Contribution: Les défis stratégiques de l’Algérie 2022/2025, réformes structurelles et bonne gouvernance

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Le débat qui n’apporte aucune valeur ajoutée entre la Banque mondiale et certaines experts doit être clos, pour éviter des polémiques inutiles. L’Algérie qui défend ses propres intérêts, entend entretenir de bonnes relations avec toutes les institutions internationales sur la base du respect mutuel. Loin des slogans, tout débat objectif et productif doit reposer sur des données clairement chiffrées sur la base des différentes hypothèses de calcul, des hypothèses différentes donnant des résultats différents. La solution est du seul ressort des Algériens loin de la vision de sinistrose. L’Algérie n’est pas au bord de la faillite mais s’impose un sursaut national et une nouvelle gouvernance.

1.-Le constat est qu’en ce mois de janvier 2022, l’Algérie, depuis l’indépendance politique, est une économie fondamentalement rentière, le système financier, enjeu énorme de pouvoir, étant étroitement connecté à la production de la rente. Toute augmentation ou baisse du cours des hydrocarbures avec les dérivés (98/97% des recettes en devises) a eu des incidences à la fois économiques et politiques comme en témoignent les impacts politiques de la crise de la baisse du cours entre 1986/1990. La gestion volontariste depuis l’indépendance, les enjeux de pouvoir internes, la crise économique, sociale et culturelle et, enfin les contraintes externes de plus en plus pesantes ont abouti à des changements, menés parfois à la hussarde, qui ont révélé une réalité bien amère : l’absence dramatique d’une véritable stratégie nationale d’adaptation à ce phénomène total et inexorable qu’est la mondialisation. La conjonction de facteurs endogènes et exogènes et l’intervention massive – parfois directe et par moment insidieuse – d’acteurs internes et externes a abouti à une transition qui se traîne en longueur depuis des décennies et non pas seulement pour la période actuelle. Ainsi, l’Algérie est toujours à la recherche de son destin avec une transition inachevée. Les défis qui attendent l’Algérie sont nombreux et complexes. Toute politique de développement de 2022 à 2025 n’aura de chances d’aboutir que si d’abord l’on tient compte des trajectoires du passé afin d’atténuer les tensions budgétaires et sociales, ayant des incidences sécuritaires, qui seront vivaces. Cela implique la mise en place de nouvelles institutions débureaucratisées, la moralisation de la société, une nouvelle politique socio-économique, s’adaptant aux nouvelles technologies, à la transition numérique, énergétique principal défi du futur gouvernement et un minimum de consensus social, tout projet étant porté forcément par les acteurs politiques, sociaux et économiques. Dans cette conjoncture difficile, le pouvoir n’a pas besoin de louanges de courtisans, en contrepartie d’une rente, contre-productif pour le pouvoir lui-même, mais d’un langage de l’économie algérienne est dépendante des fluctuations du cours des hydrocarbures. Comme je l’ai démontré dans un ouvrage parue à l’Office des publications oniversitaires (OPU Alger 1983) «valeur, prix et croissance économique», en référence à la théorie de la thermodynamique, le monde est en perpétuel mouvement. Même la pierre et notre univers (avec le réchauffement climatique influences géostratégiques sur la cartographie géographique mondiale) que l’on croit inerte se décomposent lentement à travers les décennies et les siècles. La société n’échappe pas à cette règle où les mouvements culturels ( qui seront prépondérants entre 2030/2040), économiques, sociaux, politiques avec des acteurs n’ayant pas toujours les mêmes objectifs, engendrent des transformations soit positives ou négatives. Le temps ne se rattrape jamais en économie que l’on peut définir comme la maîtrise et le gain du temps. Toute Nation qui n’avance pas recule forcément de niveau de vie comparée aux profondes transformations mondiales. C’est dans ce cadre que le défi de l’Algérie peut se résumer ainsi : soit une véritable stratégie d’adaptation à ce monde turbulent et instable, de profondes réformes afin de favoriser le développement durable ou une régression de l’Algérie tant dans le domaine économique, social, politique et militaire dans la mesure où le véritable pouvoir économique mondial et l’influence diplomatique au niveau de la diplomatie repose sur une économie forte, où les deux pivots du développement du XXIe siècle sont la bonne gouvernance et la maîtrise du savoir étant l’aube de la quatrième révolution économique mondiale 2020/20030. Il n’est plus permis aujourd’hui de faire l’impasse sur le rôle que des acteurs résidents, mus puissamment par des intérêts organiquement liés à la distribution de la rente, qui ont pu à un moment où à un autre peser dans un sens franchement défavorable aux réformes politiques et économiques. De même qu’il n’est plus possible, du point de vue de l’analyse aussi, d’occulter le rôle que d’autres acteurs, externes ceux-là, ont pu jouer dans un sens tout aussi défavorable, motivés qu’ils étaient eux aussi par la défense d’intérêts de groupes ou de personnes que la poursuite d’un commerce hautement lucratif rendait allergiques à toute velléité de changement et de réformes.

