Contribution: Tourisme au niveau mondial et principaux obstacles pour le développement de ce secteur en Algérie

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L’Algérie possède d’importantes potentialités pour le développement du tourisme, facteur de croissance et surtout de création d’emplois, mais qui nécessite une autre culture tant de la part des dirigeants que des citoyens : beaucoup d’obstacles qui font, en Algérie, malgré des discours un secteur marginal, nécessitant une autre culture.

Par Abderrahmane Mebtoul Professeur des universités, expert international

1- Quelle est la situation du tourisme dans le monde ?

Le classement varie d’année en année, mais les trois pays qui accueillent le plus de touristes sont, par exemple en 2018 la France accueille chaque année près de 89 millions de touristes, l’Espagne plus de 82 millions de touristes, les États-Unis d’Amérique, près de 79 millions de touristes. La Chine, l’Italie, la Turquie, le Mexique, l’Allemagne, la Thaïlande et le Royaume-Uni. En valeur monétaire où les dépenses ne correspondent pas au nombre de visiteurs étrangers, en 2019 avant la crise du coronavirus, les voyageurs étrangers ont rapporté 63,5 milliards de dollars en 2019, plaçant la France sur la troisième marche du podium derrière les Etats-Unis (193 milliards de dollars) et l’Espagne (80 milliards de dollars), selon des chiffres de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT). La pandémie a donné un coup d’arrêt brutal au tourisme international qui a mis en lumière l’importance du secteur à la fois pour les économies nationales et pour les moyens d’existence individuels avec une crise au niveau du transport, notamment aérien où l’ Association du transport aérien international (IATA) prévoit que l’industrie subira des pertes nettes de 47,7 milliards $ en 2021 (marge bénéficiaire nette de -10,4%). Cela reflète une amélioration comparativement aux pertes nettes de l’industrie de 126,4 milliards $ en 2020 (marge bénéficiaire nette de -33,9 %). La crise a eu des impacts négatifs au niveau de l’emploi, notamment dans l’hôtellerie, les services de voyages et le commerce de passage. Elle a frappé de façon disproportionnée les groupes vulnérables, comme les jeunes et les travailleurs migrants, de même que les travailleurs ayant les plus bas niveaux d’éducation et de compétences. En 2021, le tourisme mondial a progressé de 4% par rapport à 2020 (415 millions contre 400 millions). Cependant, les arrivées de touristes internationaux (visiteurs qui passent la nuit) sont restées inférieures de 72% à celles de 2019, l’année d’avant la pandémie, d’après les premières estimations de l’OMT.  Eu égard à son poids en tant que catégorie d’exportation de premier plan (avant la pandémie, le tourisme arrivait en troisième position dans le monde, derrière les carburants et la chimie) et étant donné son rôle comme source d’emploi et de développement économique, on s’attend à ce que la reprise du secteur tire la croissance dans toutes les régions du monde. Le tourisme est appelé à jouer un rôle majeur dans le redressement des économies nationales et du commerce mondial, ainsi que le relève l’édition 2022 du rapport ‘World Economic Situation and Prospects’ (Situation et perspectives de l’économie mondiale) établi par l’ONU. S’appuyant sur les données de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), le rapport met en relief l’importance du secteur pour l’économie mondiale et en particulier pour les économies en développement, notamment les petits États insulaires en développement (PEID).. Selon le WTTC, le secteur mondial du tourisme a commencé à se redresser en 2021 lorsque sa contribution au PIB a augmenté de 21,7% en glissement annuel pour atteindre plus de 5.800 milliards de dollars. La contribution économique du tourisme en 2021 (mesurée en produit intérieur brut direct du tourisme est estimée à 1 900 milliards d’USD, au-dessus des 1 600 milliards d’USD de 2020, mais encore bien loin des chiffres d’avant la pandémie (3 500 milliards d’USD). Le dernier rapport sur l’impact économique du Conseil mondial du voyage et du tourisme (WTTC) note que le secteur des voyages et du tourisme sera un moteur de la reprise économique mondiale après la pandémie de la Covid-19. Le rapport prévoit que le PIB du secteur des voyages et du tourisme augmentera à un taux moyen de 5,8% par an entre 2022 et 2032, étant prévu que l’industrie mondiale du tourisme devrait créer près de 126 millions d’emplois dans le monde entre 2022 et 2032.

2- Quelle est la situation du tourisme en Algérie ?

