Visite du président de la République: Quelles perspectives de la coopération entre l’Algérie et l’Italie, 8e puissance économique mondiale ?

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Dans  le cadre du respect mutuel, les relations politiques  entre l’Algérie et l’Italie sont excellentes. Cette présente contribution s’appesantit sur la situation des économies de l’Italie et de l’Algérie et les perspectives de la coopération (voir notre interview au site américain Maghreb Voices 26/05/2022)

Par le Professeur des  universités, expert international Dr Abderrahmane Mebtoul

1.-Le produit intérieur brut PIB de l’Italie est prévu pour 2022 à 2272 milliards de dollars, un accroissement de 4,2% par rapport à 2021, dont le PIB a été de 2021 milliards de dollars,  la classant la  8e économie mondiale, pour une population d’ environ 60 millions d’habitants au 1er janvier  2022.  Les réserves de change dépassent les 230 milliards de dollars dont  2451,8 tonnes d’or  dont la  valeur dépasse les  80 milliards de dollars. Les importations de biens en 2020  ont été de 422,87 milliards de dollars  et de services 91,61 milliards de dollars soit au total   514,48 milliards de dollars. Quant aux exportations, elles  ont été de 496,12 milliards de dollars et des services 86,53 milliards de dollars soit au total : 582,65  milliards de dollars. Une reprise a été constatée en 2021 où l’excédent commercial de l’Italie a atteint 50,4 milliards d’euros bien qu’en baisse par rapport aux 63,17 milliards enregistrés en 2020, selon l’Institut national des statistiques (Istat) La dette publique de l’Italie  s’est élevé  à 153,5% du PIB en 2021, en légère baisse par rapport à 2020 (155,6%), mais nettement au-dessus de la limite de 60% prévue par les règles de Maastricht. D’ailleurs, la majorité des pays de la zone euro, ont abandonné provisoirement la totale rigueur budgétaire,  Rome  misant  sur une croissance importante en 2022 pour réduire le rapport entre son PIB et sa dette publique,  au-dessus de 150%. D’une manière générale, la crise Covid-19  et récemment la crise ukrainienne  a  affecté l’économie italienne, comme toute l’économie mondiale. Dans la phase de reprise en 2022,  la croissance devrait s’appuyer sur la mise en œuvre du plan national de relance et de résilience, adossé à des réformes structurelles, l’Italie ayant bénéficié  de l’impact positif du plan de relance européen (209 Md€).  Mais la reprise des exportations sera dépendante du rythme de celle du commerce mondial et du marché intérieur. Malgré les incertitudes, l’Italie dispose d’une solide industrie manufacturière spécialisée dans des niches à haute valeur ajoutée et intégrée aux chaînes de valeurs mondiales, la deuxième européenne après l’Allemagne. Structurée autour de PME dynamiques, elle est la source de l’excédent commercial. Mais comme impact de cette situation mondiale  incertaine, les  conséquences sociales où selon les statistiques de Bruxelles, le chômage a atteint environ 12% en 2021,  affectant davantage les jeunes (taux de chômage à 29,3% en 2019) et creusant les écarts entre les  régions riches et les régions pauvres,  entre le nord et le sud (17,6%), un plan d’action étant en cours pour éviter l’accroissement des disparités régionales.