Des acteurs internes aussi bien que des acteurs externes ont agi clairement dans le sens contraire, encourageant et défendant, par des moyens divers, la mise en œuvre de réformes dont la nécessité n’échappe à personne. Comme il n’est plus permis d’ignorer la nécessaire adaptation de l’Algérie face aux nouvelles mutations mondiales dont son devenir est dans l’espace euro-méditerranéen et africain expliquant. Aussi les réformes en profondeur du fonctionnement de la société algérienne et non des replâtrages organisationnels, impliquant d’analyser avec lucidité les relations dialectiques réformes et les segments de la production de la rente (Sonatrach) et celui de sa redistribution (système financier), bouleversent des intérêts, les gagnants de demain n’étant pas forcément ceux d’aujourd’hui. Lorsque la valeur de la rente des hydrocarbures s’accroît, paradoxalement les réformes sont freinées et l’on assiste à une redistribution passive de la rente pour une paix sociale éphémère avec l’extension de la corruption et une concentration excessive du revenu national au profit d’une minorité rentière. Ce couple contradictoire rente/réformes explique fondamentalement l’instabilité juridique et le manque de cohérence et de visibilité dans la réforme globale.

2.- L’Algérie loin de la vision de sinistrose, mais devant éviter les discours du passé qui ont conduit le pays à l’impasse actuelle de vivre de l’illusion d’un cours du baril à 100 dollars. La trajectoire future 2022/2025 dépendra des réformes à mener. Selon nos calculs reprenant les données du gouverneur de la Banque d’Algérie, les réserves de change qui tiennent à 70% la cotation du dinar, sont passées de 194 milliards de dollars fin 2013, à 62 fin 2019, 48 fin 2020, 44 milliards de dollars en septembre 2021, et qu’en sera-t-il fin 2022 avec toutes les restrictions qui ont paralysé tout l’appareil de production. Nos estimations pour fin 2021 concernant les importations de biens sont d’ environ 35 milliards de dollars plus les services, ces derniers souvent oubliés estimées à environ, à 5/6 milliards de dollars pour 2021 contre 10/11 entre 2010/2019, soit au total entre 40/42 milliards de dollars fin 2021, et non 50 milliards de dollars comme rapporté par la Banque mondiale. Et selon le PDG de Sonatrach, les exportations d’hydrocarbures sont estimées à 34/35 milliards de dollars y compris les dérivées que le ministère du Commerce inclut dans la rubrique hors hydrocarbures. Aussi, le langage de la vérité doit guider toute action crédible. Il y a lieu donc procéder sans complaisance à un examen très lucide de la situation pour mieux réagir dans plusieurs segments de la vie économique et sociale : tels l’éducation-formation, le savoir pilier du développement, la santé, la modernisation de l’agriculture, la culture financière des acteurs économiques, l’efficacité de l’administration, la relance des entreprises, à travers une nouvelle politique industrielle, lutter contre les déséquilibres régionaux et les inégalités sociales, la formation civique et politique de la jeunesse et tant d’autres domaines. Dans la pratique des affaires n’existent pas de sentiments, l’attrait de l’investissement productif y compris les services à valeur ajoutée qu’il soit étranger ou national reposant sur la visibilité et surtout sur la confiance, sans laquelle aucun développement n’est possible. Afin de rapprocher l’Etat du citoyen se pose l’urgence d’une manière claire pour nos gouvernants de comprendre le fonctionnement de la société loin des bureaux climatisés. Comme effet du manque de vision, le taux de croissance du produit intérieur brut qui détermine le taux d’emploi, est en nette diminution, estimée par le FMI de 153 milliards de dollars pour 2021.