Avec plus de 1 600 km de littoral, des ruines romaines comme les cités antiques de Djemila (Sétif) et Timgad (Batna), l’Assekrem (Tamanrasset), les gravures rupestres du Tassili n’Ajjer (Djanet, sont autant d’atouts que recèle le pays. Aussi, en dépit de toutes ces potentialités et des richesses inestimables qui peuvent attirer les touristes du monde entier, l’Algérie peine à faire décoller son secteur touristique misant essentiellement sur les recettes des hydrocarbures qui lui procurent directement et indirectement avec les dérivées environ 98% de ses recettes en devises.. Malgré les discours euphoriques des différents responsables du tourisme depuis de longues décennies qui ne cessent de réaffirmer la volonté des pouvoirs publics de relancer le secteur pour le développement et la diversification d’une économie trop dépendante des hydrocarbures, l’Algérie a accueilli en 2020 591.000 touristes la classant, selon les organisations internationales en 2020 au 181e rang mondial, 0,013 par habitant a généré un montant dérisoire de 43,78 millions d’euros soit 0,034% du PIB. Selon des déclarations fin 2019, avant l’épidémie du coronavirus, du ministre du Tourisme la part du tourisme dans la création d’emplois à l’échelle nationale est égale au niveau international de 10% avec un total de 700 000 travailleurs» auxquels s’ajoutent «900 000 emplois du secteur de l’Artisanat et des métiers. Mais ce secteur depuis 2020 est en crise avec le BTPH , bien que les responsables du secteur nous apprennent que le ministère du Tourisme a approuvé la création de 2500 projets, afin de relancer le tourisme ce qui permettra de créer plus de 170 000 nouveaux postes d’emploi. Plus de 751 nouveaux hôtels sont en cours de création, ces derniers fournissant 10 000 lits d’ici à 2024 et 100 projets touristiques devaient entrer en service en 2022, assurant plus de 7500 emplois. L’objectif, annoncé par les pouvoirs publics du classement de nouvelles zones d’expansion touristique (ZET), à travers la finalisation de l’étude de 48 zones proposées et l’approbation de 38 autres plans en vue d’assurer 660 lots de terrains au profit d’investisseurs réels, en plus du réaménagement des routes et des pistes dans 9 ZET et la réalisation graduelle des travaux d’aménagement au niveau de 116 sites d’expansion touristiques, selon les priorités, politique articulée autour de la réalisation de cinq opérations consistant en le réaménagement et la garantie du foncier touristique, la promotion du tourisme domestique, le développement du tourisme thermal, la mise en œuvre du plan «Destination Algérie» afin d’atteindre plus de 3 millions de touristes à l’horizon 2024 et 5 millions entre 2025/2026 est-il réalisable ?

3- Les principaux obstacles au développement du tourisme en Algérie

Je recense principalement : Premièrement, le peu d’intérêt accordé à ce secteur reflété par la faiblesse du budget , où : dans la loi de finances pour l’exercice 2022, le secteur du Tourisme et de l’Artisanat bénéficiant d’un budget de 3,5 milliards de dinars (environ 25 millions de dollars), bien qu’en augmentation contre en 2021 (3,25 milliards de dinars). Deuxièmement, comme tous les autres projets le terrorisme bureaucratisue avec les obstacles administratifs qui empêchent l’aboutissement des projets touristiques, qui constituent une source importante de devises et un excellent promoteur de la destination touristique, car le fait d’attirer des touristes étrangers est un processus accompagné d’un ensemble de procédures administratives qui nécessitent une coordination étroite entre les secteurs concernés, tels que les ministères de l’Intérieur et des Affaires étrangères, la Défense nationale, notamment dans les zones désertiques qui ont la sécurisation des circuits touristiques. Selon des experts du secteur la réalité révèle que les procédures prévues par la législation algérienne exigent de l’investisseur qu’il effectue 14 étapes complètes avant la création, sachant que l’investisseur en Tunisie et au Maroc passe par des étapes allant de 5 à 7 étapes administratives, Troisièmement, lié à l’obstacle précédent, l’immobilier touristique est l’un des principaux obstacles auxquels se heurtent les investisseurs, qu’il soit local ou étranger, compte tenu de la complexité des procédures d’obtention de tels biens et des prix élevés de l’autre. Quatrièmement, le manque d’infrastructures touristiques, la détérioration de l’environnement, le déficit dans la promotion de la destination Algérie, difficultés pour l’obtention du visa pour les touristes étrangers, la cherté des tarifs pratiqués au niveau des établissements hôteliers, la cherté des prix des billets d’avion tant au niveau national qu’au niveau international. Cinquièmement, le développement du tourisme, ce n’est pas seulement une question de moyens, mais cela implique avant tout une culture. Le tourisme nécessite de traiter les touristes avec honnêteté, politesse et bon esprit pour donner une bonne impression de soi d’abord et du pays en général, étant nécessaire de fournir une sorte de culture touristique à l’avenir et cela est presque absent dans la société algérienne.

Quelle conclusion ? Le développement du tourisme en Algérie, tout autant que l’agriculture et son soubassement une nouvelle politique de l’eau, doit être repensé car facteur de croissance et créateur de nombreux emplois directs dans les activités purement touristiques : hébergement, transport, agence de voyage et tour opérateur et indirects dans certains transports, restaurants, des centres de loisirs et d’animations, des centres de sports et des stations thermales et dans emplois induits qui correspondent à des activités non touristiques par nature, mais productrice de biens et / de services qui sont consommés par les touristes : emplois dans l’agriculture, l’artisanat. Il s’agira dans toute politique touristique cohérente de différencier plusieurs segments, le tourisme pour les étrangers où une fraction de la jeunesse accorde une importance à la biodiversité et la protection de l’environnement dû au réchauffement climatique ; le tourisme pour les ménages aisés algériens, le tourisme pour les couches moyennes à revenus intermédiaires, et le tourisme populaire.

  1. M.

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