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Patrimoine: La «blousa oranaise», une tenue traditionnelle incontournable dans l’Ouest du pays

La «blousa oranaise», tenue traditionnelle féminine dans l’Ouest du pays, continue de s’imposer en dépit notamment du progrès accéléré dans le monde de la mode, marquant toujours sa présence dans les ateliers de couture et les étals des magasins du marché populaire de «M’dina J’dida» ou du centre-ville.

Selon Amel Iza, chercheuse dans le domaine culturel de l’Université Oran 2  Mohamed-Benahmed, cette tenue traditionnelle «constitue, à ce jour, une pièce maîtresse dans le trousseau de la mariée, même si leur nombre est réduit à une seule robe, alors que dans le passé le trousseau de la mariée pouvait en contenir jusqu’à 60 -lousa- de différents types, formes et couleurs». Si le port de la blousa n’est plus de mise dans les jours ordinaires, à l’exception des fêtes de mariage ou chez quelques femmes âgées, en raison de la prolifération des vêtements traditionnels importés dans les différents marchés d’effets vestimentaires de l’Ouest du pays, les Oranaises tiennent à cette robe traditionnelle. De nombreuses familles conservent précieusement dans leurs garde-robes, des modèles anciens magnifiques, ajoute l’universitaire. Ce vêtement traditionnel continue ainsi d’occuper la première place dans la toilette de la mariée, lors de «Tasdira», le jour de ses noces, ce qui oblige la mariée oranaise à la louer chez des magasins spécialisés ou chez quelques couturières, voire l’emprunter des proches ou des voisins. Son prix exorbitant pouvant atteindre de dizaines de milliers de dinars, dissuade les plus intrépides. Lors des soirées musicales, de nombreuses chanteuses du genre wahrani et de la chanson raï brillent de mille feux, vêtues, elles aussi, de cette robe, à l’instar de Djahida, Houria Baba, Soraya Kinane, Zahouania, sans oublier la défunte artiste Sabah Saghira qui apparaissait souvent en robe oranaise. Elle est également présente chez les formations féminines des «Meddahate», à tel point que cette tenue était associée à cette musique traditionnelle de cette région du pays.

Histoire, compétence et éléganceL’histoire de la blousa oranaise, partie du patrimoine national immatériel, remonte au 19e siècle et sa véritable appellation est «gandoura», selon l’experte en patrimoine du Centre national des recherches préhistoriques et anthropologique d’Alger, Ouiza Ghalaz. Au vu de sa valeur historique, patrimoniale et esthétique, le musée public national Ahmed-Zabana d’Oran conserve une dizaine de blousa oranaises dont la conception date de la première moitié du 20e siècle et d’autres des années 1980 et 1990, selon la cheffe de service de l’animation et des ateliers pédagogiques de cet établissement muséal, Khakhaz Houaria. Ces modèles, qui ornent le département d’ethnographie du musée, ont été acquis en 1994, dont certains sont des dons de familles oranaises, ajoute Mme Khakhaz. Avant 1800, cette robe légendaire avait la forme d’une ample et longue «abaya» avec deux poches, puis a pris une autre forme après la seconde guerre mondiale, prenant le nom de «blousa» et s’est développée davantage avec l’introduction de la «taâmira» (remplissage avec des perles) au niveau de la poitrine et l’utilisation du fil élastique au niveau de la hanche et des manches, indique le styliste Chekaïk Chaïla Bachir, qui s’intéresse également au patrimoine. «La forme de cette blousa n’est pas l’imitation d’une robe de l’épouse de Napoléon qu’elle a revêtue, lors de sa visite avec son époux en 1885, mais elle est née des doigts de la femme oranaise et puisée de son environnement», a tenu à souligner le styliste.  Ce costume traditionnel se divise en plusieurs types, dont le «Zaïm», le «soutége», le « tcherchek», la «pelure d’oignon», le «nid d’abeille» ou «semouk» avec l’utilisation de différents types d’étoffes de luxe ou de tissus, selon ce styliste, fort d’un demi siècle d’expérience dans la confection de la blousa oranaise. Il a également indiqué que les femmes ont conçu des robes pour chaque occasion. Dans ce sens, il a cité la «blousate koursi»  faite pour la mariée, la «blousate qima» (robe de valeur) que les femmes mettent dans les grandes occasions, «blouzate kbarate» (robe de femmes âgées), «blouzate wqar» (respect) que les femmes portent lors des obsèques et «blouzate dar» que les femmes utilisent dans la vie quotidienne. Dans les anciennes coutumes dans la confection de la blousa oranaise, les mères tenaient à œuvrer elles-mêmes pour les besoins de leurs filles. La première robe que la mère confectionne de ses propres mains était celle avec laquelle la future mariée ouvrait son trousseau. C’était le plus souvent la blousa «zaïm», constellée d’agate et de sumac (sous forme de petites paillettes), selon le styliste, qui conserve un grand assortiment de robes. De nombreux tailleurs spécialisés dans la confection de la blousa oranaise s’emploient à lui apporter quelques touches de modernité afin d’acquérir un nouveau style innovant en phase avec les looks d’aujourd’hui, d’affronter le marché des vêtements traditionnels importés et d’en faire une marque incontournable. Pour répondre aux goûts de la nouvelle génération, des modifications sont consenties pour en faire un costume innovant à travers un design créatif et élégant dans lequel l’originalité se mêle au contemporain sans renoncer aux détails traditionnels, souligne la propriétaire de «la maison de la couture Hasnia» à Oran, Bouterâa Mansour Hasnia. «Les couturières tiennent à ce que la blousa oranaise soit plus variée, avec de nouvelles matières pour qu’elle ne reste pas cantonnée à un seul modèle utilisé par toutes les conceptrices», a indiqué Mme Hasnia, qui a fait la promotion de la blousa oranaise lors de plusieurs défilés de mode aux Emirats arabes unis, en Egypte, en Tunisie, en Italie et en France. De son côté, Amel Iza, qui a réalisé une étude sur la blousa oranaise comme produit durable, a estimé que «la promotion de ce costume sur les plans culturel et touristique nécessite la confection d’une robe légère avec un tissu et des produits locaux comportant des détails patrimoniaux et à des prix variant entre 5.000 et 10.000 DA afin que le produit soit à la portée de toutes les femmes». Afin de préserver ce patrimoine immatériel, «il est nécessaire de revenir au travail manuel de la couture, et que le procédé de collage, technique qui s’est généralisé, ne soit pas considéré comme un savoir-faire au point de faire perdre la dimension artistique et la créativité propres à ce vêtement», souligne l’experte en patrimoine au Centre de recherche en préhistoire et anthropologie d’Alger, Ouiza Ghalaz. Dans le même contexte, la même chercheuse a souligné la nécessité de transmettre ce métier aux jeunes filles afin d’éviter sa disparition, et que la société civile prenne l’initiative d’organiser, chaque année, des défilés de mode tout en présentant de nouveaux modèles et en préservant leurs éléments traditionnels, ainsi que l’organisation de concours et de festivals avec la participation de toutes les wilayas dans lesquelles ces costumes sont présents.

K. Lehouari / Ag.

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