Cela s’explique par la léthargie de l’appareil de production impacté tant par sa structure passée que par l’épidémie du coronavirus, (selon le patronat une perte d’emplois d’environ 150 000 uniquement dans le BTPH) et le tissu économique fonctionnant s à peine à 50% de ses capacités. Les entrées en devises entre 2000/2019 ont été supérieures à 1.000 milliards de dollars pour une sorties de biens et services d’environ 935 milliards de dollars, le solde étant les réserves de change fin 2019 pour un taux de croissance dérisoire entre 2/3% alors qu’il aurait du dépasser les 9/10% : mauvaise gestion ou surfacturation. Si on applique seulement un taux de surfacturation de 15%, les sorties illégales de devises sont supérieures à 140 milliards de dollars et ce, avec la complicité d’opérateurs étrangers. Il est utile de rappeler qu’en tant que haut magistrat à la Cour des comptes (premier conseiller) et directeur général des études économiques entre 1980/1983, ayant été chargé du dossier du contrôle du programme pénurie et des surestaries, j’avais proposé un tableau de la valeur au niveau du ministère des Finances pour détecter ces surfacturations, tableau qui n’a jamais vu le jour car s’attaquant à de puissants intérêts rentiers. Comme ayant eu à diriger l’audit sur Sonatrach entre 2007/2008, il a nous été presque impossible d’avoir une vision claire de la gestion de Sonatrach, notamment coûts arrivé au port tant du baril du pétrole que du cout du gaz –MBTU- faute de comptes physico-financiers et de comptabilités analytiques éclatés par sections. Nous assistons à une dépréciation accélérée du dinar qui est passé d’environ à 75/78 dinars un euro entre 2000/2005 et qui en janvier 2022 dépasse 138 dinars un dollar (5 dinars un dollar vers les années 1970) un écart d’environ 50% sur le marché parallèle induisant une inflation importée, malgré les restrictions des voyages. Les banques locales dépassent 45% du total de leurs actifs bancaires avec une dette publique par rapport au PIB de 63,3%, prévue en 2021, contre 53,1% en 2020, et la dette publique nette totale représentera 60,5%, contre 50,4% en 2020,mais avec une dette extérieure faible, 3,6% et 5,2% du PIB en 2021 et 2022, contre 2,3% en 2020. Sur le plan macro-social, selon le FMI, le taux de chômage incluant la sphère informelle et les emplois rente, devrait atteindre 14,5% en 2021, et 14,9% en 2022, contre 14,2% en 2020, ce taux dépassant les 20/30% pour les catégories 20/30 ans et paradoxalement les diplômés. L’inflation qui sera de longue durée fonction, des réformes structurelles entre 2000/2021, selon données de l’ONS dépasse, cumulée, 90% et sera supérieure en cumulant l’année 2021 de 100% accroîtra la détérioration du pouvoir d’achat et les revendications sociales. Pour l’Algérie, le population active dépasse 12,5 millions sur une population totale résidente, 44,7 millions d’habitants au 1er janvier 2021 avec une sphère informelle représentant selon le FMI 33% de la superficie économique mais plus de 50% hors hydrocarbures. Elle contrôle une masse monétaire hors banques, selon les informations données par le président de la république, entre 6.000 et 10.000 milliards de dinars 30-45% du PIB, différence montrant l’effritement du système d’information, soit au cours de 130 dinars un dollar entre 46,15 et 76,90 milliards de dollars. Quant aux caisses de retraite selon le ministère du Travail, en date du 08 avril 2021 le déficit financier de la CNR pourrait atteindre 690 milliards de dinars en 2021, le nombre de retraités dépassant les 3,3 millions, le CNR enregistrant un taux de cotisation , estimé à 2,2 travailleurs pour chaque retraité alors que pour un équilibre, le taux de cotisation devrait atteindre cinq travailleurs pour un retraité. Encore que les transferts sociaux et subventions généralisées, qui représenteront 23,7% du budget général de l’Etat et 9,4% du PIB pour l’exercice 2021 sont intenables dans le temps.

A suivre…

Par le Dr Abderrahmane Mebtoul

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