes et les plus dévastatrices dans le monde. Elle demeure également l’une des moins signalées en raison de l’impunité, du silence, de la stigmatisation et du sentiment de honte qui l’entourent.

La ministre de la Solidarité nationale, de la Famille et de la Condition de la femme, Ghania Eddalia, a insisté, à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, sur la nécessaire prise en charge «administrative et professionnelle» de la femme en détresse pour sa réinsertion dans la vie publique. Eddalia a plaidé pour «la révision des programmes et des dispositions en vigueur afin d’améliorer les mesures d’accompagnement, administratives et professionnelles, de la femme en détresse et sa réinsertion dans la vie publique, à travers la promotion de la coordination entre les différents intervenants». La ministre a exprimé «son entière confiance» dans le secteur de la Justice et les services de la sécurité dans la poursuite des efforts visant à juguler les comportements violents à l’égard des femmes. Pour sa part, le ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, ministre de la Culture par intérim, Hassane Rabehi, a déclaré que le secteur de la Communication «a adopté tous les programmes et initiatives sectorielles et associatives visant à lutter contre toutes formes de violence au sein de la société et a contribué fortement à l’élaboration des mécanismes y afférents, citant la Stratégie nationale de lutte contre la violence à l’égard des femmes et le Plan national de communication pour la mise en œuvre de cette stratégie.» Le secteur de la Communication a accompagné, a-t-il poursuivi, les différentes actions de sensibilisation sur les préjudices résultant de la violence faite aux femmes», relevant, en outre, que le message de son département «rejette la justification de la violence, bannit ses différentes formes et encourage les actions de prévention contre les violences à l’égard des catégories vulnérables, à l’instar des femmes, des enfants et des personnes âgées». «La législation s’est renforcée par des textes qui protègent les femmes de la violence», a ajouté le ministre, citant des «cadres institutionnels destinés à la prise en charge des femmes victimes de violence». Par ailleurs, le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Mohamed Miraoui, a affirmé que son secteur «contribue efficacement à la protection et à la promotion de la femme, notamment à travers sa représentation dans les différents organes nationaux et consultatifs relevant du ministère de la Solidarité nationale, en sus de l’inscription de cette question dans les différents espaces de concertation et de coordination, présidés par son département ministériel tels la commission nationale de la population et celle de la santé procréative et du bien-être de la famille». Dans le cadre du partenariat communautaire, «la prise en charge des femmes victimes de violence a été inscrite comme l’un des services de la santé procréative et du planning familial au niveau des établissements publics de la santé de proximité, dans le cadre d’une opération-pilote au niveau de 10 centres référentiels, répartis sur dix wilayas». Dans une communication lue en son nom par son chef de cabinet, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, Tidjani Hassan Haddam, a rappelé que les pouvoirs publics «veillent à l’application effective du concept de l’égalité Homme-Femme dans divers domaines», affirmant que «le droit au travail et à l’égalité est consacré par la Constitution et que les travailleurs et travailleuses bénéficient des mêmes salaires et avantages». Pour sa part, le coordonnateur résident des Nations unies en Algérie, Eric Overvest a saisi l’occasion pour saluer les efforts de l’Algérie visant à donner la chance à la femme à travers la promotion des investissements. Plus de 5600 cas de violence contre les femmes durant les neuf premier mois de 2019 Les services de la Sûreté nationale ont recensé 5620 cas de violence contre les femmes à travers le territoire national durant les neuf premiers mois de l’année en cours outre 4597 affaires de violences contre les enfants lors des sept premiers mois de la même année, a indiqué, ce lundi, un communiqué de la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN). «Les services de la Sûreté nationale ont enregistré 5620 cas de violence contre les femmes dont des cas de violence physique, de coups et blessures volontaire entrainant la mort et d’homicide volontaire outre l’agression, le harcèlement sexuel et la maltraitance», a fait savoir, la commissaire de police, Wahiba Hemaïli, lors d’une conférence organisée par le forum de la Sûreté nationale à l’occasion de la Journée mondiale de l’enfance, et de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, célébrées respectivement, le 20 et le 25 novembre de chaque année. Lors de cette rencontre à laquelle ont pris part des organisations nationales, l’intervenante a, toutefois, fait état d’une baisse de ces cas de violence à l’égard des femmes par rapport à la même période de l’année 2018, ayant enregistré 7061 cas. S’agissant des enfants victimes de la violence, les même services, a-t-elle ajouté, ont recensé 4597 cas (2798 garçon et 1799 filles) durant les 7 premiers mois de 2019 dont 2499 affaires relatives aux coups et blessures volontaires, 461 maltraitance, 232 détournement de mineurs, 7 coups et blessures volontaires entrainant la mort) et 7 homicide volontaire. Après avoir salué les mesures réglementaires prises par la DGSN visant la consécration de la protection de l’enfance et des catégories vulnérables, la même intervenante a indiqué que la lutte contre la violence à l’égard