Pékin fustige les méthodes de «voyou» employées par Washington

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La Chine est disposée à aplanir ses divergences commerciales avec les Etats-Unis, mais elle déplore les «méthodes de voyou» employées par Washington, énonce un «livre blanc» dont le contenu est relayé, lundi, par l’agence Chine nouvelle.

Pékin a annoncé mardi dernier l’instauration à compter de ce lundi à 04h01 GMT de nouveaux droits de douane sur 60 milliards de dollars (51 milliards d’euros) d’importations américaines, en réponse à la décision de Donald Trump de taxer à cette date 200 milliards de dollars d’importations chinoises. Le gouvernement chinois a présenté sa décision comme une «réponse forcée à l’unilatéralisme et au protectionnisme des Etats-Unis». La Chine a prévenu qu’elle relèverait ses tarifs douaniers si Washington faisait de même. Dans la foulée de l’instauration de ces mesures, Pékin a accusé les Etats-Unis de s’être engagés sur la voie du «harcèlement commercial» et d’intimider les autres pays afin de les soumettre à leur volonté. Ces considérations n’empêchent pas Pékin de souhaiter rouvrir des négociations commerciales avec les Etats-Unis si ces discussions sont fondées sur le respect mutuel et l’égalité, dit Chine nouvelle en s’appuyant sur le livre blanc publié par le Conseil d’Etat. Selon les précisions du ministère chinois des Finances données la semaine dernière, les taxes chinoises instaurées lundi vont de 5% à 10%, au lieu des taux de 5% à 25% initialement envisagés, et s’appliquent comme prévu à 5207 produits américains importés. Côté américain, les nouveaux droits de douane décidés par la présidence Trump s’élèveront dans un premier temps à 10% pour monter à 25% d’ici à la fin de l’année, ce qui devrait laisser aux sociétés américaines qui s’approvisionnent en Chine le temps de chercher des alternatives.

Trump menace encore

Le président américain avait averti qu’en cas de riposte de la Chine, il passerait à «la phase trois» et taxerait 267 milliards de dollars d’importations chinoises supplémentaires. Des droits de douane seraient alors prélevés sur la totalité des importations chinoises. Le président américain avait déjà évoqué début septembre ce chiffre de 267 milliards de dollars. Depuis début juillet, les Etats-Unis ont imposé en deux étapes des droits de 25% sur 50 milliards de dollars de produits chinois pour contraindre Pékin à modifier radicalement sa politique en matière de commerce, de transferts de technologie et de subventions aux industries de haute technologie. La Chine avait déjà riposté en taxant le même montant d’importations américaines. Alors qu’un responsable de la Maison blanche se montrait vendredi optimiste quant à une sortie de conflit avec la Chine, précisant toutefois qu’aucune date de reprise des négociations n’avait été fixée, le Wall Street Journal rapportait que le gouvernement chinois avait annulé la nouvelle série de négociations prévue prochainement avec Washington. Dans une note adressée à ses clients, le chef-économiste d’ING pour l’Asie Rob Carnell juge que si les Etats-Unis ne font pas un pas vers la Chine, il est peu probable que les autorités de Pékin acceptent d’ouvrir de nouvelles négociations. «Cela donnerait une image de faiblesse, aux Etats-Unis et en Chine», dit-il tout en estimant que les mesures chinoises de soutien à l’économie suffiront dans l’immédiat pour limiter les effets des droits de douane américains sur l’économie chinoise. «La fin de la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine n’est pas pour demain.»

Des perturbations observées

Selon Rob Carnell, les autorités chinoises attendent peut-être de connaître le résultat des élections de mi-mandat aux Etats-Unis en espérant qu’une issue favorable au camp démocrate permettre d’apaiser les relations entre les deux premières puissances économiques mondiales. Selon l’agence Bloomberg, le China Daily, la voix officielle de Pékin en langue anglaise, s’est offert un encart publicitaire de quatre pages dans le Des Moines Register, le plus lu des quotidiens de l’Iowa, pour expliquer aux électeurs de cet Etat l’impact des frictions commerciales sur les producteurs américains de soja, un des produits visés par les sanctions américaines déjà en place. Cette initiative est susceptible d’irriter la Donald Trump qui soupçonne Pékin de viser l’électorat rural pour saper sa présidence, ce que réfutent les autorités chinoises. Pour les consommateurs américains, les nouveaux droits de douane risquent de renchérir les prix d’une vaste gamme de produits chinois, allant des aspirateurs aux dispositifs électroniques, modems et routeurs par exemple. La Chine vise de son côté les importations de gaz naturel liquéfié et certains types d’avions. Cette succession de mesures et de contre-mesures prolonge l’incertitude qui règne sur les marchés financiers et incite de nombreux économistes à mettre en garde contre les conséquences de ces frictions commerciales. Aux Etats-Unis comme en Chine, certaines entreprises font état de perturbations dans leurs activités, incitant certaines d’entre elles à réexaminer leurs projets d‘investissement.