Assassinat de Mohamed Boudiaf: L’homme qui aimait l’Algérie «au prix de sa vie»

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«On a mis en scène et porté l’exécution d’un chef historique» le Chef de l’Etat algérien Mohamed Boudiaf «porté sur les écrans des télévisions ou toutes les limites du cynisme sont dépassées», «dans un projet diabolique visant à éliminer un grand personnage de la première heure de la Révolution algérienne de retour au pays en janvier 1992 pour sauver son peuple d’une situation catastrophique et dramatique».

 

Ainsi s’est exprimée une Algérie avec beaucoup de douleur et de drame par la bouche de ses enfants de tout âge et presque de toute opinion politique lors de son assassinat ce 29 juin 1992 au théatre de Annaba. Pour elle et pour eux, Mohamed Boudiaf a cessé sous le choc insensé d’un traquenard spectaculaire d’être le chef de l’Etat pour revêtir le burnous de la légende révolutionnaire. Devant la dépouille du défunt, une sélection étrange d’images fortes résume un rapport fort, comme dans un film. Même l’indicible y était dit.

Pour chacun de ses compagnons de lutte, la mort a restitué à Boudiaf, l’essentiel de son identité réelle, de responsable politique, de militant, de camarade, d’homme tout court.

Il s’appelait Si Tayeb, cet homme à, l’imperméable fripé en Novembre 1947. C’est au sein de l’Organisation Secrète, au niveau de l’état-Major de l’OS et sur le terrain que travaille Mohamed Boudiaf dans la clandestinité jusqu’en décembre 1949. Si Tayeb échappe à la catégorie des apparatchiks qui ont prospéré dans les structures du mouvement nationaliste algérien. Certes il apparait sévère avec ses «subordonnés», mais il est d’abord dur avec lui-même, en s’astreignant à une rigueur, à une ponctualité et à un dévouement exemplaires. Payant de sa personne, Il acquiert ainsi, l’autorité morale qui le portera aux grandes responsabilités dans la préparation et le développement de la Révolution Algérienne. Certes, Boudiaf se trouve au Caire, mais présent à Alger lors de la réunion historique du groupe des «22» qui a préparé le déclenchement du 1er Novembre 1954 et qui assume des tâches de coordination tant avec l’Ouest de notre pays, qu’avec la Résistance marocaine. Mohamed reste égal à ce socle rural et à ce radicalisme politique tourmenté qui l’ont façonné. Ni l’emprisonnement consécutif à l’arraisonnement de l’avion marocain par la «classe coloniale», en octobre 56, ni l’opposition et l’exil après l’indépendance, n’ont altéré ses certitudes opiniâtres et angoissées.

Sa fougue faite d’émotions plus que d’idée, de précédents plus que d’anticipation semble comme toujours défier la tiédeur voire la mesure, sa crudité de langage est la même, son regard aussi, que d’aucuns diraient teinté de gentillesse et de paranoïa. Telle la façon de contribuer à faire revivre le souvenir de cet homme exemplaire qui a tout donné pour l’indépendance de son pays et qui a été assassiné au 30e anniversaire de cette indépendance. Aujourd’hui, le fils du défunt Mohamed Boudiaf revient à la charge. Nacer Boudiaf réclame l’ouverture d’une enquête pour rétablir la vérité sur l’assassinat de son père le 29 juin 1992. Il adresse sa requête au Chef de l’état-major de l’Armée nationale populaire, Ahmed Gaïd Salah. Pour cela, une plainte sera prochainement déposée par la famille Boudiaf au niveau du ministère de la Défense contre l’ex-patron des services de renseignements, le général de corps d’armée à la retraite Mohamed Lamine Mediène dit Toufik actuellement à la prison militaire de Blida. 

C’est ce qu’a affirmé Nacer Boudiaf dans un entretien accordé au média arabophone Sabqpress. La famille du défunt accuse le général Toufik d’être le commanditaire du meurtre de l’ancien chef d’État, Mohamed Boudiaf. Selon Nacer Boudiaf, «la réouverture du dossier et le lancement d’une nouvelle enquête, sous l’autorité du général de corps d’armée Gaïd Salah, permettraient de lever le voile sur de nouvelles vérités et d’arrêter cette bande de malfaiteurs». Le fils du président assassiné affirme vouloir organiser, le 21 juin prochain, «une conférence de presse pour éclairer l’opinion publique sur les procédures qu’il entend entreprendre». Cette sortie médiatique de Nacer Boudiaf intervient quelques jours après l’arrestation du général de corps d’armée Toufik. Ahmed Gaïd Salah répondra-t-il favorablement à la requête de la famille Boudiaf ?

Ahsene Saaid