de la femme et la protection de l’enfance étaient une «responsabilité collective», appelant à «l’intensification des efforts en vue de réaliser cet objectif». Par ailleurs, la commissaire de police a mis en avant l’importance de la sensibilisation et du signalement de la violence sous toutes ses formes, assurant que la police intervient après le signalement qui demeure le meilleur moyen de prévention contre les violences. De son côté, le président de la Fondation nationale pour la promotion de la santé et du développement de la recherche (Forem), Mustapha Khiati, a rappelé dans son intervention que l’Algérie était parmi les premiers à adopter la convention internationale relative aux droits de l’enfant, évoquant les différentes formes et raisons de violence exercée contre les enfants. Pointant du doigt certains comportements caractérisés de violence qui existent dans la société, Mustapha Khiati a imputé les raisons de ce phénomène à des facteurs sociaux devant être traités aux plans psychique et social, saluant, par la même occasion, les efforts de la DGSN en matière de préservation des droits de l’enfant à travers l’activation du rôle des équipes de protection des catégories vulnérables dont le nombre est de 50 équipes réparties à travers les quatre coins du pays. Contre les violences faites aux femmes, une mobilisation mondiale Des manifestations ont eu lieu un peu partout dans le monde, à la veille de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, ce lundi 25 novembre. De Séoul à la Havane en passant par Bruxelles, la mobilisation a pris des formes diverses, de même que les réponses envisagées par les autorités. La haute représentante de l’exécutif européen, Federica Mogherini, a dressé pour l’occasion un bilan inquiétant pour l’UE également touchée de manière significative par ce phénomène. «L’ampleur du problème reste alarmante : une femme sur trois en Europe a déjà subi des violences physiques et/ou sexuelles. Presque toutes les victimes de la traite à des fins d’exploitation sexuelle au sein de l’UE sont des femmes et des filles». Federica Mogherini a souligné l’aspect mondial du fléau : «Dans les pays en développement, une fille sur trois est mariée avant d’avoir atteint l’âge de 18 ans. Au moins 200 millions de femmes et de filles ont subi des mutilations génitales féminines, qui sont encore pratiquées dans environ 30 pays». La Déclaration sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes, adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies en 1993, définit la violence à l’égard des femmes comme «tous actes de violence dirigés contre le sexe féminin, et causant ou pouvant causer aux femmes un préjudice ou des souffrances physiques, sexuelles ou psychologiques, y compris la menace de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de liberté, que ce soit dans la vie publique ou dans la vie privée. Les conséquences néfastes de la violence à l’égard des femmes sur le plan psychologique, sexuel et génésique affectent les femmes à tous les stades de leur vie. Par exemple, les désavantages éducatifs précoces constituent non seulement le principal obstacle à la scolarisation universelle et au droit à l’éducation des filles, mais ils sont également responsables de la limitation de l’accès à l’enseignement supérieur et se traduisent par des opportunités limitées pour les femmes sur le marché du travail. La violence à l’égard des femmes continue d’être un obstacle à la réalisation de l’égalité, au développement, à la paix et à la réalisation des droits fondamentaux des femmes et des filles. Au total, la promesse des objectifs de développement durable (ODD)- ne laisser personne de côté -ne peut être remplie sans mettre fin à la violence à l’égard des femmes et des filles. Des chiffres alarmants Une femme sur 3 dans le monde a subi des violences physiques et/ou sexuelles à un moment donné dans sa vie, le plus souvent de la part d’un partenaire intime. Seulement 52% des femmes mariées ou prennent librement leurs propres décisions concernant les relations sexuelles, l’utilisation de contraceptifs et les soins de santé. Près de 750 millions de femmes et de filles dans le monde étaient mariées avant leur 18e anniversaire. Plus de 200 millions de femmes et de filles ont subi une mutilation génitale féminine. Une femme sur 2 tuée dans le monde a été assassinée par son partenaire ou sa famille en 2017, tandis que seulement 1 homme sur 20 a été tué dans des circonstances similaires. 71% de toutes les victimes de la traite des êtres humains dans le monde sont des femmes et des filles, trois quarts d’entre elles sont exploitées sexuellement. Les efforts déployés pour prévenir et éliminer la violence à l’égard des femmes à l’échelle mondiale, régionale et nationale révèlent une impunité généralisée en matière de violence sexuelle et de viol. À compter du 25 novembre 2019 et et pour les deux prochaines années, la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes et la Campagne UNITE contre la violence à l’égard des femmes du secrétaire général de l’ONU, un effort pluriannuel visant à prévenir et à éliminer la violence à l’égard des femmes filles, se concentreront sur la question du viol en tant que forme spécifique de violence perpétuée à l’égard des femmes et des filles, aussi bien en temps de paix qu’en période de conflit. Le thème de la campagne 2019 est : «Orangez le monde : La Génération Égalité s’oppose au viol». De nombreux événements seront organisés, au cours desquels des bâtiments et des monuments emblématiques seront illuminés en orange pour sensibiliser et rappeler la nécessité d’un avenir sans violence.

Yasmine Derbal