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mardi, juillet 5, 2022
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Mois du patrimoine 2022: L’immatériel à l’honneur

A l’instar des autres années, l’Algérie célèbre à partir de ce lundi 18 avril la richesse et la diversité de son patrimoine culturelle matériel et immatériel à travers un programme d’activités qui sera proposé dans les musées et autres établissements spécialisés, dans le cadre de la promotion et la vulgarisation de ce précieux legs tout en faisant le bilan en matière de préservation.

«Patrimoine immatériel, identité et authenticité», sera le thème de ce mois du patrimoine qui s’orientera sur l’aspect immatériel ainsi que sur d’autres paramètres comme le costume et le bijou traditionnels, les manuscrits, ou encore la distillation d’eau de fleurs avec l’objectif de faire prendre conscience au citoyen de l’importance et de la richesse de sa culture. Le mois du patrimoine, qui se déroule entre la Journée internationale des monuments et des sites, à compter du 18 avril et la Journée mondiale des musées qui coïncidera avec le 18 mai sera accueilli en majorité par les musées nationaux comme le Bardo, le Cirta, les musées des arts et traditions populaires, les musées de Cherchell et de Tébessa ou encore celui de la Marine, en plus des musées de sites, comme le palais du Bey de Constantine et le Bastion 23 à Alger, et les parcs culturels nationaux. De nombreuses expositions en lien avec des métiers de l’artisanat comme la dinanderie, le bijoux et le costume traditionnel sont au programme de ces établissements qui proposent également une très grande variété de rencontres et tables-rondes thématiques sur différents éléments du patrimoine immatériel, la préservation, la restauration l’inventaire ou encore les arts et traditions populaires. Du côté des parcs culturels nationaux, l’Office de protection et de promotion de la vallée du M’zab, (Opvm) prévoit une série d’expositions sur les traditions et les matériaux locaux de construction en plus de rencontres sur le patrimoine oral, les manuscrits, le rapport à l’eau, et d’ateliers de formation. Les parcs culturels de l’Ahaggar (Tamanrasset) et du Tassili N’Ajjer (Djanet) proposent également des activités de promotion du patrimoine immatériel local et de nombreuses sorties pédagogiques destinées aux enfants scolarisés. Le parc culturel de Tindouf propose pour sa part des activités de sensibilisation et des ateliers à différents métiers de l’artisanat comme l’extraction d’huile d’argan.

«La musique raï» et «Les métiers et savoir-faire liés au travail du métal», deux nouveaux dossiers déposés à l’Unesco L’année 2022 qui connaît une attention particulière pour le patrimoine culturel immatériel est également marquée par le dépôt de deux nouveaux dossiers de classements au Patrimoine mondial de l’humanité auprès de l’Organisation des nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco), «La musique raï» et «les métiers et savoir-faire liés au travail du métal». Un comité d’experts et de chercheurs du Centre national des recherches préhistoriques anthropologiques et historiques (Cnrpah) a enrichi et déposé ce dossier pour la prochaine session du Comité intergouvernemental pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, une session qui devra également étudier le dossier relatif aux arts, au savoir-faire et aux pratiques de la gravure sur le cuivre, l’or et l’argent, coordonné par la République d’Irak et avec la participation de pays comme l’Algérie, la Tunisie, l’Egypte, la Mauritanie, la Palestine, ou encore l’Arabie saoudite. Ces deux nouveaux classements potentiels viendront s’ajouter aux huit autres éléments figurant déjà sur cette prestigieuse liste au nom de l’Algérie, que sont l’Ahellil du Gourara, le costume nuptial de Tlemcen, pèlerinage annuel au mausolée de Sidi Abd El Kader Ben Mohamed dit «Sidi Cheikh», l’Imzad, la cérémonie de la Sebeïba, le Sbuâ (célébration du Mawlid Ennabaoui dans le Gourara), le couscous et la calligraphie arabe.

Qu’est-ce que le patrimoine culturel immatériel ?

Ce que l’on entend par «patrimoine culturel» a changé de manière considérable au cours des dernières décennies, en partie du fait des instruments élaborés par l’Unesco. Le patrimoine culturel ne s’arrête pas aux monuments et aux collections d’objets. Il comprend également les traditions ou les expressions vivantes héritées de nos ancêtres et transmises à nos descendants, comme les traditions orales, les arts du spectacle, les pratiques sociales, rituels et événements festifs, les connaissances et pratiques concernant la nature et l’univers ou les connaissances et le savoir-faire nécessaires à l’artisanat traditionnel. Bien que fragile, le patrimoine culturel immatériel est un facteur important du maintien de la diversité culturelle face à la mondialisation croissante. Avoir une idée du patrimoine culturel immatériel de différentes communautés est utile au dialogue interculturel et encourage le respect d’autres modes de vie. L’importance du patrimoine culturel immatériel ne réside pas tant dans la manifestation culturelle elle-même que dans la richesse des connaissances et du savoir-faire qu’il transmet d’une génération à une autre. Cette transmission du savoir a une valeur sociale et économique pertinente pour les groupes minoritaires comme pour les groupes sociaux majoritaires à l’intérieur d’un État, et est tout aussi importante pour les pays en développement que pour les pays développés.

