Tensions géostratégiques en Ukraine et incidences sur l’économie algérienne

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Le cours du pétrole a été coté le 25 mars, 2022 à 119,85 $ pour le Brent et pour le Wit 113,17 $. La crise ukrainienne préfigure d’importantes mutations dans les relations internationales, militaires, sécuritaires, politiques, culturelles et économiques, où la crise actuelle a des impacts sur le cours du pétrole/gaz, mais également sur la sécurité alimentaire dont la Russie et l’Ukraine représentent en 2021 30% des exportations mondiales.

Professeur des universités, expert international en management stratégique – Docteur d’Etat (1974) Abderrahmane Mebtoul, directeur d’études au ministère d’Énergie Sonatrach 1974/1979-1990/1995-2000/2008-2013/2015

1.-Selon le site Terre -net et la FAO nous assistons à une dangereuse spirale de hausse des prix et des coûts agricoles, les tensions entre la Russie et les USA/Europe amèneront 8 à 13 millions de personnes supplémentaires à s’additionner aux 811 millions de personnes touchées par la faim actuellement dans le monde. Le prix des engrais nécessaires pour l’agriculture est directement corrélé à celui du gaz et dans une moindre mesure à celui du pétrole, une corrélation pratiquement instantanée entre les engrais azotés et le gaz naturel qui représente de l’ordre de 80% de leur coût de fabrication, une hausse du prix du gaz naturel se répercutant sur les engrais azotés. Ainsi, le cours du 5 mars 2022, l’urée a été cotée en Bourse à 1035 € la tonne, la solution azotée 850 € la tonne et l’ammonitrate 1205 $ la tonne. Le prix des produits agricoles est amplifié du fait que les expéditions russes depuis la mer d’Azov ont été interrompues et celles en provenance des ports russes de la mer Noire ont chuté. Affectant la rupture d’approvisionnement et donc l’équilibre du marché mondial de trois produits, hausse des prix accentué la suite à la sécheresse affectant les productions du Brésil et de l’Argentine : le blé, le maïs et le tournesol dont le cours du blé tendre le 5 mars 2022 a été coté 379 € la tonne et le 7 mars 2022, la tonne de blé a atteint le record historique de 422,50 € la tonne sur Euronext. Le cours du fluctue entre 342 et 360 € la tonne, la Russie et l’Ukraine fournissant un peu moins de 15% de la production mondiale et environ 30% des exportations, l’Ukraine, 15% du marché mondial de maïs et étant le premier exportateur mondial d’huile de tournesol dont le cours au 22 mars 2022 est de 1010 € la tonne. Avec la Russie, l’Ukraine contrôle la moitié de la production mondiale de graine et 70% des exportations (graine + huile). Le tournesol arrive loin derrière le soja et le palmier à huile sur le marché mondial des oléagineux, mais joue un rôle significatif pour les huiles alimentaires et les tourteaux destinés à l’alimentation du bétail. Les cours du colza progressent très nettement dans le sillage des autres huiles, selon le cabinet Agritel, l’huile de palme, 1000 € la tonne et à 6 458 ringgit la tonne, sur l’échéance de mai 2022. L’impact de la crise alimentaire mondiale sera plus dramatique sur les pays importateurs de produits alimentaires pas seulement l’Algérie et l’Egypte, et les plus vulnérables n’ayant pas les moyens de financement comme la Tunisie, le Liban et les pays d’Afrique subsaharienne.