2.-Qu’en est-il des relations  commerciales  Algérie-Italie où le PIB  algérien est d’environ 160 milliards de dollars en 2021, des réserves de change fin 2021 à 44 milliards de dollars pour une population  au 1er janvier 2022 d’environ 45 millions d’habitants. Nous avons pour 2021 environ 37 milliards de dollars d’exportation  devant préciser que 34,5 milliards de dollars d’exportation, avec les dérivées provenant des hydrocarbures et que sur les 4,5 milliards de dollars  hors hydrocarbures, pour 2021,  plus de 2,5 étant des dérivées d’hydrocarbures déjà inclus dans les recettes  de Sonatrach de 34,5 milliards de dollars. L’on devra éviter de faire un double emploi entre les statistiques de Sonatrach et celles du ministère du Commerce. Quant aux importations, pour 2021, elles sont estimées par le FMI à  environ 46 milliards de dollars d’importation, y compris les services, environ 6 milliards de dollars. C’est que l’Italie reste le premier client de l’Algérie, l’Italie achetant  annuellement plus du tiers du gaz algérien exporté, tandis qu’elle occupe la deuxième place parmi les pays de l’Union européenne (UE) fournisseurs de l’Algérie. En 2020, le volume global des échanges commerciaux entre l’Algérie et l’Italie a atteint près de 6 milliards de dollars (USD), dont 3,5 milliards USD d’exportations algériennes vers l’Italie, (notamment des hydrocarbures) et 2,42 milliards USD d’importations de ce pays (des équipements surtout). Pour 2021, elles ont connu un accroissement s’établissant à 8,5 milliards de dollars dont 6,6 milliards de dollars d’exportation de l’Algérie, donc un déficit commercial positif pour l’Algérie. Le secteur des Hydrocarbures occupe une place importante dans la relation économique algéro-italienne, grâce, notamment au partenariat entre le Groupe Sonatrach et le groupe énergétique italien Eni, présent depuis 1981 en Algérie. Les deux Groupes gèrent le Gazoduc TransMed, aussi appelé Enrico Mattei, reliant l’Algérie à l’Italie via la Tunisie, d’une capacité d’un volume allant jusqu’à 32 milliards de m3 de gaz algérien vers l’Italie, ayant exporté en 2021 environ 21 milliards de mètres cubes gazeux à travers cette canalisation, et en attendant de nouveaux investissements en cours, à court terme,  pouvant suppléer pour l’Italie  environ 3 à 4 milliards de mètres cubes gazeux maximum à court terme.  Espérons  l’activation  du projet Galsi gelé depuis 2012 qui devait approvisionner la Sardaigne et la Corse  d’une capacité de 8 milliards de mètres cubes gazeux (voir conférence du Pr Mebtoul en 2012- www.google.com  sur ce sujet lors d’une tournée en Italie). Mais l’important de la visite du président de la République Abdelmadjid Tebboune en Italie est de diversifier la coopération économique certes dans l’énergie, mais surtout d’impulser les segments  hors hydrocarbures dont les infrastructures, les PME,  l’innovation technologique, l’agro-industriel et les télécommunications et sur le plan politique  de consolider davantage les réalisations bilatérales avec l’objectif commun de promouvoir une plus grande stabilité et prospérité dans la région méditerranéenne. C’est dans ce cadre que récemment l’ambassadeur d’Italie en Algérie, Mr Giovanni Pugliese, a exprimé son souhait de voir la coopération bilatérale entre Alger et Rome se diversifier, en particulier sur le plan économique, souhaitant «qu’une place de choix soit réservée à l’Italie dans le cadre de ces réformes je le cite : «Nous avons beaucoup d’espoir dans les réformes économiques en cours en Algérie et surtout dans l’amélioration du climat des affaires, ainsi que des réformes bancaires.»

3.  Un des axes pour continuer à honorer les engagements internationaux, selon les  prévisions du ministère de l’Énergie sont  le développement des  énergies renouvelables et l’efficacité énergétique tout en attirant les IDE étrangers dont les différents contrats INIE /SONATRACH pour avoir 40% des énergies renouvelables pour couvrir la consommation intérieure, horizon 2028/2030 où  actuellement malgré les discours cela représente à peine 1% en 2021. La différence  d’environ  20 milliards de mètres cubes, utilisant ainsi le Transmed via Italie qui fonctionne en sous capacité, gazeux peut servir à l’exportation,  étant souhaitable que l’annonce  du câble électrique  sous-marin  reliant l’Algérie à la Sardaigne, un vieux projet, mais stratégique, soit alimenté  par les énergies renouvelables. C’est que nous avons assisté à une baisse  des exportations du gaz en volume étant passé de plus de 65 milliards de mètres cubes gazeux vers les  années 2007/2008 à 43 en 2021 dont 70% par canalisation et 30% par GNL, idem pour le pétrole  plus de 1 millions de barils/j à 500 000 barils/j pour les exportations durant la même période, la consommation intérieure qui va à un rythme exponentiel étant presque identique aux exportations, risquant entre 2025/2030 de représenter presque 80% des exportations actuelles au même rythme de l’actuel modèle en consommation, posant d’ailleurs l’épineux dossier des subventions. (voir audit sous la direction du Pr Mebtoul, assisté des cadres Sonatrach  d’experts et du bureau d’études américain Ernst & Young  2007/2008 le dossier des carburants). D’où l’importance   d’un renouveau de la loi des hydrocarbures pour attirer les investisseurs. Mais surtout  d’avoir une vision stratégique de la  transition énergétique, ( Mix énergétique),  l’Algérie couvrant actuellement environ 10/11% des besoins  de l’Europe et peut couvrir dans quatre à cinq années à plus de 20% les besoins de l’Europe.

En conclusion, l’Italie a une longue expérience d’intégration de la sphère informelle qui était dominante par le passé, au sein de la sphère réelle et également un vivier d’expériences pour la dynamisation des PMI/PME qui en fonction  de l’adaptation aux situations sociales peut être  bénéfique pour l’Algérie dans le cadre de ses réformes structurelles, déterminantes entre 2022/2025, devant concilier l’efficacité économique et la nécessaire cohésion sociale. En bref, puissent les relations algéro-italiennes s’intensifier afin de faire du bassin méditerranéen un lac de paix et de prospérité partagées.

A. M.

(ademmebtoul@gmail.com)

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