L’Algérie, la Mauritanie, le Maroc et la Tunisie se partagent les savoirs, savoir-faire et pratiques liés à la production et à la consommation du couscous inscrits regroupent le mode de préparation, les conditions et outils nécessaires à la fabrication… Les savoirs, savoir-faire et pratiques liés à la production et à la consommation du couscous regroupent le mode de préparation, les conditions et outils nécessaires à la fabrication, les artefacts associés et les circonstances de la consommation du couscous au sein des communautés concernées. La préparation du couscous est un processus cérémoniel impliquant différentes opérations. Tout commence par la céréaliculture, la moulure des graines pour obtenir une semoule qui sera roulée puis cuite après avoir été passée à la vapeur. Ces pratiques sont associées à un ensemble d’outils, instruments et ustensiles exclusifs. Ce plat est accompagné d’adjuvants végétaux divers et de différentes viandes en fonction du territoire, de la saison et des circonstances. De nos jours, comme autrefois, les méthodes de préparation du couscous constituent une somme de savoirs et savoir-faire qui se transmettent de façon non formelle par l’observation et la reproduction. Pour la fabrication des ustensiles, ceux en argile sont réalisés par des potières et ceux en bois sont produits par des coopératives ou manufactures artisanales, souvent familiales. Depuis quelques décennies la transmission formelle se développe au-delà du cercle familial et du foyer. Les aspects non culinaires de l’élément, à savoir les rites, les expressions orales et certaines pratiques sociales, sont également transmis par les détenteurs.

Une Commission intersectorielle de classement Une Commission intersectorielle nationale pour le classement des éléments du patrimoine culturel immatériel sous l’égide du ministère de la Culture travaille à «recenser» l’ensemble des biens relevant du patrimoine immatériel, en prévision de leur classement à l’échelle nationale, avant de les proposer, dans une seconde étape, sur la liste du Patrimoine mondial de l’humanité de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco), a annoncé le directeur du Centre national de recherches en anthropologie historique (CNRPAH), Farid Kherbouche debut janvier de l’année en cours. Ce projet, premier du genre, est d’ores et déjà lancé», avait déclaré à M. Kherbouche, précisant que, par le passé, les procédures de classement se faisaient par le biais du Centre qu’il dirige. Tout en notant l’existence, depuis des décennies, d’une commission destinée au classement des biens culturels relevant du patrimoine matériel (bâti, sites archéologues, etc), le même responsable avait souligné «l’urgence de valoriser l’ensemble des éléments de notre PCI, en fonction de la priorité à accorder à chacun d’eux». Rappelant qu’au niveau de l’Unesco, l’Algérie a classé, à ce jour, 9 éléments de son patrimoine immatériel, il a déploré que, s’agissant du patrimoine matériel, «aucun dossier n’a été soumis à l’organisation onusienne depuis 1992», année de classement de La Casbah. Pour sa part, la chercheure au CNRPAH, Ouiza Galléze, avait également estimé que, même à ce niveau, l’Algérie aurait pu obtenir davantage d’acquis: «L’Algérie a été le 1er pays à ratifier, en 2003, la Convention internationale pour la sauvegarde du PCI et avait accueilli la session de 2006. Ce n’était pas difficile de se positionner pour être un pays-pivot dans ce domaine». Selon elle, le patrimoine doit être considéré comme «une question politique et comme facteur de développement économique du pays, et devant, à ce titre, bénéficier de dispositifs juridiques adaptés» à son importance, argumente-t-elle, préconisant des «actions concrètes, à travers, entre autres, le lobbying». Plus en détails, Mme Galléze a plaidé pour «la création de postes budgétaires de la Fonction publique au profit des acteurs du patrimoine, pour la valorisation du rôle des experts et chercheurs, la création d’université et de centres spécialisés ainsi que pour la coordination entre tous les secteurs concernés par la question». Se félicitant de la présidence, par l’Algérie, du Centre africain pour la sauvegarde du PCI, la chercheure en anthropologie considère que le pays pourrait rentabiliser cet acquis pour devenir «un pays d’accueil et de transit» pour les autres Etats du continent, recommandant, pour ce faire, la mise à la disposition des chercheurs «des outils pédagogiques adéquats». Et d’insister sur l’aspect de la formation pour faire profiter les pays africains de l’expertise algérienne, dans le cadre des missions de cette structure à vocation régionale, plaidant, à ce propos, pour l’usage «tout au moins de l’une des deux langues dominantes en Afrique, sinon les deux à la fois», à savoir l’anglais et le français. Pour rappel, la liste du patrimoine immatériel algérien classé par l’Unesco comprend, entre autres, les dossiers du couscous, commun au Maghreb, du «Rakb de Sidi Cheikh» (Fantasia), de l’Imzad, de la Sebiba (Djanet), de l’Ahellil du Gourara (Timimoun) et de la calligraphie (2021), partagé par d’autres pays arabes. En sus de celui de la musique raï, qui sera examiné en décembre prochain, l’Algérie soumettra, en 2023 pour classement, le dossier du «chant féminin», dans toutes ses variantes nationales, sachant que dans le registre des éléments matériels, sont classés dans la liste du patrimoine de l’humanité, notamment La Casbah d’Alger, la Vallée du M’zab, le Parc du Tassili N’Ajer (Djanet) et la Kalâa des Béni Hamad (M’sila).

Yasmine Derbal /Ag.

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