2.- Pour l’Algérie, il s’agit d’analyser sérieusement les incidences sur l’économie où les exportations de gaz pour 2021 ont été d’environ 40/43 milliards de mètres cubes gazeux et pour le pétrole, 500.000barils/j, selon l’OPEP, à ne pas confondre production et exportation tenant compte du pourcentage de réinjection dans les puits algérienne. Les importations en 2021 y compris les services souvent oubliées, selon le FMI entre 6/87 milliards de dollars en 2021 (contre 10/11 entre 2010/2019) ont dépassé les 42 milliards de de dollars. Si on prend le même volume qu’en 2021 le ton applique une pondération de 40% de l’envolée des prix sur le marché international, la valeur approcherait les 60 milliards de dollars fin 2022, sauf en cas de restriction drastique des importations qui risqueraient d’accroître les tensions sociales et de paralyser l’appareil économique, surtout après l’annonce que l’année de 2022, serait l’année de la relance économique. Aussi, en termes de balances devises, on devra tenir compte de la hausse des prix au niveau mondial, le taux d’intégration des entreprises publiques et privées, ne dépassant pas les 15%, biens d’équipements matières premières et biens alimentaires, dont le montant pour cette rubrique dépasse, selon les statistiques douanières 8 milliards de dollars entre 2019/2020 et si le marché mondial reste à la tendance actuelle la valeur des importations uniquement pour cette rubrique risque de dépasser les 12/13 milliards de dollars, compte tenu de la sécheresse qui a frappé la céréaliculture, l’Algérie en Afrique étant le deuxième importateur de blé après l’Egypte et, afin de nourrir une population évaluée au 1er janvier 2022 à plus de 45 millions d’habitants. Et malgré, toutes les restrictions en 2021 qui ont accru le processus inflationniste parallèlement avec la dévaluation du dinar qui est coté le 25 mars 2022 à 142,5919 $ un dollar et 157,1791 dinars un euro (contre 77/80 entre 2000/2004) afin de combler artificiellement le déficit budgétaire. Selon nos estimations si le cours se maintient à 100 $ le gain net pour l’Algérie, hypothèse d’un niveau de production physique identique à celui de 2021, car existe une limite à court terme d’accroissement de la production physique du fait «du désinvestissement, étant prévu 30 milliards de dollars pour les cinq prochaines années et 8 milliards de dollars pour 2022, selon le ministère de l’Energie, et pour les projets hautement capitalistiques dont le phosphate la rentabilité pas avant cinq années, et d’une forte consommation intérieure, nous aurons une recette (à ne pas confondre avec le profit net, devant soustraire les coûts) d’environ 15 milliards de dollars et 20 milliards de dollars en cas d’accroissement de la production physique de 5%, tenant compte que l’on peut modifier les prix qu’après une longue négociation, en cas d’un contrat fixe à moyen et long terme, excepté pour la partie écoulée sur le marché libre dite spot Existant un lien entre sécurité et développement, comme le rappelle le dernier numéro de l’ANP, la revue Djeich, espérons que cette manne additionnelle permettra de relancer l’économie et d’éviter les erreurs du passé, plus de 1000 milliards de dollars de recettes en devises entre 2000/2021 et une croissance dérisoire (voir notre interview au Monde.fr de février 2022 et le numéro de mars 2022 au magazine Jeune Afrique). Aussi, pour les pays peu diversifiés qui dépendent des hydrocarbures pour leur exportations ce qu’ils gagnent d’un côté ils le perdent de l’autre avec la hausse de ces prix. Sans une solution rapide, l’économie mondiale risque de connaître une récession pire que celle de l’impact du coronavirus et la crise de 2008, avec une poussée inflationniste et du chômage au niveau mondial ce qu’on qualifie de stagflation. Le risque est à la fois une récession de l’économie russe, mais de vives tensions en Europe avec l’envolée du processus inflationniste, plus de 5% avec l’augmentation de la dette publique qui est passée d’environ 70% du PIB en 2007 à 124% du PIB en 2020 et au niveau mondial, selon le FMI pour 2020 la dette globale ayant atteint un montant de 226 000 milliards de dollars pour atteindre 256% du PIB mondial.

En conclusion, une récession économique menacerait la croissance mondiale, tous les pays y compris la Chine dont sa future stratégie de la route de la Soie et uniquement pour l’Allemagne, locomotive de l’économie européenne, la croissance risque d’être divisée par deux pour 2022, selon la Banque centrale allemande. Espérons le retour à la paix où l’Algérie, selon le communiqué du ministère des Affaires étrangères «est disposée à mettre en branle sa diplomatie et toutes ses connexions pour «permettre au monde arabe de contribuer activement aux bons offices et initiatives visant à mettre fin à la guerre en Ukraine et à résoudre cette crise par la voie du dialogue et de la diplomatie». L’Algérie qui a souffert du colonialisme, lors du récent vote à l’ONU sur la crise ukrainienne, ayant opté pour la neutralité, agit en fonction d’un certain nombre de principes, fondement de sa politique étrangère depuis l’indépendance politique à partir d’une volonté de contribuer à la sécurité de la région méditerranéenne et africaine.

A. M.

(ademmebtoul@gmal.com)

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